Arbres en chandail

Yarn bombing : le tricot rhabille la ville

Né aux États-Unis, ce mouvement essaime en France. Le tricot n’est plus ringard, il crée du lien social et habille nos villes de manière totalement naturelle.

Un arbre habillé d’un carré de laine pour l’hiver. Des bancs, des grilles ou des lampadaires décorés d’un tricot sur mesure. Depuis quelques mois, il est de plus en plus fréquent de croiser ce genre de créations dans nos villes.

Cette technique, qu’on appelle le yarn bombing (« yarn » veut dire fil à tricoter), est née il y a dix ans aux États-Unis. À l’époque, la jeune Magda Sayeg a l’envie d’habiller une poignée de porte avec du tricot. Voyant le grand amusement des passants devant sa création, elle s’attaque ensuite à des panneaux de circulation et même à un bus. Rapidement, des groupes se mettent à l’imiter dans tout le pays.

De fil en aiguille, la créatrice connaît un succès énorme. Sans autorisation et sans permission, de nombreux artistes et tricoteurs accrochent leurs tricots dans les rues du monde entier.

En France, les premiers groupes se créent à la fin des années 2000. Le collectif France tricot est l’un d’entre eux. Interrogée par Rue89, Samantha Longhi, rédactrice en chef de Graffiti art magazine, disait d’eux en 2011 : «  Elles jouent avec l’environnement. Elles attachent leurs œuvres sur le mobilier urbain. Par là, elles se situent au summum de la caractéristique essentielle du street art : la gratuité, le don de soi aux passants. » 

Points de mousse, de riz ou de blé : la maille habille si bien à la nature.

Bande de fils

Les projets de ces groupes de tricoteurs peuvent durer plusieurs mois. Soazig, tricoteuse nantaise surnommée « Une fille à frange », a fait partie de plusieurs d’entre eux : « Il y a d’abord la réflexion, le choix de l’endroit puis la récolte de la laine via des amis ou des ressourceries. Ensuite, il y a les soirées d’initiation et de cours pour les membres du groupe qui découvrent le tricot, puis les après-midi ou les pique-niques de tricot… Tout ça peut prendre très, très longtemps, comme notre dernier projet qui a consisté à habiller une rue entière de Nantes. Par contre, elles ne durent souvent pas longtemps parce que les gens prennent rapidement nos créations. »

Aujourd’hui, le yarn bombing est devenu un nouveau mode d’expression urbain et un véritable art de rue. Il y a quelques mois, Magda Sayeg analysait, lors d’une conférence, les raisons du succès du mouvement qu’elle a initié et qui la dépasse aujourd’hui :

« Nous vivons tous dans un monde numérique où tout va vite mais nous désirons quelque chose qui ait du sens. Je pense que nous avons perdu notre sensibilité à force de vivre dans des villes disproportionnées, à cause de tous ces panneaux publicitaires, de ces parkings gigantesques. Nous ne nous plaignons même plus de tout ça maintenant. Alors, quand vous découvrez un panneau stop enveloppé d’un tricot, cela paraît tellement décalé, et petit à petit – bizarrement – cela commence à vous parler, et c’est ce moment. C’est ce moment que j’aime, ce moment que j’ai partagé avec les autres. (…) Si je raconte mon histoire aujourd’hui, c’est aussi pour tenter de vous convaincre que même les plus modestes recèlent en eux une forte énergie et des talents cachés qui n’attendent que d’être découverts. »

De fil en aiguille

Depuis quelques mois, le mouvement est devenu véritablement massif en France. En tapant, « yarn bombing » et le nom d’une ville française, on tombe presque toujours sur un blog ou une page Facebook de tricoteurs du coin. Soazig, le confirme :

« J’ai démarré en 2011, grâce à une blogueuse nantaise qui faisait un appel à candidatures. À l’époque, ce n’était pas très connu. Il y a de plus en plus d’intérêt autour du yarn bombing aujourd’hui, il y a énormément de projets participatifs, on en voit passer beaucoup sur internet. »

Si vous voulez rejoindre la tendance, voici quelques conseils simples et règles à suivre :

– Trouvez un groupe autour de vous pour rencontrer des initiés et apprendre le tricot.

– Récoltez de la laine via des ressourceries, des amis ou des associations.

– Pour ne pas dégrader le mobilier (ou pire encore, les arbres !) oubliez la colle ou les attaches en plastique. De la laine, rien que de la laine !

5 commentaires

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  1. Ne pas abîmer les arbres, c’est vite dit ! Il y a près de deux ans, un arbre sur une place publique de Liège, devant la bibliothèque des Chiroux, a vu son tronc décoré tout l’hiver d’une grande « chaussette » de laine tricotée. Lorsque, quelques mois plus tard, le tissu a été enlevé, le tronc s’est couvert de petites excroissances végétales qui montrait que la Nature avait été agressée par ce « vêtement ».
    On peut respecter la Nature, même lorsqu’on se veut artiste…

  2. Je confirme, ça se propage, on a même commencé à en faire l’an dernier sur les poteau du préau du collège où j’enseigne. Parents, élèves et profs tricotent ensemble.

  3. Tricoteuse depuis mes 8 ans je me réjouis de l’engouement que le tricot suscite en louant le travail manuel…si décrié jadis par les pseudo-intellos…
    Mais pourquoi ne pas offrir de superbes pulls aux « sans abri »ou à tous ces migrants qui passeront l’hiver en France ??
    Quel beau geste de solidarité à montrer !

    1. Je suis tout à fait d’accord avec Courchinoux et Sariette, on peut faire dans la même ambiance du tricot utile pour des personnes qui en ont besoin !

  4. j’aime beaucoup le tricot et surtout le crochet, actuellement je crochète ma Xième couverture ! j’ai un peu du mal avec toute cette laine qui s’accroche aux arbres et au mobilier urbain car je suis issue d’une culture où il ne fallait par nécessité ne rien perdre : je dirais même faire de strictes économies. C’est beau mais quand même c’est un art de nantis !

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