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Sauveteur de biodiversité

Grâce à lui, la Vendée retrouve son millet

Il fait un carton avec sa culture de millet. Nouveau grain à la mode pour hipsters de retour d’Inde ? Plutôt un retour à la céréale de papy, traditionnelle du terroir vendéen.

Camille Martineau a ouvert la porte au retour du millet dans la campagne vendéenne. ©Thomas Louapre

Effet d’aubaine et vieille romance

« Quand on les cultive ensemble, le millet et le sarrasin font concurrence aux adventices : à deux, ils sont plus forts que tout seuls. » La leçon de bon sens est signée Camille Martineau, 25 ans, surdoué du terroir. C’est d’ailleurs en se disant que l’union faisait la force que le jeune vendéen a rejoint ses parents sur l’exploitation familiale près de La Roche-sur-Yon, il y a quatre ans. Avec pour but de diversifier les activités : aux vaches laitières et à l’accueil à la ferme, il a ajouté deux céréales peu communes, le blé noir et le millet. Ce dernier, habituellement importé, n’est produit que par une poignée d’agriculteurs français. Pressé par une Biocoop qui cherchait un approvisionnement local, Camille a semé, décortiqué, moulu, mis en paquets. Alors que la récolte 2016 vient de s’achever, il est déjà sûr d’écouler sa production. Effet d’aubaine lié à un goût passager pour une céréale exotique ? Pas seulement, car le petit grain jaune a déjà eu une histoire d’amour avec la campagne vendéenne.

Sarrasin et millet se complètent bien au champ, mais le tri après la récolte est fastidieux. ©Thomas Louapre

« La Vendée était le plus grand producteur de France dans l’entre-deux-guerres », explique Martine Dugué, vendéenne elle aussi et coordinatrice de l’association Terra Millet, qu’elle a fondée en 2008 au retour d’Inde. L’idée initiale de l’association était d’aider les Indiens à maintenir cette céréale traditionnelle en créant une filière de commerce équitable. « Puis mon grand-père m’a dit que le millet, de son temps, ça se faisait aussi en France ! J’ai compris que je faisais fausse route et qu’il fallait d’abord relancer cette céréale ici. »

Les petits vieux d’ici savent encore ce qu’est le millet.

Réservé aux desserts de jours de fête et à l’engraissage des jeunes poulets, le millet avait sa place dans chaque ferme qui en cultivait quelques sillons avant le développement de la monoculture dans les années 1950 et l’hégémonie du blé et du maïs. Seuls quelques champs de millet blanc, réservé à l’alimentation des oiseaux, semblaient avoir subsisté. Mais Martine a trouvé une poche de résistance : « Autour de La Roche-sur-Yon, c’est le seul fief où ils ont continué à produire et consommer du millet. Les petits vieux d’ici savent encore ce que c’est, et on en trouve en épicerie. En Vendée on a des terres adaptées au millet, siliceuses, pas trop lourdes, comme dans les Landes avant qu’ils implantent la monoculture de sapin. » Camille confirme : « La génération de mes grands-parents connait bien le millet, il y a des anciens qui viennent acheter le mien à l’épicerie du village. Il y a un plat que tout le monde connaît ici, c’est le millet au lait, ou pilaïe. »

Une tonne à l’hectare en moyenne : le précieux grain jaune n’est pas très productif, mais extrêmement rustique, et il se vend très bien. ©Thomas Louapre

Le réseau du petit grain jaune

L’association Terra Millet a identifié une quinzaine de producteurs en France, qu’elle met en réseau et à qui elle propose de tester différentes variétés. Aux côtés du millet jaune – celui cultivé par Camille – qui garde un peu d’amertume en farine, on trouve une variété brune, originaire d’Autriche, ou le millet rouge, traditionnel des Landes. Et la culture, c’est pas trop dur ? « C’est très peu exigeant, on fait presque rien, assure Camille, bien heureux de se passer d’engrais, de pesticides et d’arrosage. On sème et on récolte ! C’est une culture rustique, assez simple, qu’on arrive à valoriser. Ce sont de petits rendements, mais le prix de vente est correct. » Et la demande est là : en plus de fournir toutes les Biocoop de Vendée, Camille approvisionne des magasins de producteurs, une école et même l’hôpital de La Roche-sur-Yon !

Le millet est vendu en grain entier ou en farine sur meule de granit. Camille la fait à la demande tout au long de l’année. ©Thomas Louapre

Seul souci : une fois la récolte achevée, le vrai travail commence ! Car il faut séparer les grains de sarrasin et de millet, cultivés ensemble, les faire sécher et les décortiquer. Les Martineau se sont aussi équipés d’un moulin à meule de granit pour faire de la farine. L’investissement dans les machines nécessaires a de quoi dissuader les agriculteurs volontaires. « Avant le décorticage, il reste toujours des grains noirs d’adventices, surtout du chénopode, qui ont passé le stade de la trieuse mécanique car ils font la même taille que le millet, explique Camille. C’est pas présentable dans les paquets ! Mais on a la chance d’avoir à côté de chez nous une Cuma (coopérative d’utilisation du matériel agricole) avec une trieuse optique. On s’est assuré de pouvoir faire ce tri avant de se lancer dans le millet. »

80 % de la récolte est vendu en Biocoop. Le reste est envoyé dans des magasins de producteurs, une école et même à l’hôpital de La Roche-sur-Yon. ©Thomas Louapre

En cuisine, c’est pas du gâteau

Dernière étape, et pas des moindres, la cuisine ! Car outre le pilaïe, préparé avec la semoule moulue grossièrement, peu de recettes ont traversé le temps. Et le millet tout seul à grande eau manque un peu de goût. « J’ai mis des recettes en ligne sur mon site, nous rassure Martine. On a des recettes de gâteaux qui contournent la légère amertume de la farine, qu’il faut utiliser en mélange avec parcimonie. Et j’explique aussi comment cuisiner le grain. » Soufflé de potiron au millet, galettes millet-courgette, taboulé ou risotto de millet aux petits légumes, la liste ouvre l’appétit. Ce serait dommage de laisser ça aux poules.

©Thomas Louapre

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7 commentaires

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  1. Chouette ! nous aussi en Anjou on a des recettes au millet comme la traditionnelle Millère, ou Milleraie qui était de tous les mariages… On prend mieux son envol quand on sait d’où on vient ! Merci

  2. C’est dommage de séparer les deux céréales!!!
    Terra millet présente une recette de pain fait les farines des deux graines et de la farine châtaigne.
    A essayer!!!

  3. Je suis du Berry, j’habite en Alsace, mais je me rends chaque année en Vendée chez mes parents. J’ai déjà eu l’occasion de me rendre à la ferme Martineau pour acheter du sarrasin, et du millet. Très bel accueil des parents de Camille!
    Bravo à eux!
    Je vais revenir l’été prochain!
    Cécile

  4. Je suis vendéenne d’origine et pas encore très veille…
    J’ai découvert le millet au lait à la maison et dans les fêtes de battage… J’adore !
    Mon problème : il n’est pas facile d’en trouver dans les petites ou moyennes surfaces, bio ou non, éloignées de Vendée.
    Autre difficulté : plus contraignant à préparer que le riz au lait… mais bien meilleur !
    Ma fille en a mangé +++ quand j’étais enceinte. Étrange, elle n’apprécie pas !?
    Une initiative que j’encourage donc de tout cœur : développer la consommation de millet dans les lieux de restauration pour enfants 😉

  5. Je suis née il y a 50 ans aux Sables d’Olonne ( oui que le temps passe vite) et le millet au lait était un dessert commun que j’adorais !!
    Très compliqué d’en trouver=> puis en magasin bio j’ai réussi à m’en procurer et de nouveau j’ai pu en déguster quel bonheur!
    Alors maintenant si l on peut en acheter en provenance de Vendée c’est top !!!
    Reste à trouver les points de vente

  6. Ahhh du millet, je suis toulousaine, mais mon mari vendéen, et sa mamie nous préparait du millet en dessert…..que de bons souvenirs ! Aujourd’hui c’est moi qui le cuisine, bouilli dans le lait avec une belle gousse de vanille, une pointe de sucre, et voila, le dessert est prêt, et mon mari et mes enfants ravis!

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