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guerre des terres

Europa City : hyper ou pommes de terre ?

Plouf, plouf, entre 80 hectares de champs et un méga Auchan, qui est-ce qui sort ? Dans le triangle de Gonesse (95), entre les aéroports du Bourget et de Roissy, un gigantesque projet de centre commercial et de loisirs divise. Sortira-t-il de terre ? Réponse en 2025.

Comme tout projet pharaonique de portée nationale, Europa City n’a pas coupé à la phase de concertation. Du 15 mars au 13 juillet 2016, un grand débat public s’est ouvert en ligne autour d’une question : Citoyens, que pensez-vous du projet de construction d’un des plus grands centres commerciaux et de loisirs au monde qui doit ouvrir en Région parisienne en 2025 ? Soit un hypermarché et 500 boutiques d’une surface commerciale de plus de 230 000 m2, une piste de ski couverte, un parc aquatique, des hôtels, des résidences, des parkings gigantesques, une ferme urbaine de 7 hectares … le tout en lieu et place d’un patchwork de 80 hectares de terres agricoles ? Les soixante-dix heures de débat ont été synthétisées en 120 pages et livrées le 13 septembre au promoteur Auchan*.

Du côté des antis

De leur côté, les associations n’ont pas attendu le verdict pour sortir leurs fourches et leurs griffes. Depuis mars 2011, le Collectif pour le Triangle de Gonesse s’est constitué en réaction à l’annonce du projet Europa City, considéré comme un exemple criant de GPI, Grand projet inutile. Il regroupe aujourd’hui une quinzaine d’associations, dont quatre départementales — Les Amis de la Terre Val-d’Oise, Environnement 93, MNLE 93, Val-d’Oise Environnement —  et  un Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG).

En un peu plus de dix ans, l’Île-de-France a perdu 71 % de ses exploitations maraîchères.

Le principal reproche fait au groupe Auchan (nommé au prix Pinocchio du développement durable pour l’année 2013 dans la catégorie « plus vert que vert « ) est avant tout son coût écologique, notamment l’occupation de 80 hectares de terres agricoles fertiles (à terme, 280 ha pour l’ensemble du programme), dans une région dont l’autonomie alimentaire est déjà inférieure à 10 % et qui a tant besoin de sa ceinture maraîchère pour parvenir à satisfaire l’appétit des Parisiens en produits locaux.

À ce propos, Carole Robert de l’Apca (Assemblée permanente des Chambres d’agriculture) soulignait dans un article de La Tribune « (qu’) en plus d’un impact sur la biodiversité, la disparition du foncier signifie la disparition du support pour la production alimentaire. Les consommateurs demandent des produits locaux, issus de l’agriculture raisonnée, des produits de qualité. L’agriculture française est à même d’y répondre, mais encore faut-il conserver les sols. »

L'Île-de-France ne produit plus que 1,6 % des produits alimentaires qu’elle consomme.

Les pertes de surfaces agricoles sont en effet préoccupantes en France. Entre 2006 et 2010, 78 000 hectares ont été urbanisés tous les ans. À ce rythme, l’extension urbaine consommerait de l’ordre de 11 % de la surface agricole utile française d’ici 2050, soit plus de 15 % du potentiel agricole de la ferme France.

Dans le même temps, la progression de l’urbanisation liée au développement des surfaces commerciales est importante, même si d’autres formes d’urbanisation sont en cause également. Rien qu’entre 2004 et 2009, la France a transformé 761 hectares supplémentaires en surfaces de vente commerciale, dont 228 hectares pour les seuls hypermarchés, sans compter les galeries, les parkings et les aménagements extérieurs.

Dominique Plet. Photo @Le Parisien

Amputation progressive

Sur le terrain, ces chiffres sont très concrets. Dominique Plet, agriculteur céréalier sur cette zone et concerné par la confiscation d’une partie de ses terres agricoles, s’inquiète : en amputant l’exploitation de près d’un tiers de ses terres, Europa City signerait son arrêt de mort. Un ultime coup après des décennies d’urbanisation grignotante qui a rétréci l’espace nécessaire à la céréaliculture et défiguré le paysage environnant [écouter son témoignage].

 

Pour ses promoteurs, l’objectif d'Europa City est d’attirer 30 millions de visiteurs annuels, soit 2 fois plus qu’Eurodisney.

Aujourd’hui, les associations de préservation de l’environnement et des terres agricoles, comme « Amis de la terre », tentent d’alerter l’opinion publique pour stopper le projet. Et là, c’est un peu le même film qui se rejoue comme à chaque nouveau combat écologique. Les propriétaires du projet Europa City brandissent le drapeau emploi et économie arguant qu’Europa City c’est 3 milliards d’investissements, 11 800 créations d’emplois à terme, 30 millions de visiteurs par an. Imparable ?

« Rien n’ébranle la détermination d’Auchan et avec lui, l’Epa de la Plaine de France, le Conseil départemental, le préfet de région, écrivent les Amis de la terre. Ils rêvent d’un monde sans limite où la consommation, le tourisme international, les voyages d’affaires croissent dans une logique de compétition entre mégapoles. Ils n’ont rien compris des rapports du Giec, la COP21 leur a glissé dessus et ils poursuivent leur chimérique croissance économique. »

Le pot de terre (agricole) l’emportera-t-il contre le pot de fer ? Ce nouveau combat illustre d’ores et déjà l’engagement des citoyens pour préserver leurs terres nourricières et vient s’ajouter à la longue liste des mouvements en ce sens :  le Collectif « des champs pas d’Auchan » à Roubaix, « Bouillons terres d’avenir » (précédemment Association pour la protection de la ferme des Bouillons) ou encore le Collectif Voguette à Cavaillon. Sauf qu’ici, avec un projet de portée internationale, on change encore de dimension.

 

_______

* A peine avons-nous eu le temps publier cet article que la commission du débat public exposait le résultat des consultations qu’elle avait menées à propos de ce projet. La loi donne trois mois au maître d’ouvrage du projet Europa City pour prendre en considération les échanges issus du débat public et juger de «l’opportunité» de ses plans. Il aura fallu simplement attendre dix minutes pour que le groupe Auchan annonce la poursuite de la réalisation de son projet Europa City.

 

13 commentaires

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  1. Une piste de ski ? Et puis quoi encore ? quel impact carbone ?
    Il y a 30 ans j’habitais Gonesse et je nourrissais mon fils en allant chercher des légumes chez le maraîcher. Pourtant j’habitais dans une HLM. C’était la ville à la campagne. Pourquoi tout démolir pour faire du fric, du fric et encore du fric ? Que mangeront nos enfants si nous laissons partir notre agriculture ? Et la loi Alur qui dit qu’il ne faut plus grignoter les terres agricoles et redensifier les centres villes. Pourquoi tuer le commerce de centre ville pour ces monstres où les gens dépenseront l’argent qu’ils n’ont pas ?

  2. Pour ma part c’est fait ! J’évite au maximum d’aller dans tous ces endroits dénoués de sens ! J’ai découvert que le vrai bonheur était tout simple et au plus près de la nature, et ça semble normal ! Depuis 50 ans les politiques et les industriels on tout détruit et les résultats sur l’environnement et la santé on les découvre un peu plus tous les jours. Nous devons absolument nous réapproprier notre environnement, oublier la société de consommation qui a échoué et imaginer un autre modèle où nous serions tous en harmonie avec la nature à un moindre coût ! Imaginons et créons le monde de demain où la nature reprendrait tous ses droits et où nous pourrions retrouver une alimentation saine, où la bonne santé des hommes et de la biodiversité serait retrouvée. Je m’y efforce, mais nous devons être maintenant encore plus nombreux. Notre motivation, nos efforts, notre obstination, notre Amour de la Terre auront raison de tous les lobbys. Les politiques, l’Etats, les Industriels et tous les destructeurs doivent comprendre, pour changer, si non c’est certain, ils disparaîtront, eux aussi, de notre environnement et ce sera tant mieux ! Si nous faisons rien Dame Nature aura le dernier mot ! Cela risque de faire beaucoup de mal et cette fois tout le monde sans exception sera concerné.
    Belle vie sur Terre à tous !

  3. Une pétition ne serait pas mal, mais pourquoi pas une action de boycott contre le groupe Auchan, du genre « je n’achète plus aux enseignes du groupe (2e fortune de France) tant que ce projet est d’actualité ? C’est notre seul pouvoir pour contrer ces personnes qui ne connaissent que la loi de l’argent.

  4. Tant que les gens ne comprendront pas que ce sont eux, consommateurs, qui ont le pouvoir de dire non, ces monstruosités continueront à proliférer. En y associant des loisirs ça promet d’augmenter encore le jackpot.
    Si personne n’allait dans ces endroits, ce serait régler. Mais tant de gens continuent à y faire leur promenade du WE ! il n’y a pas de raison pour que ça s’arrête.

  5. Bonjour,
    Est-ce qu’une pétition est en ligne ? Un projet pour se faire entendre pour désapprouver ce projet ?
    Dommage si c’est trop tard !

  6. Bonjour, je trouve bien dommage nous ne prenions connaissance de ce projet parfaitement débile si tard alors que la date du débat public est largement passée. Je parle pour moi et sans doute pour d’autres. Cela m’aurait bien plu de donner mon avis… du béton encore et toujours !!! Dégoûtée !!!

  7. Quelle tristesse de voir cela…

    Quand comprendront-ils que ce n’est pas une solution d’avenir de construire sans cesse en sacrifiant les espaces agricoles!

    J »espère que ce projet ne verra pas le jour mais y a-t-il vraiment une chance que les citoyens soient entendus face à ces géants de l’économie?

  8. Je comprends bien qu’on peut se poser des questions sur ce machin, mais que cela vienne de M. Lesage, qui a travaillé 23 ans dans la grande distribution (oh, chez Auchan, tiens) avec des hautes fonctions, j’ai du mal à comprendre… Règlement de compte ?

    1. Projet inutile qui alleche qui? ? Tjrs le pognon!
      C’est tellement plus simple de boycotter ce type de monstre commerciaux!c’est une solution je pense, a la portee de chaque citoyen de ne plus alimenter ces hyper vendeur de reves toxiques et de leur preferer des loisirs qui nous maintiennent envie et non ceux qui nous embetisent!!!

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