Cette semaine, c’est métro, dodo, bouleau

Mon bureau est devenu écolo (enfin presque)

C’est bien beau de se proclamer écolo, de dire qu’il faut sauver la planète, que la guerre c’est moche et que les cheveux ça pousse, mais comment transformer ces belles paroles en gestes du quotidien ? Je vous avais embarqué il y a quelques temps dans ma quête d’économie d’énergie chez moi ; j’ai fini par me chauffer avec le four allumé et à m’éclairer à la bougie. Cette fois-ci j’ai choisi de mettre le doigt sur l’écologie au boulot. Et y’a du boulot.

Pour l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, telle on la nomme dans le ghetto), le travail représente une facture énergétique bien salée. Et pour explorer au mieux cet univers mystérieux, je vous embarque dans une petite entreprise parisienne de 26 employés dans laquelle j’exerce les divines fonctions de rédactrice web : Topito. Alors bien sûr, Topito, c’est pas Orange et moi je suis pas Stéphane Richard. Donc on ne peut pas comparer l’éco-campus Orange Gardens classé HQE (Haute Qualité Écologique) qui compte 5000 employés, à Topito, petite structure (mais grande dans le cœur et dans la fabrique de blagues). L’engagement écologique change d’une entreprise à l’autre en fonction de son identité, sa taille, sa position géographique. Il n’y a donc pas de règle unique, mais quelques conseils peuvent tout de même aider, et on n’est jamais trop aidé.

L’introduction au début du commencement de l’abc : l’écologie pour les nuls

Je ne doute pas que je m’adresse ici à des professionnels de l’écologie pour qui le b.a.-ba (un mot bien complexe à écrire pour ce qu’il veut dire mais passons) est parfaitement intégré. Néanmoins, je me fends d’un petit rappel des réflexes à adopter. Pour les écologistes de niveau 2 vous pouvez sauter le paragraphe qui suit.

 

Apprendre à éteindre son ordi. Je vous promets c’est facile il suffit d’appuyer sur un bouton. Selon l’Ademe, éteindre son ordinateur le soir ferait économiser de 15 à 30 € d’énergie par an, sachant qu’un ordinateur en veille consomme 20 à 40 % de ce qu’il consomme déjà en marche, donc non seulement on l’éteint mais on le débranche. Et si on est un gros déglingo, on éteint TOUS les appareils plutôt que de les laisser en veille (machine à café, imprimante, photocopieuse, etc). Une fois que ça, c’est bien intégré, on passe à l’étape suivante : ne pas imprimer ses mails, et mieux encore, effacer quotidiennement les mails inutiles parce que l’envoi et le stockage d’un mail représente un coût énergétique pas ultra swag (selon un rapport de l’Ademe, 60 mails envoyés chaque jour pendant un an équivalent à un trajet de 1000 km en voiture).

Ne pas laisser la clim allumée en open space quand Fabrice de la compta laisse sa fenêtre ouverte. Utiliser une feuille recto ET verso plutôt que de la jeter après avoir dessiné un zizi dessus (on peut être écolo, mais faut pas oublier l’humour). Parce que chaque employé consomme en moyenne 80 kg de papier par an selon la Fondation Nicolas Hulot. Bref. Tous ces gestes qui doivent être mis en pratique au travail comme chez soi comme chez sa grand-mère.

En France, 9 entreprises sur 10 ne connaissent ni la quantité des déchets qu’elles produisent ni le coût que ça représente.

Quels comportements spécifiques à l’espace professionnel faut-il adopter ? L’écologie niveau intermédiaire.

À Topito, on vit comme dans une coloc de 26 personnes. Je vous raconte pas le bordel que ça représente. On a dû prendre les choses en main en commençant par avoir le matos de base : deux poubelles de tri, un frigo organisé (avec un étage pour les aliments qu’on peut partager, plutôt que de laisser moisir son sachet de roquette), de la vaisselle et des aliments de bases (huile d’olive, sel, poivre) pour pouvoir faire son casse-croûte sur place, un panier hebdomadaire de fruits et légumes bio et enfin deux responsables nommés chaque semaine pour superviser la bonne hygiène de la boîte. Et si à la fin de la semaine c’est crade, on les vire (ouais à Topito on est vachement intransigeant).

C’est sympa mais on n’est pas encore sur l’autoroute du sans-faute. On est plus sur la départementale du ça va mais peut mieux faire et ça, ça concerne la majorité des entreprises. La preuve, selon l’Ademe, en France, 9 entreprises sur 10 ne connaissent ni la quantité des déchets qu’elles produisent ni le coût que ça représente. Or, plus l’activité économique d’une entreprise augmente, plus elle entraîne une augmentation de la production de déchets en particulier pour les PME comme Topito qui n’ont pas l’infrastructure nécessaire pour diminuer leur consommation d’énergie et leurs déchets.

> Premier plan d’attaque : les fournitures et le matos

Indispensables à l’entreprise, alors pourquoi ne pas commencer par là ? Surfons sur des sites spécialisés en fournitures écoresponsables comme Un Bureau sur la Terre ou Pocheco pour les enveloppes (entreprise et star du documentaire de Cyril Dion Demain, c’est dire). L’imprimante ? Multifonctions de toute évidence et laser de préférence, elle consomme certes plus d’énergie que celle à jet d’encre mais gaspille moins d’encre et est plus adaptée à un environnement professionnel.

Quant aux cartouches, y’a pas de secret, il faut miser sur les écolabels comme NF Environnement et recycler ses cartouches vides en les renvoyant à l’organisme qui les produit ou en les déposant en magasin ou en points relais (plus d’infos sur Cart’touch). Bientôt si ça se trouve on pourra même utiliser une imprimante à jet d’eau ! Objet existant seulement en Chine : grâce à un papier spécial, l’impression à l’eau laisse apparaître les caractères et sèche au bout de 22 heures. On peut aussi pousser le vice en utilisant les polices qui consomment moins d’encre comme Garamond plutôt que Time New Roman (si, si). Globalement, pour tout le matos informatique, on se laisse guider par les labels écolos comme Ecolabel, The Blue Angel, Nordic Ecolabel ou Energy Star (liste à retrouver sur le site de l’Ademe). Ensuite, on privilégie les ordi portables qui consomment jusqu’à deux fois moins d’énergie qu’un fixe, et surtout on les recycle quand il sont kaput : en les ramenant au magasin ou dans une ressourcerie qui pourra les réutiliser, ou en les remettant à un point de collecte de DEEE (Déchet d’équipements électriques et électroniques) qui se chargera de les recycler. D’autres options existent comme le site Recyclez-moi qui reconditionne nos vieilles tablettes et téléphones en échange d’un petit chèque (aux alentours de 15 €, restez stables).

Depuis 2016, il est possible pour une entreprise privée d’indemniser les salariés qui se déplacent à vélo.

> Étape suivante : sensibiliser les employés

Dans une petite entreprise, les gestes écologiques doivent être adoptés avant tout par les gens qui y travaillent. Parce que si les salariés ne s’y mettent pas, toute cette belle écologie ne sert pas à grand chose.

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Petit bilan salutaire sur le concept du plat à emporter le midi (tu comprends je vais quand même pas me préparer à bouffer tous les midis) :

 

– Emballage plastique (« Tupperware ? C’est pour les faibles”)

– Couverts en plastique (« Je vais passer pour un gars chelou si je leur demande de pas en mettre »)

– Bouteille d’eau (« Bah ouais mais elle était comprise dans la formule ! »)

– Gobelet en plastique (« On m’a forcé à le prendre, je suis une victime ! »)

– Sac (« Ok, on est à deux mètres du bureau, et alors ? »)

= MALHEUR ET SOUFFRANCE DANS LE CŒUR

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Alors comment fait-on pour convaincre ces pauvres âmes perdues ? Déjà on en parle. On informe sur le coût que représentent nos déchets et le gaspillage d’énergie (et on leur promet du café à tous les étages avec tout l’argent économisé #argumentationbéton). Ensuite, on propose. Si tous les employés mangent sur place des repas achetés à l’extérieur, ne faudrait-il pas penser à un restaurant d’entreprise (ou d’inter-entreprises, pour réduire les coûts en partageant les frais avec d’autres entreprises du périmètre) ? Pour aller plus loin, on peut aussi organiser des ateliers ciblés. Pas forcément pour apprendre à trier ses déchets (parce qu’on veut quand même éviter un suicide collectif), mais imaginons un truc sympa, tiens par exemple découvrir comment faire son beurre maison ? Ou une petite cueillette urbaine ? Ou construire un mur végétal ? Bref, un truc qui ne serait pas directement lié au travail mais qui permettrait d’intégrer des valeurs écologiques, comme ça, l’air de rien.

Le tout, c’est d’encourager les salariés. Par exemple, depuis 2016 il est possible pour une entreprise privée d’indemniser les salariés qui se déplacent en vélo à hauteur de 0,25 € par kilomètre ou à la rigueur d’inciter les déplacements en covoiturage (74 % des salariés se rendent en voiture sur leur lieu de travail et le plus souvent seul). D’ailleurs, pour les commandes de coursier, on privilégie bien sûr ceux à vélo. Enfin, on peut participer à des événements nationaux comme la Semaine de réduction des déchets en Europe. Dans le genre, la belle Ruche qui dit Oui ! avait lancé le mouvement Tous à poêle au bureau pour inciter les entreprises à se faire à manger au bureau !

Un engagement différent pour chaque boîte. L’écologie niveau expert.

Quand on a franchi avec succès les étapes 1 et 2 de l’écologie bureaucratique, on peut enfin aller plus loin. Cette troisième étape concerne surtout les entreprises qui ont un peu plus de moyens sous le coude. Tout d’abord, il faut savoir qu’une entreprise qui produit plus de 1100 litres de déchets par semaine (tous déchets confondus) doit faire appel à un prestataire de tri, sinon elle risque une amende salée qui varie en fonction de la quantité. Cela incite à réduire au maximum sa production de déchets et à trouver des solutions viables (idée ultra con mais ultra efficace : supprimer les poubelles individuelles pour forcer les salariés à ne jeter que dans des grandes poubelles de tri).

De façon générale, quand une entreprise grandit elle peut (elle doit ?) s’engager de manière plus structurelle. Dans la conception des bureaux en premier lieu, en utilisant les matières nobles comme le bois, des peintures sans solvant, du matériel adéquat et écoresponsable (cf. étape 2) mais aussi en aménageant l’espace de travail de manière à optimiser la luminosité. On peut également retaper sa façade avec un mur végétal ou en concevoir un en intérieur. Bon OK il faut compter en moyenne 500 € le mètre carré clé en main (si on a la flemme de bosser soi-même), mais si ça contribue au bien-être de l’entreprise, après tout pourquoi se priver ?

Si tout ça semble représenter beaucoup de travail, rassurez-vous c’est possible. Et le mieux pour mener à bien ces objectifs progressivement, c’est certainement de former un petit groupe d’éco-résistants qui pourra être à l’initiative de ces projets avant que tout le monde suive, main dans la main, en chantant L’hymne de nos campagnes (Quoi ? Hein ? Qui ? J’ai dit ça moi ?).

13 commentaires

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  1. Protéger l’environnement, c’est aussi faire des économies et rendre l’entreprise encore plus pérenne. L’Ademe vient de lancer un programme pour accompagner toute entreprise à prendre ses responsabilités par rapport à notre futur en identifiant et mettant en oeuvre des actions qui ont directement un impact sur la rentabilité : https://www.gagnantessurtouslescouts.fr/
    Une opération-test auprès de 49 entreprises a confirmé une économie d’au moins 300€ par salarié et par an dans 60% des entreprises testées, au moins 180 €/salarié/an dans 80% des entreprises.
    Chaque geste en faveur de notre environnement compte ! Pour ceux qui doutent encore, imaginez déjà ce que les ramettes de papier qui défilent trop vite représentent en arbres, en énergie pour les transporter et les transformer, en eau pour cela, en coûts de livraison… Y a-t-il un bac dans la photocopieuse avec du papier-brouillon par exemple ?! Il suffit de rayer le verso. S’il faut changer cette photocopieuse-scanneuse (fin ou modification du contrat de location), en prendre absolument une qui imprime en recto-verso et programmer tous les ordinateurs à imprimer aussi en recto-verso. Même si scanner, c’est mieux !
    Pour Stef81, je vous assure qu’être conséquent au bureau ET dans sa vie personnelle, en montrant indirectement l’exemple, cela fait bouger les mauvaises habitudes et individuellement, vous agissez plus concrètement qu’en agitant le chiffon rouge ! N’hésitez pas à vous renseigner sur la société Pocheco et le modèle qu’elle est devenue…

    1. vous ne savez rien de mes engagements, madame Mimosa ; et vous ne répondez pas à ma question … c’est dommage

      allez va , vous m’avez convaincu, j’éteins mon ordi après ce message, je vais au lit ; très tôt demain, je pars m’acheter une enveloppe pocheco et je l’envoie par avion express à ma belle soeur au canada, chiche ! soyons écolo , nom de non

  2. ouhais bof … si c’est ça l’écologie, ça ne m’intéresse pas
    les petites écolonomies à pépé ça permet juste de se donner bonne conscience

    si on change pas radicalement notre façon de consommer on va droit dans le mur et c’est pas ces propositions infantilisantes qui vont sauver quoi que ce soit : j’éteints mon ordi la nuit pour gagner 30 eur par an … mais je surfe sur internet tte la journée avec mon smartfone, j’achète des panneaux solaires chinois venus par bateau , je prends l’avion pour aller me reposer de mon travail de salarié à l’autre bout du monde, je me nourris avec du porc qui a fait 3 fois le tour du globe … allez, soyons un peu plus raisonables

    d’ailleurs, peut-on imposer à une entreprise qui fabrique des avions, de faire de tels petits efforts et en parallèle lui laisser fabriquer et mettre en circulation des centaines d’avions par an, quand on connait l’impact sanitaire et environnemental déplorable que cela provoque ?

  3. Pour l’ordi portable, avez-vous des éléments pour départager entre la consommation d’énergie plus faible avec le portable, et le fixe qui permet de changer des éléments plus facilement ?
    Merci pour cette article sympathique, concret et plein d’humour.

  4. Merci !
    Est-ce que ça dépense beaucoup de laisser juste l’écran allumé, que l’ordi soit allumé ou éteint ? je passe derrière tous mes collègues pour éteindre leurs écrans, je ne fais peut-être pas beaucoup d’économie, je dois les agacer et je ne trouve pas d’argument (s’ils laissent l’ordi allumé tout un WE, là oui !)
    et d’accord pour les photos animées, fatigantes (mais drôles quand même …)

  5. Woaa déjà Topito je vous kiffait grave, alors là je suis prêt à me tatouer un cœur sur l’épaule avec écrit en cyrillique « Topito 4ever » !
    Franchement très bon article, je suis surpris par les nombreuses idées proposées, c’est vraiment pas infantilisant, nickel quoi !
    Et pour les coursiers à vélo, privilégiez les entreprises qui salarient les coursiers, il y a même celles qui font de l’économie Sociale et Solidaire et qui sont en statut Scop, et non pas celles qui font du salariat déguisé (uber et cie). Pour les déménagements dans la ville ou aux alentours, pensez aussi aux entreprises à vélo ! Regardez Toutenvélo.fr
    En parlant de végétal, je crois qu’il y a des entreprises qui proposent leur toiture pour faire pousser des légumes, ça peut être un truc cool pour faire les ateliers et manger local !
    hashtag bienetredupersonnel

    1. ‘ayé j’ai trouvé ! Topager a déjà réalisé beaucoup de jardins sur des toitures pour des entreprises et leurs collaborateurs.

  6. Respecter les yeux et le calme de ses lecteurs c’est aussi de l écologie : les photos hystériquement animées, ça m’énerve !

  7. Merci pour ce bel article plein d’humour. Seulement on peut faire de l’humour tout en restant correct (et éviter ainsi des mots comme FDP). Même si cela nous fait sourire, ça ne nous tire pas vers le haut mais nous rabaisse plutôt. Or l’on veut voir loin, on attend de cet article qu’il nous tire vers le haut !
    Merci

  8. Concernant les quantités de déchets: le mieux est d’appliquer la norme ISO14001. Estimation des déchets, et plan d’amélioration.
    Par contre quelque chose me chiffonne: comment peut on chercher à économiser quelques miliwattheures en effaçant des mails ou en ne stockant pas ses photos dans le cloud, et en même temps proposer un service comme Topito??🙂

  9. Bonjour, il est est intéressant votre article, et plein d’idées et d’humour !
    Je regrette juste le côté irrespectueux de la première photo. Pourquoi parodier une représentation du Christ ? Imaginez à la place Allah (pas vraiment de représentation possible mais c’est pour donner un exemple) ou Yahweh (idem). Vous hésiteriez un peu plus non ? Par respect pour les musulmans ou les juifs…
    Les chrétiens ne sont pas plus des serpillières et leur Dieu devrait au minimum ne pas faire l’objet de moqueries inutiles dans un article d’information qui n’a rien à voir avec la religion.
    Merci d’y penser la prochaine fois !
    Claire Ducrot

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