Non aux souffleurs de feuilles

Laissez vivre les feuilles mortes

L’automne est bel et bien là, les feuilles rouges et dorées qui embellissaient les arbres il y a encore quelques jours commencent maintenant à tomber en masse sur le sol. Dans nombre de rues, de parcs mais aussi de jardins particuliers, arrive avec elles un outil malfaisant : le souffleur de feuilles. Malfaisant ? Oui. Cette machine diabolique mérite une campagne de dénonciation, vu la liste de ses méfaits.

D’abord, ces souffleurs consomment énormément de carburant. Et leur moteur est si simpliste, dénonçait le Washington Post dans une enquête consacrée au sujet en 2013, qu’il émet énormément de polluants atmosphériques – 300 fois plus qu’une camionnette américaine basique – dont le monoxyde de carbone et le protoxyde d’azote : « Ce moteur n’ayant pas de système de lubrification, son carburant doit être mélangé à de l’huile. Pire, environ 30 % du carburant utilisé par cette machine ne parvient pas à une combustion complète, ce qui conduit à une importante émission de polluants atmosphériques ».

L'ennemi à abattre.

Ensuite, le souffleur contribue à polluer l’air en particules fines. Enfin, et surtout, il fait un boucan énorme et désagréable qui peut dépasser les 100 décibels. À tel point qu’aux États-Unis où ces machines sont très répandues, le bruit des souffleurs a un impact massif sur le paysage sonore des villes. Pour le montrer, la chercheuse Erica Walker a parcouru la ville de Boston à vélo pendant plusieurs mois. Résultat : la première source de pollution sonore dans nombre de banlieues de la ville est le souffleur de feuilles. Et la liste noire de cet outil ne s’arrête pas là, c’est aussi un drame pour votre jardin.

Le souffleur de feuilles écrase ou arrache les plantations et dégrade les sols. Son passage est une sorte de petit ouragan.

En effet, les études montrent que le passage de cette machine ressemble à celui d’un petit ouragan : il écrase ou arrache les plantations et dégrade les sols. Après son passage, les plantes sont stressées, brûlées, déshydratées et leur croissance est considérablement ralentie.

Sortez vos râteaux !

C’est bien gentil, mais sans souffleur, on en fait quoi de ces feuilles ? Dans votre petit jardin, un balai à dents pour gazon fera largement l’affaire. Les plus branchés do it yourself utiliseront un grand carton rigide (voir cette vidéo). Les plus paresseux – c’est un compliment ! – ne s’amuseront pas à chasser chaque feuille de leur lopin et ils auront sûrement raison. Comme le faisait remarquer en 1975 le jardinier japonais Masanobu Fukuoka dans son livre La Révolution d’un seul brin de paille (traduit en 2005 chez l’Editeur Guy Tredaniel), le sol n’est jamais nu à l’état naturel, en dehors des glaciers et des déserts.

Nudistes les sols ? Jamais de la vie !

Partout où il y a de la vie, le sol est couvert soit de plantes en croissance, soit de végétaux en décomposition, soit des deux. Dans une forêt – l’un des écosystèmes les plus fertiles qui soit – le sol est couvert en permanence d’une couche de feuilles et branches en décomposition, par les bactéries et champignons du sol, que l’on appelle humus. C’est ce qui fait sa richesse, rappelle le botaniste Francis Hallé dans son plaidoyer Du bon usage des arbres (Actes Sud, 2011) : « Il n’aura échappé à personne que, dans une forêt où les arbres sont vigoureux, grands et solides, ils ne reçoivent ni engrais, ni pesticides, on ne les arrose pas, on ne les taille pas, on n’enlève pas leur feuilles mortes et ils bénéficient pourtant de la présence d’un sol riche. »

Une belle terre bien vivante, merci qui ?

Engrais gratos et naturel

Pourquoi ce qui est une richesse dans une forêt devrait devenir un déchet dans votre jardin ? Selon vos goûts, vous pouvez au choix laisser les feuilles sur votre pelouse en vous assurant juste d’étaler les couches les plus épaisses. Vous pouvez aussi les ramasser pour recouvrir d’une bonne couche de paillis de feuilles mortes votre potager ou vos bulbes et plantes fragiles. Vous pouvez enfin vous en servir pour alimenter votre compost en général bien chargé en matières plus vertes et plus azotées (restes de légumes) et qui sera donc ravi de voir arriver ces matières brunes et carbonées. Les plus consciencieux passeront la tondeuse sur les feuilles les plus épaisses, comme celles de châtaigner, de platane, de laurier-sauce ou d’érable. Seule précaution : ne tassez jamais ces feuilles pour assurer une bonne circulation de l’air et une bonne décomposition. Au printemps prochain, votre sol sera plus beau et moins compact et vous vous féliciterez d’avoir su accueillir les feuilles mortes trop souvent mal aimées.

11 commentaires

Close

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. par contre, je crois que pour les feuilles de haies de lauriers, il faut s’en débarrasser (je les emmène à la déchetterie) car elles sont beaucoup trop longues à se composter. Qu’en pensez-vous ?

  2. Pour répondre à la question de la mauvaise réputation des feuilles de noyer. Dans le dernier numéro de l’excellente revue des Quatre Saisons des éditions Terre Vivante, il est expliqué que les feuilles de noyer contiennent effectivement une substance (la juglone) qui inhibe la germination et la croissance de certaines plantes. Mais cette dernière se décompose en 3 à 4 semaines. Les feuilles de noyer se décomposant vite, elles peuvent ainsi être employées pour couvrir la terre du potager en hiver. J’ai un noyer près de mon potager et je n’ai pas de soucis avec les feuilles de cet arbre majestueux qui procure de l’ombre et de belles noix.

  3. Bonjour,
    Tout à fait d’accord avec le contenu de votre article. Le souffleur de feuilles est une invention inutile pour fainéants, comme il en existe malheureusement beaucoup dans notre société actuelle. Elle est en plus nuisible pour la nature et pour l’homme. Alors oublions cet objet maléfique pour revenir au balai et au râteau. Ramassons les feuilles mortes là où c’est utile (pour éviter les glissades) et profitons de cette activité pour nous vider la tête et faire un peu d’exercice au grand air.

  4. Enfin un article qui parle de cette nuisance terrible que sont les souffleurs de fleuves ! J’habite en centre de ville de Clermont-Fd et j’ai la chance d’avoir la vue sur une cour d’école avec de jolis arbres, et sur une esplanade avec de très beaux tilleuls. Depuis quelques années, la période d’automne devient un enfer sonore, avec des battles de souffleurs, entre le gardien de l’école, les employés municipaux et les entreprises de nettoyage des halls d’immeubles. Sur le trajet jusqu’à mon bureau, je croise là aussi plein de gens qui soufflent bruyamment sur ces pauvres feuilles, que ce soient des commerçants qui nettoient leur bout de trottoir ou de nouveau des employés municipaux.
    Je confirme, la solution vient bien du râteau et du balai qui étaient encore utilisés il y a peu !
    J’ai cherché des pétitions sur internet contre cette nuisance terrible et je n’ai rien trouvé. Si vous avez des pistes, je suis preneur !

  5. merci pour cet article qui me réconforte et me conforte dans ma haine des souffleurs de feuilles! Existe-t-il une pétition contre ces machines démoniaques?
    Bien naturellement vôtre
    Br.Wilson

    1. Bah comme avant : les bons vieux balais ! Non bruyants, non polluants et bien plus efficaces ! On a vécu avec des trottoirs propres avant les souffleurs et les moto-crottes !

  6. Super article…..mais dommage qu’il soit publié si tard ! Crotte, flute et zut, j’ai passé mes deux derniers week-end à ramasser les feuilles (à la main aidé de mon fidèle ramasse-feuilles, je précise)…si j’avais su. Bon, rien n’est perdu, mon gros tas de feuilles servira à alimenter mon compost.

  7. Le pire… les souffleurs qui s’obstinent à souffler les feuilles mouillées qui collent et qui ne demandent qu’à rester sur place.
    Messieurs, s’il vous plaît, prenez un râteau !

  8. Où l’on remplace en définitive le souffleur par la tondeuse! 😉
    Excellent plaidoyer contre les souffleurs, gros pollueurs sonores dans les parcs publics, en tout cas!

Recevoir le magazine

1 newsletter par semaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle

Oui ?

Recevoir le magazine

1 newsletter par semaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle