« Nous sommes moines avant d’être brasseurs »

À quelques kilomètres de Rouen, les moines de l’abbaye de Saint-Wandrille fabriquent la seule bière monastique de France. Les blondes belges n’ont qu’à bien se tenir.

Texte : Hélène Binet
Photos : Thomas Louapre

Nous sommes moines avant d’être brasseurs. Mais il nous faut travailler pour vivre. Derrière cette grande porte de Jarente, se trouve la nouvelle brasserie de l’abbaye : 4 fermenteurs de 20 hectolitres et 2 cuves de brassage.

Deux moines ont été formés pour brasser : frère Christian et frère Matthieu. Ils testent actuellement une nouvelle recette : la Sicera Humolone, deux mots latins qui désignent saint Anségise, abbé de Saint-Wandrille qui, dans une charte de 829, désigna la bière de houblon dont sa communauté ne devait jamais manquer.

Frère Matthieu enfile son habit de prière. La brasseur n’est jamais loin du moine et réciproquement. Sous sa soutane, il porte un tee-shirt Heineken.

La bière est une contemplation du fait de ses matières premières. Tout au long de sa fabrication, les différents ingrédients nous invitent à travers la nature, à d’abord regarder par terre puis à lever les yeux vers le ciel. Frère Matthieu, lui, pendant le brassage, ne quitte pas ses cuves des yeux. Le travail bien fait, c’est une sorte de prière, confie-t-il.

C’est en contemplant la porte du houblon de l’abbaye que le frère Éric Jeanpierre a eu l’idée de proposer une brasserie comme activité du monastère. Dans la bière de Saint-Wandrille, quatre houblons français sont savamment mélangés.

Il aura fallu de nombreux essais avant de parvenir à la Saint-Wandrille. Le biérologue Gilbert Delos la décrit ainsi : Attaque pétillante, avec dominante de malt. Se développe progressivement une amertume houblonnée qui va prendre de plus en plus d’ampleur. Elle s’accompagne de notes de fruits secs (raisins de Corinthe), de caramel et d’une pointe de réglisse. Belle finale sur l’amertume, qui ne fait pas oublier la caractère fruité et le malt toasté. Longue persistance en bouche. 

Les testeurs officiels de la bière se nomment frère Christian, frère Matthieu, frère Geoffroy et frère Thomas. Régulièrement, ils goûtent et commentent les derniers brassins.

Une grande partie des moines est mise à contribution dans la fabrication de la bière. Le père abbé a demandé à l’ensemble de la communauté de donner entre une heure et deux heures par mois à la brasserie.

Frère Benoît, lui, s’occupe de la partie boutique et commercialisation. Vous le croiserez peut-être un jour dans un bar à bière, un pack de Saint-Wandrille à la main.

Monter une brasserie ? Le pari pouvait sembler insensé. Mais nous avons osé. Toute la communauté s’est mobilisée autour du projet et nous avons réussi : la seule bière française d’abbaye est aujourd’hui élaborée et brassée à Saint-Wandrille.

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