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Objectif terre

La ferme Tournesol, bourgeon d’autonomie

Au pied du Vercors, l’ex-professeur Jean-Philippe Valla a fait de sa ferme Tournesol un terrain d’expérimentation. Pari gagné, il ne se nourrit aujourd’hui que de ce qu’il produit, sans autre énergie que celle du soleil et de l’eau. À table ! Les pieds dans la terre et la tête en ébullition…

La ferme Tournesol, à Saint-Paul-lès-Monestier en Isère, vise l'autosuffisance depuis 2009. © Angela Bolis

Avec sa parabole argentée, sa maison sous serre et ses réacteurs à biogaz, la ferme Tournesol a un air bien singulier. En Isère, sous les falaises du Vercors, cette petite ferme est avant tout un terrain d’expérimentation, dédié à l’autonomie sous toutes ses formes. L’autonomie, c’est le truc, la passion de Jean-Philippe Valla, qui s’est installé sur ces terres en 2009, en maraîchage, boulangerie et élevage de brebis, avec la soif d’apprendre à faire soi-même.

Depuis, le fermier a gagné un premier pari : être autosuffisant en alimentation. Il fait vivre toute l’année sa famille de quatre personnes, avec les woofers et visiteurs de passage. À part des denrées exotiques comme le sucre ou le café, tout ce que je peux faire ici, je le fais, lance-t-il. Je teste plein de choses, avec des bonnes surprises, mais aussi des ratés ! Comme ces lentilles, impossibles à récolter.

L’agriculteur peut compter en revanche sur ses 300 pieds de tomate, ses courges et ses légumes variés, ses 70 fruitiers ou son hectare de céréales, blé, seigle, sarrasin, orge… Depuis dix ans, il aura aussi cultivé des champignons, élevé des truites, fait du fromage de chèvre, ou encore fait pousser des bananes, des agrumes et des avocats au cœur de sa serre. Sauf les agneaux et le pain destinés à la vente, tout le reste est autoconsommé… ou donné.

Deux chèvres permettent de faire du fromage de chèvre pour toute la famille. © Angela Bolis

Mais c’est sur le plan énergétique que l’autonomie de la ferme est la plus aboutie. Ancien enseignant et ingénieur en électronique, Jean-Philippe Valla n’a de cesse de ruser pour rendre sa ferme, non reliée au réseau électrique, autosuffisante en courant et en chauffage. Premier impératif : économiser l’énergie. C’est le rôle de ces serres, dont la principale abrite des cultures, une bergerie, mais aussi sa maison. Murs épais en terre-paille, structure en bois rond, toit cultivé… Avec un tout petit budget, on peut avoir une maison passive, assure Jean-Philippe Valla.

Seules les façades nord et sud de la bâtisse donnent sur l’extérieur, permettant de la ventiler. En cet après-midi d’été, il y fait frais. Il suffit de pousser une porte-fenêtre pour entrer dans la serre au climat tropical. L’hiver, on n’a presque pas besoin de chauffer. On peut prendre des bains de soleil sous la serre… et je peux y cultiver des légumes toute l’année, à 800 mètres d’altitude !

Tunnel à galets, parabole et réacteurs

Si l’effet de serre y fait beaucoup, plusieurs astuces permettent aussi de maintenir le bâtiment au-dessus de zéro degré toute l’année, sans le chauffer. Des fûts remplis d’eau stockent la chaleur le jour et la diffusent la nuit. L’hiver, les brebis qui s’y abritent la chauffent aussi. Plus original, un tunnel à galets, sous terre, permet d’accumuler de la chaleur l’été, qui remonte lentement à la surface du sol pendant les mois d’hiver.

Quant à la production d’électricité, la ferme dispose des classiques panneaux photovoltaïques… mais pas seulement. En contre-bas, Jean-Philippe a creusé un étang, peuplé de roseaux et de grenouilles. Bien utile pour irriguer, il peut aussi fournir un complément d’électricité en le vidant dans une turbine hydraulique.

Un réacteur Jean Pain, qui permet de chauffer de l'eau grâce à la fermentation du broyat de bois. © Angela Bolis

Non loin de l’étang, entre une serre et un parc à chèvres, une autre installation attire le regard : une large parabole, de 16 mètres carrés, réfléchit la lumière solaire. Elle permet de concentrer le rayonnement de l’astre en un point précis, générant une énergie très puissante. On peut même y faire fondre du métal. Pour autant, Jean-Philippe en livre un bilan mitigé : Je ne conseille pas, c’est difficile à construire, et ça ne marche qu’avec du soleil direct… Mais ça a pu me servir, par exemple à chauffer de l’eau pour stériliser des conserves, ou pour réchauffer un bassin dans une serre, explique-t-il.

Serres, parabole solaire et panneaux photovoltaïques permettent une autosuffisance énergétique de la ferme. © Angela Bolis

L’homme est bien plus convaincu par son réacteur Jean Pain, du nom de son inventeur, génie du compost, mort en 1981. Visuellement, c’est un tas de broyat de bois contenu dans une cage en fer. Mais à l’intérieur, la chimie des bactéries opère : de la fermentation des copeaux de bois émane de la chaleur, qui chauffe des tuyaux d’eau enroulés au milieu du tas. Le fermier travaille à améliorer le procédé : pour le rendre plus simple à installer, en remplaçant les tuyaux par un goutte-à-goutte, et pour améliorer son rendement, en isolant le tas de broyat. En attendant, son réacteur suffit déjà à chauffer l’eau de toute la maisonnée. En cas de besoin, un chauffe-eau solaire peut prendre le relais.

Montrer que c’est possible

La fermentation rend bien d’autres services : faire du compost pour fertiliser les cultures, bien sûr, mais aussi du biogaz. Dans une ferme, on a plein de matières organiques à disposition, des herbes, de la paille, du bois, du fumier… Leur décomposition dégage du méthane, un gaz inflammable qui permet de faire la cuisine par exemple, ou de faire tourner un groupe électrogène, poursuit Jean-Philippe.

Son défi du moment : fabriquer un épurateur à gaz, plus pratique et peu coûteux, pour rendre son biogaz compatible avec ses véhicules et rouler avec. Il pourrait ainsi se passer (ou presque) d’essence, un Graal dans sa quête d’autonomie énergétique. Il espère aussi rendre cette machine simple à utiliser et à reproduire, pour qu’un maximum d’agriculteurs ou d’amateurs puissent s’en emparer (pour le détail, tout est expliqué dans son livre, Le Biogaz, manuel pratique, aux éditions Terran).

Plants de tomates, mais aussi avocatiers ou agrumes poussent sous la serre principale. © Angela Bolis

Je ne fais pas tout ça pour ma pomme, assure-t-il. Je le fais pour montrer que c’est possible de s’autonomiser, de sortir de ce système dans lequel on est formé à se spécialiser dans un domaine, en étant dépendant pour tout le reste. On ne sait plus rien faire, c’est infantilisant !

Le fermier est aussi formateur au sein de l’association l’Atelier paysan, qui œuvre à l’autonomie technique des agriculteurs. On y apprend à souder, à fabriquer un poulailler ou un four à pain, à concevoir un nouvel engin adapté à la viticulture en pente… Bref, à se réapproprier les savoir-faire concernant les outils, les machines ou les bâtiments agricoles.

C’est avec l’appui de cette association que Jean-Philippe a pu se former pour reconstruire sa serre. En 2017, la ferme est ravagée par un incendie. Une épreuve, mais aussi une chance : Il a fallu tout réinventer, tout rebâtir, en mieux. Après quasi trois années de travail, de chantiers participatifs, d’aides amicales, de récupération de matériaux, la ferme Tournesol, totalement autoconstruite, se dresse à nouveau dans le champ des possibles.

5 commentaires

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  1. Très inspirant, à condition de laisser de côté l’électricité, sinon on ne peut pas parler d’autonomie ou d’autosuffisance: les panneaux et les batteries, c’est… dommage. Il est possible de s’en passer.

  2. Trois fois rien, encore que … Les grandes verrières, un piège terrible pour les oiseaux : des ficelles avec des CD qui brillent devant seraient du meilleur effet pour éviter les chocs mortels. Demander conseil à tous les centres de soin de la faune sauvage.

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