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Fleurs sur la ville

Tisanière urbaine, une échappée à grands coups de pétales

Un jardin, des fleurs, des copines. Bettina a trouvé son paradis en bordure de Bruxelles, où elle prend soin des plantes, s’enivre de leurs parfums et met en sachet des mélanges inédits. Les soucis, chez Tiz’Time, on les cueille.

C’est la pleine saison des fleurs. Il est 10 h du matin, Bettina entame la deuxième cueillette de la journée. ©Michèle Wang

Un grand sourire dépasse d’un buisson de mauves. Deux yeux pétillants, une coupe de garçonne, et bien plus haut, le doux soleil d’un matin de juillet. Bettina Secchia traverse le petit jardin bardé de fleurs multicolores pour nous accueillir, son panier à la main : C’est le plus beau métier du monde ! Et pas le plus banal : Bettina est tisanière urbaine.

Dans son havre de verdure, on oublierait presque de voir, au-delà de la haie, les gigantesques cheminées d’une centrale électrique qui hérissent le ciel, entre deux barres d’immeubles. En tendant l’oreille, on distingue au loin le ronron du ring de Bruxelles.

Des mauves exubérantes en bordure d’agglomération : la municipalité d’Anderlecht a appuyé l’installation en 2016 de l’espace-test agricole Graines de Paysans. ©Michèle Wang

Pas le temps de rêvasser. La priorité de la saison, c’est cueillir, cueillir, cueillir ! En attendant que les soucis s’ouvrent, cet après-midi, on peut attaquer la deuxième récolte de mauve de la journée. Les fleurs violettes s’empilent dans le panier, mais le filon semble inépuisable.

Faut cueillir, explique Bettina, sans lever le nez de son travail. Tu stresses la plante, et elle produit d’autant plus de fleurs. Désolé, les chéries ! Mais finalement c’est vous qui allez gagner : à un moment, je vous laisserai tranquilles et vous pourrez faire vos graines ! Les délicates mains dansent d’une tige à l’autre en évitant d’attraper les abeilles, qui trouvent toujours du nectar disponible au milieu de la razzia. Tu nourris tous les butineurs en faisant ça. Quelle merveille !

« Moi ce que je recherche, c’est les arômes ». Les tisanes Tiz’Time sont avant tout une expérience gustative. ©Michèle Wang

Arômes arrangés

En remontant le jardin jusqu’à la serre aux verveines, on passe des buissons de toutes les odeurs.  Moi, ce que je recherche, c’est les arômes, confie Bettina, moins portée sur les propriétés médicinales des plantes. C’est un métier de sensations. Cette année, j’ai mis de l’agastache anisée et de la menthe bergamotte. Tiens, celle-là, elle est dingue : la menthe peppermint. D’une caresse de la main, la tisanière porte le parfum piquant à ses narines : C’est super frais, pour moi qui ai un peu trop bu hier soir, ça fait du bien ! Plus sérieusement, il faudrait que je travaille avec un cuisinier pour affiner le goût de mes mélanges. Mais il faut aussi tenir compte des principes actifs.

Tu stresses la plante, et elle produit d’autant plus de fleurs.

Une poignée de coriandre bolivienne fait son entrée dans le jardin, portée par Valérie. Bettina, c’est ma goûteuse, s’amuse la maraîchère-tisanière, installée de l’autre côté de la haie. On est quatre sur cet espace-test agricole, explique Bettina. Que des nanas ! Il y a aussi Caroline qui produit des fleurs comestibles et ornementales, et Virginie, qui fait des dreampillows et des tisanes à bain. Depuis la création d’une formation dédiée, il y a trois ans, la région de Bruxelles est submergée de tisanières rivalisant d’originalité pour développer chacune sa spécialité. Les fleurs et plantes aromatiques demandent peu de place : une aubaine pour la municipalité d’Anderlecht, au sud-est de l’agglomération, qui a pu installer, le temps du lancement de leur activité, ces néo-paysannes sur un petit espace-test. Pour le bonheur des yeux. Je cultive un ancien potager à l’abandon, et juste à côté, la parcelle des filles était un champ de maïs conventionnel il y a seulement un an, raconte Bettina. On crée de la biodiversité, on redonne vie à ce sol, maintenant c’est une surface remplie de toutes les couleurs.

L’achillée millefeuille, pendue à gauche, est le liant idéal des tisanes. Ses feuilles dentelées empêchent les pétales de tomber au fond du sachet. ©Michèle Wang

Soin des yeux, soin du cœur

Le séchoir partagé, bricolé dans ce qui semble un ancien wagon de train, affiche complet. Bleuet, reine des prés et calendula se superposent sur des claies artisanales. Demain je mets en sachets ma tisane « Un soir sans histoires », annonce Bettina. J’ai enfin toutes les plantes : verveine, aubépine, agastache, coquelicot et pavot de Californie. « Un printemps pétillant », cru 2019, est déjà disponible. Mais il manque encore du temps de séchage aux calendulas pour préparer la tisane préférée de Bettina, « Énergie au saut du lit ». Dans les six mélanges de la gamme, on compte aussi une tisane bleue avec de l’hysope, du thym, de la monarde, de la guimauve et de la mauve. Son nom : « Hiver pépère ». On attire l’attention comme on peut : Sur les sachets, tu ne peux surtout pas dire que les plantes soignent…

La monarde est sèche, elle va pouvoir relever de son goût piquant un des six mélanges de la gamme. ©Michèle Wang

La production, qui devrait atteindre 45 kilos de plantes séchées cette année, est principalement vendue sur des marchés. Ce n’est pas un métier facile sur la longueur, souffle Bettina. C’est du boulot, des plants jusqu’à la vente ! Parfois Facebook me rappelle : « Vos abonnés n’ont pas entendu parler de vous depuis longtemps ! » L’espace-test, pour lequel l’ancienne travailleuse associative a signé un bail de trois ans, permet d’appréhender sereinement toutes les facettes du métier. Et d’ajuster, en cours de route, son modèle économique : Après une année et demi, je me pose la question si fondamentalement je suis une entrepreneuse. Ce que j’aime faire, c’est accueillir des gens ici. Je me dis « quelle chance tu as ! C’est ton quotidien professionnel ! ». Pourquoi garder tout ça pour moi alors que je pourrais le partager avec des gens qui viendraient faire des récoltes, sur un ou deux jours, une semaine ou une saison ? Des personnes en burn-out, j’en ai déjà eu ici, et ça leur a fait du bien. C’est quand même terriblement thérapeutique, le jardin ! Surtout avec une guide aux petits oignons.

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