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Pas facile la vie

Je suis écolo mais… Voyage en paradoxie !

On aimerait bien être 100 % écolo-compatibles, seulement voilà, nous autres êtres humains ne sommes pas à une contradiction près. Comment vivre avec nos paradoxes idéalo-écolo-conso et gagner notre paradis sans gaz à effet de serre ni pesticides ? Suivez notre feuille de route en papier recyclé.

Être écolo ou du moins se revendiquer comme tel, ça demande beaucoup de boulot et pas mal de compromis. Difficile dans notre vie actuelle d’adopter une hygiène de vie 100 % écolo… Ainsi, peu importe où l’on se situe dans notre cheminement vert-ueux vers un idéal écologique, nous nous trouvons toujours face à des paradoxes plus ou moins forts qui nous plongent dans une désagréable sensation de dissonance cognitive. Derrière ce mot se cache un mécanisme qu’on connaît tous : vivre avec deux pensées contradictoires (je fume, mais je sais que fumer me tue) ou qui vont à l’encontre de nos valeurs (je suis écolo, mais je laisse derrière chaque clope un mégot qui mettra au moins quinze ans à se dégrader).

De ce désaccord découle une tension psychique qu’on appelle la dissonance cognitive. Comme on n’aime pas du tout cette sensation, on tente de la réduire en justifiant nos actes (ouais OK c’est pas bon pour moi de fumer mais comme je mange bio, ça compense). C’est normal, heureusement qu’on fait ça, sinon on péterait des câbles. Comme l’explique Léon Festinger, le psychologue qui a théorisé ce concept : Les gens cherchent à maintenir une cohérence dans leur vision du monde, leur idéologie, leur système de croyances et leurs attitudes.

Jouons pleinement de nos paradoxes en tentant de trouver une solution alternative pour chacun de nos actes pas trop écolos.

Finalement, écolo ou pas, on est tous des êtres méchamment paradoxaux. Alors voilà ce que je me suis dit dans ma petite tête bourrée de dissonances… Oui, c’est vrai, on pourrait faire la morale et dire bouh c’est pas bien ce que vous faites, vous n’irez pas au paradis des écolos bande de salauds. Mais la culpabilisation, très peu pour nous. C’est vrai aussi qu’on pourrait ne rien faire du tout en se disant de toute façon le monde est foutu alors autant accélérer sa chute. Mais les drama queen, c’est pas notre came. On pourrait aussi se dédouaner en pointant du doigt les multinationales qui produisent le plus de déchets dans le monde et contre lesquelles nos petits gestes écolos ne semblent pas peser lourd. Mais Élise Lucet fait déjà du bon boulot. Eh bien dans ce cas, faisons avec les moyens du bord ! Jouons pleinement de nos paradoxes en tentant de trouver une solution alternative pour chacun de nos actes quand ils ne sont pas pleinement (ou pas du tout) écolos. L’engagement écologique s’inscrit dans un ensemble de gestes qui s’immiscent progressivement dans notre quotidien alors soyons des écolos progressifs à défaut d’être des écolos parfaits. Cessez donc de vous moquer de votre collègue qui achète fièrement ses kiwis bio (alors qu’ils sont suremballés et viennent de l’autre bout du monde). Si pour vous il a une écologie à géométrie variable, pour lui c’est déjà un premier pas.

Petit tour d’horizon des paradoxes inhérents aux écolos en herbe (TMTC) et des solutions à portée de mains (moyennement vertes, les mains).

Paradoxe n°1 : Je suis écolo mais je fume.

Tu brasses de grands discours sur la pollution des sols aux pesticides, tu as arrêté la pilule contraceptive pour éviter de souiller les eaux, tu achètes bio et en circuit court, tu as déclaré la guerre aux sulfites en refusant de boire autre chose que du vin naturel… Super, mais tout ça ne t’empêche pas de te griller un paquet d’indus’ tous les jours. Sachez que les cigarettes, c’est la double peine : je détruis ma santé ET je pollue. Alors que faire ? Je peux déjà recycler mes mégots. Le site Planetoscope estime que toutes les secondes 137 000 mégots sont jetés par terre (un chiffre qui varie selon les sources) … Pour lutter contre ce fléau, plusieurs associations proposent de collecter des mégots afin de les traiter et de les recycler en mobilier urbain : Green Minded en Bretagne propose des cendriers de taille variable à partir 39 € et travaille en collaboration avec Mé Go, l’unique filière de recyclage de filtres en France. On trouve aussi des structures comme Eco mégot (basée à Bordeaux) qui propose un service de recyclage davantage adapté aux entreprises. À voir si ces solutions sont vraiment fiables ou plutôt fumeuses comme le dénonce Libération.

Tu peux aussi participer à des événements de nettoyage de quartier comme le World Clean Up Day et t’amuser à ramasser les milliers de mégots abandonnés dans les parcs et dans les rues de ta ville.

Globalement les campagnes de lutte contre le tabagisme sont telles qu’elles ne font aucunement la promotion de solutions alternatives pour les fumeurs et c’est un peu dommage. Difficile donc de savoir si un tabac est moins pire qu’un autre. Des marques comme American Spirit (sans additifs) ou Yuma (issue de commerce équitable et sans pesticides) ont toutefois une certification biologique. Mais soyons honnêtes, elles ne réduisent en rien les risques de cancer pour les fumeurs et libèrent autant de monoxyde de carbone lors de la combustion (rappelons-le une bonne fois pour toute, bio ne veut pas dire bon pour la santé !). Les cigarettes roulées ? Elles représentent naturellement un impact moindre car elles ne nécessitent pas de filtres mais nos poumons prennent encore plus cher. Quant aux cigarettes électroniques, il est encore difficile de se prononcer sur leur impact réel sur la santé, mais au moins elles ont le mérite de ne pas générer de mégots et de laisser échapper infiniment moins de gaz toxiques. 

Paradoxe n°2 : Je suis pour le bien-être animal et j’achète du jambon rose fluo en supermarché.

Tu te morfonds devant les vidéos choc partagées par L214, tu as un poster d’Aymeric Caron au-dessus de ton lit et tu as déjà fait une croix sur le foie gras, oui mais voilà… les steaks de soja, ça te déprime. Rassure-toi, c’est normal, c’est même un phénomène étudié en psychologie qu’on appelle paradoxe de la viande dont les recherches analysent nos stratégies de désengagement moral pour justifier notre consommation carnée (« l’homme a toujours mangé de la viande », « les burgers c’est trop bon », « les vaches sont contentes de finir sur un barbeuc », etc.). Toujours cet objectif de réduire notre vilaine dissonance cognitive…

Du coup, voilà ce qu’on te propose, plutôt que de devenir végétarien du jour au lendemain et pleurer toutes les larmes de ton corps dès que tu vois passer une tranche de saucisson, tu peux déjà avoir une consommation carnée plus raisonnée (pour cela tu peux d’ailleurs jeter un œil à notre article sur la traque à la bonne barbaque) : consommer moins mais mieux, c’est-à-dire connaître l’origine de ta bidoche et les conditions dans lesquelles elle a été élevée, faire l’impasse sur les produits industriels (et bannir à vie tous les produits qui contiennent de la viande transformée), apprendre aussi à cuisiner autre chose que de la viande. La tendance végane a le mérite d’être extrêmement inventive sur le plan culinaire, c’est le moment d’aiguiser tes papilles, et ce ne sont pas nos conseils de recettes qui manquent. 

Paradoxe n°3 : Je suis contre l’industrie des vêtements mais les soldes, c’est mon dada.

Chaque année dans le monde, 100 milliards de vêtements sont vendus. C’est une des industries les plus polluantes de la planète. Et pourtant, on aime les sapes. Même si on ne porte qu’une infime partie des vêtements qu’on possède… Alors que faire face à cette course folle à la consommation ? De base, il suffirait de limiter (voire arrêter) tout achat de vêtements qui n’est pas vraiment indispensable (non, ce bomber rose avec une licorne à paillettes ne te servira pas à grand chose d’autre que cette soirée du Nouvel An). C’est mieux pour la planète, pour ton porte-monnaie et pour nos yeux parce que franchement parfois c’est pas facile.

Si toutefois, tu veux t’accorder une petite folie, tu as plein de solutions. Acheter neuf mais de qualité : de plus en plus de marques comme Loom voient le jour et proposent des séries limitées de modèles fabriqués en France avec des matières écoresponsables et des pièces durables, c’est le moment de les soutenir. L’intérêt des fringues de qualité (j’ai dit de qualité hein, pas de marque) c’est qu’elles peuvent être recyclées (contre 80 % des vêtements dont on se débarrasse qui finissent à la déchetterie). D’ailleurs en parlant de ça, tu peux aussi opter pour les vêtements de seconde main en recyclerie ou en braderie et sortir du circuit de distribution traditionnel.

Le mieux étant encore d’apprendre à utiliser ses dix doigts pour réparer ses vieilles guenilles et les faire durer jusqu’à ce que mort s’ensuive. Si ton fut’ n’est plus à la mode, tant mieux. En revanche, de grâce, évite les achats en ligne, c’est le meilleur moyen d’acheter tout et n’importe quoi, des trucs qui seront envoyés par la poste (parfois de très loin) alors qu’il y a une chance sur une et demi pour que ça ne t’aille pas.

Paradoxe n°4 : Je partage en story des photos choquantes de l’impact de la pollution via mon IPhone dernier cri.

On a tous un pote sur Facebook qui partage des messages inspirants sur le monde qui meurt à vue d’œil en essayant d’éveiller les consciences (ou comme le titrait Le Gorafi « il partage une vidéo sur le danger du réchauffement climatique puis commande un double whopper »). Alors, les réseaux sociaux, c’est très bien pour plein de trucs, mais c’est aussi un gouffre de consommation d’énergie que les milliards de vidéos postées chaque seconde ne font qu’aggraver et qui devrait au contraire nous inciter à un peu plus de discrétion.

Si toutefois tu es accro à Insta, il y a des solutions ! L’écologie digitale, ça ne vous dit rien ? On avait abordé le sujet dans cet article. Tu peux par exemple acheter un portable d’occasion ou des portables recyclés avec Fairphone et utiliser un moteur de recherche comme Ecosia (dont 80 % des bénéfices servent à financer la reforestation), Lilo (dont 50 % des bénéfices servent à soutenir des projets écoresponsables choisis au préalable par les utilisateurs) ou encore Ecogine (dont 10 % des recettes sont reversées à des associations solidaires). On peut aussi supprimer nos mails inutiles (et je t’assure qu’il y en a beaucoup) ou encore NE PAS écouter de la musique sur YouTube (parce que la lecture des vidéos coûte plus d’énergie qu’une simple piste musicale). 

On pourrait aussi parler du paradoxe végan qui parfois tort toutes les règles de bienséance écologique (du genre cette collègue végane qui commande son poké ball à l’avocat, livré par une entreprise qui sous-paye ses employés, et servi dans une déclinaison d’emballages plastique dignes de poupées russes de l’enfer) ; ou encore de ceux qui achètent des tomates bio en plein hiver, etc.

En fin de compte, quand on s’intéresse à l’écologie, on se rend bien vite compte que tout est affaire de paradoxes et de dissonances cognitives, puisque le monde qui nous entoure n’a lui-même rien d’écologique. La morale de l’histoire, c’est qu’on ne peut pas tout changer d’un coup. Ni condamner les autres parce qu’ils ne font pas bien comme nous, ni s’autoflageller parce qu’on trouve qu’on est un écolo en carton non recyclable (ou en mousse pour piquer l’expression de l’article légèrement VNR de Brain). L’écologie prend du temps, soyons patients avec les autres et avec nous-mêmes même si ces doux conseils pourraient bien vite devenir de vraies obligations avec le temps.

_________

Merci à Lygie Harmand pour ces belles illustrations.

 

14 commentaires

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  1. Tiens je me demande dans quels cas on remercie l’illustrateur en fin d’article… Possiblement lorsque le « salaire » est la « visibilité »… C’est marrant ça me rappelle un article sur les paradoxes! Ce serait pas une écologie en soi de respecter le travail à sa juste valeur?

    1. Bonjour Aurore,
      Alors là vous vous trompez complètement, Lygie est salariée de la Ruche qui dit Oui ! Elle touche donc un salaire, elle est remerciée en fin d’article parce que précisément on respecte les auteurs en les créditant systématiquement.

  2. Dommage je crois qu’aujourd’hui culpabiliser ne suffit plus.
    Il faut faire des sacrifices pour les générations futures, c’est difficile à dire et à entendre mais c’est la réalité.

  3. Je suis végétalienne, Zéro déchet, participe à une coop alimentaire, j’ai créé une asso environnementale MAIS je vais prendre l’avion pour aller à l’autre bout du monde…ouais… 🙁
    (Mais j’en ai conscience et culpabilise ++)
    Honnêtement je trouve que le paradoxe qui manque le plus dans cet article c’est les transports: je prends toujours ma voiture seul parce que je kiffe mon autonomie/liberté (par contre l’autonomie énergétique mof!), j’aime voyager et prendre l’avion à l’autre bout du monde pour découvrir et me rapprocher d’autre culture (je pourrais reconnecter la nature à côté de chez moi)

    1. Sébastien DUBOUCHAUD

      « Ceux dont la vie se passe à voyager finissent par avoir des milliers d’hôtes et pas un ami. »

      Sénèque

  4. Sébastien, Producteur livrant quelques Ruches

    Oui, oui, il ne faudrait pas être trop dur avec ces ultra consommateurs… qui ont toujours eu le ventre plein !

    Par contre, l’agriculteur, lui, est sommé de changer ses pratiques sur le champ (sic) !

    Pour lui, pas de paradoxe je ne sais quoi de psycologico-branlette intellectuelle !

    Non non ! Il faut qu’il arrête tout, tout de suite !

    S’il ne le fait pas, c’est soit qu’il est trop con, soit qu’il est malhonnête, soit qu’il est manipulé par l’agro industrie !

    Et si c’était difficile pour lui de renoncer à un équilibre mis en place pendant des années ?
    Il n’a pas le droit, lui à son paradoxe je-ne-sais quoi ?

    Tant pis s’il ne dort pas pendant que ses prairies crament de la sécheresse, et qu’il ne sait pas comment il va nourrir ses vaches cet hiver, tout ça parce que sous la pression sociale, il a décidé de passer en bio et de ne pas semer de maïs cette année.

    (mais bon on est sauvé, si uber eats ou deliveroo pouvent continuer à vous livrer votre malbouffe à 3h de mat.)

    Quant ce dogme qui énonce qu’il faudrait diminuer la viande rouge pour préserver l’envrionnement, mais de quelle viande rouge vous parlez ? J’aimerais que cette info soit sourcée et mise dans son contexte :
    telle quelle, c’est faire une généralité, ça revient à dire que tous les parigos sont des têtes de veaux.

    Vous voulez manger plus sain : louez un jardin ouvrier et cultivez vous-même votre nourriture !

    Comment ça, la terre est basse ?

    PS : moi le prochain qui me demande si mes fromages sont bio en me soufflant la fumée de sa clope dans le nez, je lui pète la gueule !

    Sébastien DUBOUCHAUD

    GAEC du Rodier
    Producteur de lait de vache, de fromages et produits laitiers dans la montagne Tarnaise

    1. Bravo Sébastien. Votre réflexion est très pertinente et reflète bien la réalité. Bon courage dans votre travail. Il faut vraiment soutenir les circuits courts.

  5. Bonjour,
    Je me suis totalement reconnue dans cet article. Faire les courses est parfois un vrai casse-tête ! Armée de l’appli Yuka, je vérifie systématiquement l’origine des produits, la notoriété de la marque, si je suis fan la bonne saison, etc. J’ai l’impression que ma conscience écolo s’éveille de jour en jour, avec en même temps (tiens, cette expression me rappelle quelqu’un 😉) de ne jamais en faire assez. Mais je persévère, tel le colibri je mets ma petite goutte à l’édifice
    Merci et bravo pour vos publications

  6. (…)Quant aux cigarettes électroniques, il est encore difficile de se prononcer sur leur impact réel sur la santé(…)
    Si, maintenant on le sait, de nombreuses études indépendantes l’ont confirmées… Cependant, comme pour l’écologie, la santé financière de la France (entre autres) reste une priorité sur la santé des français…

    1. tout à fait d’accord. et j’ajouterai même qu’au niveau déchet/recyclage, la cigarette électronique avec tout on plastique et ses cartouches et ses composants, à mon avis, c’est pas top non plus…

  7. Le paradoxe évoqué a été conceptualisé sous l’appellation « comptabilité morale » : dès que l’on fait une action écolo (voiture hybride, achat bio) on compense par d’autres actions qui le sont moins voire pas du tout. A ce titre, dans les actions vraiment pas écolos, dont l’impact est majeur sur le réchauffement climatique (sans commune mesure avec griller une clope) : les voyages en avion, la consommation excessive de boeuf, la non isolation de son logement. Aujourd’hui, zéro contrainte ou presque pour encourager les comportements vertueux : nous mangeons notre pain blanc, nos enfants n’auront pas ce luxe.

  8. Vous êtes sympa de pas avoir parlé de ceux qui sont écolos, qui n’achètent que des produits locaux.. mais qui prennent l’avion ‘^^

  9. « soyons des écolos progressifs à défaut d’être des écolos parfaits. « 

    Et c est déjà un bon début, car le petit progrès met sur le chemin vertueux du besoin de cohérence entre soi même et l environnement.
    S il n y a pas d interdits, il n y a que des encouragements à progresser.

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