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Tige importée, c'est le bouquet

Oui aux pétales de fleurs locales !

Aujourd’hui, seulement 15 % des fleurs vendues en France ont été cultivées dans l’Hexagone. Mais une nouvelle génération d’horticulteurs, de fleuristes et d’entrepreneurs prône la fleur locale et de saison. Car une rose rouge à la Saint-Valentin, c’est un peu comme une tomate en décembre…

Titulaire d’un CAP Fleuriste obtenu dans le cadre d’une reconversion professionnelle, Camille Thuillier livre des bouquets à Orléans, via un système de pré-commande hebdomadaire. Grâce à ce rendez-vous, toutes les fleurs coupées trouvent preneur, pas de gâchis ! © Fleurs Fleurs Fleurs

Chaque jeudi, entre juin et fin octobre, Camille Thuillier s’est rendue dans les champs des Trois Parcelles, à Yèvre-La-Ville (Loiret). Dans cette exploitation maraîchère diversifiée avec des fleurs, elle a cueilli de quoi préparer des bouquets pour Fleurs Fleurs Fleurs, sa jeune entreprise orléanaise de livraison de fleurs françaises et de saison. En lançant mon projet en 2020, je ne pouvais pas passer outre cet aspect !, explique-t-elle.

Aujourd’hui, seulement 15 % des fleurs coupées achetées en France sont cultivées dans le pays. Historiquement, la filière est dominée par les Pays-Bas, qui ont mis en place une solide logistique et un approvisionnement constant. Ainsi, selon FranceAgrimer, en 2019, 84 % des roses importées en France proviennent de Hollande. Le Kenya, la Colombie ou l’Équateur sont aussi de grands pays producteurs de fleurs. La conséquence ? Des fleurs cultivées dans des conditions de travail pas toujours reluisantes, souvent arrosées de produits phytosanitaires et réalisant de longs trajets alourdissant leur empreinte carbone.

Comme les légumes oubliés, on veut remettre au goût du jour des fleurs plus belles, même si un peu plus fragiles.
Fleurs d’Ici s’engage à proposer des fleurs éthiques, locales, de saison et ultra-fraîches (cueillies 24 heures avant la livraison). © Fleurs d'Ici

Seulement une trentaine de variétés de fleurs sont importées. C’est très standardisé. Mais il en existe des milliers dans la nature ! Alors c’est comme les légumes oubliés, on veut remettre au goût du jour des fleurs plus belles, même si un peu plus fragiles, explique Hortense Harang, co-fondatrice de Fleurs d’Ici, première marque de fleurs éthiques 100 % françaises. De plus, le marché est centralisé et industrialisé. Il y a trop d’intermédiaires. Mais grâce à la tech, on peut recréer du lien entre les producteurs et les consommateurs, souligne l’entrepreneuse. Fleurs d’Ici s’appuie ainsi sur un réseau de professionnels : chaque client est assuré de recevoir un bouquet préparé par un artisan fleuriste local, avec des fleurs françaises coupées en fonction des commandes.

Made in France

De nombreux acteurs de la filière encouragent la fleur française… Même si ce n’est pas toujours facile. Laurène Macca, créatrice de la boutique Poème Fleuriste, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), raconte : Quand c’est possible, j’achète des fleurs françaises, jusqu’à 80 % au printemps et en été, principalement en Île-de-France et dans des zones proches comme la Bourgogne et le Loiret. Pour elle, ce choix est très pragmatique : Je n’ai aucun intérêt à ne pas acheter des fleurs locales. La qualité est égale ou supérieure aux fleurs européennes. Pourquoi ne ferait-on pas cet effort ? Mais il faut aller vers les producteurs, sortir du schéma classique de l’achat des fleurs. Ce pourcentage baisse largement en hiver, une fluctuation due aux saisons et à l’intérêt commercial.

Beaucoup de fleuristes achètent leurs fleurs via les grossistes, qui proposent souvent des fleurs importées. Certains s’orientent cependant vers plus de fleurs françaises. À Hyères, le grossiste Floréliande commercialise quant à lui 90 % de fleurs cultivées dans la région. La majorité est exportée, mais depuis trois ans, une personne de l’équipe s’investit dans la zone France. C’est encore très minoritaire, mais ça avance. Cela m’intéresse de creuser cela. C’est frustrant de voir tous ces beaux produits partir !, souligne le gérant, David Martin.

À Montpellier, la boutique Botanique et vieilles dentelles est membre du Collectif de la fleur française. Pour devenir membre, les fleuristes doivent s’engager à utiliser plus de 50 % de fleurs françaises sur l’année. © Botanique et vieilles dentelles

Des défis à relever

Dans une filière touchée par le Covid, que faire pour continuer à relocaliser la consommation ? Se fédérer ! Des horticulteurs, grossistes et fleuristes se sont rassemblés au sein du collectif de la fleur française. Né en 2017, ce groupe compte près de 200 membres. L’objectif, c’était de mettre en relation les consommateurs avec les fleuristes et les producteurs, raconte Hélène Taquet, co-fondatrice et productrice de fleurs séchées à Blécourt (Nord). Aujourd’hui, cette association au service du slow flower veut faire évoluer les pratiques de consommation, en mettant aussi souvent en contact des floriculteurs et des fleuristes, ou en organisant des rencontres nationales et régionales.

La communication semble être un rouage essentiel. Je fais un travail de sensibilisation via Instagram, entre autres sur la saisonnalité. Fin octobre, j’ai montré un champ de dahlias vide… en disant qu’ils reviendront l’année prochaine !, illustre Camille Thuillier. Autre gros enjeu : la logistique. Pour la fleuriste Laurène Macca, l’un des obstacles est l’approvisionnement. Les producteurs n’ont pas forcément les outils pour transporter les fleurs. Ainsi, pour Hélène Taquet, l’enjeu à venir sera de proposer une offre de qualité, diverse, distribuable, avec un réseau logistique qui tient la route… En orientant la demande vers ce qui est cultivable en France à chaque saison !

Les dahlias poussent tout l’été en France, et jusqu’au mois d’octobre. Il en existe de multiples variétés dans les champs hexagonaux ! © Fleurs Fleurs Fleurs

Une nouvelle génération de fleuristes et floriculteurs, motivés et engagés, fait bouger les lignes. Mais bien des producteurs partent à la retraite sans repreneur. Il reste en France 385 producteurs « à dominante fleurs coupées ». Il faudrait en parler au sein de la filière, mais aussi avec les collectivités, pour que plus de jeunes s’installent, commente David Martin. Nous recevons chaque semaine des dizaines de mails de fleuristes et de producteurs qui souhaitent s’installer. On leur répond avec enthousiasme. Pour relocaliser la consommation, il faut soutenir les gens et former ceux qui vont prendre la relève, raconte Hortense Harang, qui intervient d’ailleurs dans des centres de formation pour apprentis. Mieux former à l’approvisionnement local, voilà un autre défi. Avec l’École des fleuristes de Paris, on va lancer un module sur la fleur coupée en France en janvier et organiser une conférence, signale Hélène Taquet.

« Nous n’utilisons pas de frigos. Cela nous permet notamment d’avoir une production moins standardisée et de cultiver des fleurs qui supportent moins le froid », souligne Félix Romain, co-fondateur de la Ferme florale urbaine, qui se veut zéro-carbone, zéro-déchet et zéro-pesticide. © Ferme florale urbaine

Fleurs raisonnées

Au-delà du made in France, quid d’une démarche globalement plus durable ? Comment utiliser moins de mousse florale très polluante et d’emballages en plastique, par exemple ? Un grand sujet fait largement débat : l’utilisation des serres chauffées en hiver, même dans le Var, pour assurer une production régulière.

Sans chauffage ou éclairage, Félix Romain, co-fondateur de la Ferme florale urbaine installée sur les terrasses de l’Hôpital Robert-Debré, à Paris, a vendu ses derniers bouquets fin octobre. On respecte les saisons et on essaye d’être plus créatifs en hiver. D’imaginer des choses belles avec du végétal, qui ne soient pas des bouquets de fleurs fraîches. On va mettre en place des alternatives : couronnes de Noël, fleurs séchées, feuillages, vannerie, explique-t-il. Dans une démarche slow flower, cette ferme florale prône une fleur bas carbone, notamment avec des livraisons à vélo, à moins de 5 km.

En tant que consommateur, comment acheter local et durable, puisqu’aucune traçabilité n’est exigée ? En se penchant sur les différents labels, et surtout en discutant avec les producteurs et les fleuristes. Le collectif de la fleur française a d’ailleurs mis en ligne un calendrier des fleurs, par saison et par région. Cette semaine pour la Saint-Valentin, à Orléans, Camille Thuillier va ainsi confectionner ses bouquets avec des fleurs d’hiver cultivées dans le sud de la France : renoncules, anémones, mimosa, genêt ou encore giroflées. En attendant, au printemps, de retourner dans ses champs du Loiret.

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Photo de Une : Matine Pasquier – Fleuriste Styliste, St-Briac sur mer – Membre du collectif de la fleur française.

5 commentaires

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  1. Merci pour ce bel article qui donne envie d’en savoir plus sur les fleurs de saison. Et qui donne envie de consommer de saison et local même pour nos fleurs!
    Et quelle poésie et quelle douceur dans ces bouquets!

  2. Bonjour,
    Bravo.
    J’ai été écoeuré de voir ces énormes hangars au Kenya qui produisent des roses, distribuées dans le monde entier par avion. Quel meurtre écologique.
    Il faut réellement boycotter ces roses et revenir à nos fleurs locales.

  3. Pour les parisiens il y a deux fleuristes nommées DÉSIRÉE qui font uniquement de la fleur française avec passions et poésie. Il y a deux boutiques dans le 11e et la 19e me semble t’il .

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