Mon steak à la loupe

Traque barbaque

Viande, d’où viens-tu ? Depuis le jour où j’ai commencé à me poser la question, mes repas ont tourné à l’enquête policière. Comment débusquer une viande menteuse (par omission) ? Comment faire parler une charcuterie embrouilleuse ? Suivez-moi, j’ai mes indics !

C’est vrai que pour un inspecteur je partais de loin. Quelle n’a pas été ma confusion le jour où j’ai appris que les paquets de tranches de jambon ne poussaient pas comme ça dans les arbres… car figurez-vous que la viande qu’on s’empiffre à chaque repas a d’abord été un animal vivant qui gambadait gaiement ! En France, selon le site Planetoscope, on ingurgite 50 kilos de viande de bœuf chaque seconde (donc rien qu’en lisant cette phrase, 200 kilos de bœuf ont été mangés, sauf si vous lisez lentement dans ce cas c’est plus 300 kilos, mais si on compte depuis le début de cette parenthèse ça ferait presque déjà 650 kilos).

75 % de la viande consommée en France est d’origine française.

Au-delà de ce chiffre alarmant, il faut savoir qu’en moyenne 75 % de la viande consommée vient de chez nous, c’est peu compte-tenu de notre superproduction bovine nationale, on est même les premiers producteurs européens de veaux et de bœufs, c’est dire. On ne va pas refaire ici le débat sur le bien-fondé ou non d’une alimentation carnée, toutefois, si viande nous mangeons, son origine savoir nous devrions (ou quelque chose comme ça). C’est pourquoi j’ai décidé cette semaine de m’élever aux joies du décryptage des viandes en barquette dans les rayons de supermarché, au resto ou chez le boucher.

Dis-moi, alléchante tranche de jambon, d’où viens-tu ? 

Notons, tout d’abord, que la consommation de viande, même si elle reste élevée, s’est pris un sacré coup dans les dents après le scandale de la vache folle ou la présence de licornes dans les barquettes Findus. Ces embrouilles ont incité les consommateurs à faire un peu plus attention à l’origine de leur barbaque, voire à ne plus en manger du tout. Pour nous éclairer, la campagne Viande de nulle part assure déjà un bon boulot (et même qu’on l’avait déjà dit). Ce groupe d’agriculteurs engagés réalise des actions directement en boutiques pour y apposer ses propres étiquettes : « viande de nulle part » ou « viande d’origine connue ». Leur méthode sert avant tout à dénoncer l’opacité des grandes marques et leurs entourloupes marketing, comme par exemple « Le Bon Paris ». Gros mytho !

 

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Il existe un étiquetage qui relève plus du code secret indéchiffrable que de l’information client. Vous ne savez pas de quoi on parle… c’est normal. (Viandes de nulle part)

« Viande de nulle part » intervient quand les informations sont manquantes ou trop floues. Par exemple, un drapeau français sur l’emballage ne veut pas dire que le porc y a été élevé, le seul logo valable est « le porc français ». L’Interbev (Interprofession bétail & viande) a imposé cette certification d’abord avec la viande bovine française en 1996. La pratique a été étendue au reste des viandes en 2014 (lapin, volaille, veau, porc, ovins, cheval). Il est désormais obligatoire d’indiquer sur chaque emballage, le pays de naissance, d’élevage et d’abattage. Pour mieux décrypter une étiquette, rendez-vous avec maîtresse Hélène Binet ici même.

Depuis 2002, les restaurants (ou tout autre lieu public où l’on peut vous servir un repas) sont eux aussi obligés d’afficher distinctement l’origine de leur viande bovine. Les boucheries doivent également indiquer l’origine des viandes de veau en plus du bœuf (et préciser le pays de naissance, d’élevage et d’abattage, si les trois sont en France, on écrit juste « origine France »). Si cet affichage n’existe pas, ça sent le roussi. En revanche, ce n’est pas requis pour les établissements où l’on ne peut pas manger sur place, en gros : livreurs et traiteurs. De la même façon, les viandes transformées ou les plats cuisinés ne sont pas soumis à cette obligation, donc rien de prouve qu’il n’y a pas un morceau de poney volant roumain dans vos nuggets, vos raviolis, votre pizza ou votre pot de rillettes…

L’hyper traçabilité, la solution ?

Certains éleveurs se sont engagés dans une transparence totale comme la marque Vents d’éleveurs qui, depuis l’été 2015, permet de flasher un QR code sur chaque barquette de viande (ou sur leur site web). On accède ainsi à toutes les informations relatives à l’éleveur, l’histoire de son exploitation et l’animal. Leurs produits sont présents surtout à Paris et en Vendée, et c’est plutôt bon signe, une production à taille humaine peut difficilement s’étaler au niveau national. Soixante éleveurs participent à cette aventure au slogan engagé « De la fourche à la fourchette ». La marque leur assure une meilleure rémunération (100 à 150 € par bête) et favorise une production en circuit court respectueuse de l’environnement.

Finalement, manger de la bonne viande aux origines connues et fiables c’est donc possible, me direz-vous ? Et je serai tentée de vous répondre « Oui ! Galopons main dans la main le long des rayons de viande traçable ! ». Mais en fait non. Le rapport de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (pour les intimes c’est DGCCRF) montre que sur un ensemble de contrôles effectués en 2015, 30 % des établissements montraient des anomalies dans l’étiquetage. Certes, ces anomalies étaient légères et seuls 3 % ont été exposés à des poursuites judiciaires, mais autant dire qu’il y a encore du boulot. La méthode la plus sûre est encore de consommer de la viande en circuit court, si vous voyez ce que je veux dire.

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  1. « L’Interbev (Interprofession bétail & viande) a imposé cette certification d’abord avec la viande bovine française en 1996 puis l’a étendue au reste des viandes en 2014 (lapin, volaille, veau, porc, ovins, cheval). »

    C’est inexact, Interbev ne s’occupe que des filières bovines, ovines et équines. Les volailles, lapins et porcins sont gérés par d’autres organisemes.

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