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Berger en herbe

Les nouveaux bergers angevins

Brebis, chien de berger et transhumance. Ce champ lexical évoque sans équivoque les troupeaux de moutons arpentant les prairies alpines à la belle saison. Et pourtant, aucun sommet enneigé ne se dessine à l’horizon de ce récit. Il est question ici de Thomas Vauthier, éleveur de brebis sur les coteaux herbeux bordant la Loire entre Angers et Saumur.

Photos : Thomas Louapre

Thomas et son chien mènent un lot d’une dizaine de femelles vers leur nouveaux pâturages. © Thomas Louapre

Thomas est l’un de ces nouveaux bergers qui se réapproprient le pastoralisme dans des territoires où l’élevage s’était définitivement sédentarisé. Voire même avait disparu au profit des champs de blé, bien moins contraignants et plus rémunérateurs pour les agriculteurs.

Alors Thomas et ses comparses, ils sont déjà 7 dans le département, ont imaginé un système qui redonne une place à l’élevage des animaux. L’hiver, les brebis se dirigent vers les vignobles ligériens où les moutons désherbent les rangs de vigne tout ayant une action fertilisante via leur déjection. L’été, les brebis défrichent les parcelles communales ou débroussaillent les sous-bois des nombreuses forêts du secteur. Sur l’année, ce sont plus de 150 ha qu’arpente le troupeau de Thomas. À l’occasion, il peut aussi l’emmener brouter les couverts végétaux qu’un paysan-brasseur voisin sème entre deux cultures d’orge où la prairie d’un ancien passionné de chevaux trop âgés pour avoir encore des animaux. 

Certaines de ses parcelles sont de la vraie terre à mouton. Rien n’arrive à y pousser.
La quasi-totalité des parcelles dans lesquelles le berger emmène ses brebis ne sont pas équipées de clôture. Thomas doit donc monter et démonter ses propres filets à chaque déplacement. © Thomas Louapre

Le jeune berger angevin n’en est qu’à ses débuts. Il passe encore une majorité de son temps à monter ses clôtures mobiles de pâturages en pâturages car pour régler mille autres points détails cruciaux qui l’éloigne de ses moutons. « Mais à horizon trois ans, je me projette vraiment en itinérance sur des journées complètes avec le troupeau et le chien pour le mener» se promet-t-il. Attention, pas question ici d’éco-pâturage.

Mon métier, c’est d’élever des animaux pour la viande.

Thomas perçoit bien une rémunération pour l’entretien des vignes l’hiver, mais elle représente une part minime de son revenu.

 

Plus le nombre de moutons est petit, plus le travail du chien a d’impact sur le troupeau et plus Thomas doit être précis dans ses consignes. © Thomas Louapre

Le border collie, un outil de travail primordiale.

Si mon chien se blesse je ne peux plus travailler. C’est un jeune chien de 9 mois avec un très bon instinct. Il a très envie de travailler, mais parfois il en fait trop et il joue avec le troupeau.

Pour maîtriser sa fougue, Thomas s’est équipé d’une grande chambrière d’équitation. Il est évidemment hors de question de s’en servir sur le chien ou les moutons. Son claquement sec dans l’air lui permet de capter l’attention du chien et de le focaliser sur les consignes qu’il lui donne.

Malgré ce débordement d’énergie, Thomas assure avec la fierté d’un parent bienveillant que les qualités de son chien font des jaloux. « La formatrice en chien de troupeau m’a proposé de le prendre si un jour j’arrêtais le mouton » sourit-il malicieusement. 

Bétaillère, parc de tri et chien

Là où le système de Thomas se démarque vraiment des exploitations agricoles « classique », c’est qu’il repose sur un investissement minimum.

J’ai dépensé 30 000 € quand je me suis lancé il y a un an, et je vais remettre la même somme cette année.

Même pas le prix d’un petit tracteur. 

Il faut dire que les moutons sont des solognotes. Une race rustique qui reste dehors toute l’année. Thomas se contente donc d’un petit bâtiment pour les brebis qui pourraient avoir un coup de mou.

Le troupeau a évidemment été un investissement en lui-même. Il compte actuellement 75 brebis et devrait monter à 130 dans les prochaines années. À raison de 150€ la bête, cela représente un coût non négligeable.

Côté matériel, aussi appelé « la ferraille » dans le jargon agricole, le berger a décidé de ne pas rentrer dans le concours du plus gros tracteur du village. De toute façon, il n’en a pas de tracteur. Il se contente d’une bétaillère tirée par une vieille Dacia et d’un parc de tri, constitué d’une dizaine de barrières métalliques mobiles. 

Un bon chien, une bétaillère et un parc de tri, c’est le triptyque sur lequel repose tout le système d’élevage en pastoralisme.
© Thomas Louapre

S’installer sans débourser un sous

Cela fait près d’un an maintenant que Thomas mène ses brebis sur les pâturages angevins. En réalité, ce ne sont pas encore vraiment ses brebis. Pour s’installer, Thomas s’est appuyé sur la Coopérative d’installation en agriculture paysanne (Ciap) du Maine-et-Loire. Cette structure lui a d’abord permis de réaliser un stage « paysan créatif » sur plusieurs exploitations ovines du département. C’est là qu’il a eu son coup de cœur pour le système en pastoralisme. Son projet ayant été accepté par le comité installation de la Ciap, il a pu bénéficier de l’appui financier de la structure. Aujourd’hui, c’est la coopérative qui a investi les 60 000€ nécessaires au lancement de son activité. 

Surprise lors de l’achat du premier lot de brebis par Thomas. Censées être non gestantes, elles étaient finalement toutes pleines. Certains des agneaux s’avèrent être des croisés avec la race mouton d’Ouessant. Impossible à valoriser pour le berger. Il va les vendre à des particuliers. © Thomas Louapre
C’est très confortable pour moi, car cela me permet de ne pas démarrer les remboursements des annuités dès la première année. j’ai le temps de mettre au point mon projet sur le volet technique et commercial.

À l’issue des trois ans durant lesquels il est soutenu par la Ciap, il devra alors réaliser un prêt pour rembourser les sommes investies. Il pourra également décider d’arrêter son activité agricole si le projet ne semble finalement pas viable et la Ciap pourra alors revendre les animaux et le matériel. 

 

© Thomas Louapre

Une étape de vie et pas un sacerdoce à vie

Le projet de Thomas, très flexible en termes d’occupation de l’espace et avec peu d’investissement, lui permet de se projeter avec beaucoup souplesse dans l’avenir. « Si je veux changer de région avec ma compagne, je peux déplacer assez facilement le troupeau. Et si je veux faire autre chose, je n’aurai qu’à le vendre » assure-t-il. Lui qui, a 28 ans a entamé une carrière agricole après avoir été diplômé d’histoire médiévale et avoir occupé un poste de remplaçant dans l’éducation nationale, évoque sans tabou l’idée de revenir peut-être un jour à l’enseignement, ou même à l’histoire, son premier amour.

Dans ce modèle qu’il a choisi avec très peu de charge, le métier d’éleveur s’imagine soudain comme une étape de vie, loin des clichés des jeunes agriculteurs bien souvent pied et point liés aux banques et à la ferme familiale.

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