Quand les collectivités font pousser les champs

Wavrin : l’oignon fait la force

C’est une première en France, à quelques encablures de Lille, la Métropole installe des nouveaux paysans sur 47,7 hectares. Bienvenue dans la zone maraîchère et horticole de Wavrin où maraîchers et collectivité réinventent l’agriculture collective.

Un grand hangar aussi écarlate que les couleurs de la Métropole européenne de Lille (MEL) trône sur le bord de la nationale 41. Un panneau indique : zone maraîchère et agricole de Wavrin. Maraîchers, nous voilà !

L’arrivée sur les 47,7 hectares de terres appartenant à la MEL et loués à de jeunes agriculteurs en reconversion a quelque chose de solennel. Les portraits de Betty, Alexandre, Marine, Quentin, Sylvain, Philippe, Pierre-Olivier imprimés sur de grands fanions forment une haie d’honneur. Vous avez vu, Cécile s’est cassée la figure, plaisante Pierre-Olivier, l’un des sept porteurs de projet. En effet, le panneau de la productrice de fruits et légumes s’est retrouvé à terre ce matin sous un mélange pluie-vent assez courant dans la région. Il manque aussi Thomas, explique le producteurs de plants de légumes, il était absent le jour de la photo.

Philippe Bada dispose de 2,5 hectares pour faire pousser ses légumes.

Philippe Bada, alias Riad le jardinier, lui, n’a rien d’un hologramme. Insensible aux gouttes qui n’arrêtent plus de tomber, il met en terre ses semis de mâche. C’est une salade très robuste, on peut juste la poser comme ça sur la sol sans vraiment l’enfoncer, elle pousse toute seule. Tout en avançant sur sa planche de culture, le nouveau converti raconte. Je viens de Hem près de Roubaix, je cherchais des terres pour m’installer. Quand t’es blanc ce n’est pas évident dans la région, mais en plus quand tu t’appelles Riad…

Résolument optimiste, celui qui était hier enseignant, envoie en 2012 un courrier à la chambre d’agriculture. Une bouteille à la mer, en quelque sorte. Quelques mois plus tard, miracle, on le rappelle : la MEL lance un appel à candidats pour la zone maraîchère et horticole de Wavrin.

Wavrin, c’est 35 hectares cultivés par 7 porteurs de projets. Tous sont locataires de leur parcelle et du bâtiment.

Avec la Zone maraîchère et horticole de Wavrin, nous souhaitions miser sur la réussite du collectif pour développer des exploitations agricoles viables et vivables, ancrées sur notre territoire, explique Bernard Delaby, vice-président de la MEL en charge de l’agriculture, de la stratégie alimentaire et de la ruralité. Soyons honnête, ce projet était dans les cartons de la mandature précédente, nous l’avons ressorti mais cette fois, nous l’avons mené jusqu’au bout.

Aujourd’hui en activité, La Zone maraichère et horticole de Wavrin est une réponse aux besoins des exploitants qui peinent à obtenir du foncier et à ceux des locavores, toujours plus nombreux. 

Vitrine agricole

L’histoire du site est longue, fastidieuse et digne d’un feuilleton télévisé. Retenons qu’au début des années 2000, au moment de l’élargissement de la N41, la Métropole demande à la SAFER de mettre en réserve 47,7 ha de terres arables. Pendant dix ans, c’est le serpent de mer, le dossier d’aménagement du site ressort parfois de terre pour être alors ré-enterré.

En 2011, la MEL s’en saisit pour de bon et, en 2013, lance un appel à projets pour accueillir de jeunes agriculteurs en reconversion, ou non issus d’une famille d’agriculteurs, ne possédant pas de terrains pour s’installer. La MEL qui souhaite ainsi créer une zone vitrine pour la profession, offre aux candidats la possibilité d’exploiter une parcelle entre 2,5 et 6 hectares et de bénéficier d’un équipement commun. L’agriculture biologique n’était pas un figure imposée mais s’est retrouvée pourtant au cœur des candidatures acceptées, explique Bernard Delaby. Pour moi, c’était une opportunité incroyable, s’enthousiasme Philippe Bada, j’ai pu accéder à mon rêve pour seulement 250 euros par hectare par an.

3 millions d’euros ont été investis dans ce projet.
Bernard Delaby, vice-président de la MEL en charge de l’agriculture, de la stratégie alimentaire et de la ruralité.

Pour Pierre-Olivier qui cherchait depuis plus de dix ans un espace cultivable et qui s’est impliqué dès 2013 dans le projet, l’enthousiasme est un peu mois débordant. À l’origine, on devait s’installer en 2015 mais nous avons dû faire face à un grand nombre de contraintes administratives. Parmi celles-ci, les fouilles de la DRAC sur 11 hectares pendant plusieurs mois, un bâtiment livré avec plus de six mois de retard… Nous avons tous quitté nos boulots il y a plus d’un an sans pouvoir réellement démarrer notre nouvelle activité, c’était chaud. On a essuyé les plâtres, c’était un véritable chemin de croix, confirme l’élu Delaby, nous sommes la première communauté d’agglomération en France à avoir monté un tel dispositif, il n’y avait pas d’expériences similaires auxquelles se référer.

Pour les aventuriers de Wavrin, le principal défi est de faire se rencontrer les exigences administratives d’une collectivité avec celles plus terre à terre des porteurs des projet. Cette expérience collective nous a tous soudés, se félicite le vice-président de la MEL. Aujourd’hui, il y a un lien fort entre les élus et les porteurs de projet qui se sont accrochés.

Sylvain Duthoo et ses graminées dans le hangar collectif.

Le bâtiment est opérationnel depuis février 2017 et même s’il présente quelques égarements de conception (comme ces 96 néons dans le bâtiment qui s’allument tous en même temps quand il faudrait parfois n’éclairer qu’une partie du hangar), il est surtout un formidable outil de travail pour les sept maraîchers, horticulteurs ou pépiniéristes. Certains s’en servent pour stocker leur matériel, d’autres pour préparer leurs commandes qu’ils vendent en circuit court.

À terme, il y aura un laboratoire de transformation, précise Pierre-Olivier, Cécile Galland pourra y fabriquer ses confitures et ses sirops. Marine Bardon, productrice de plantes aromatiques, trouvera également un séchoir pour ses herbes. une laveuse pour les maraîchers sera mise en place… Le bâtiment doit être le plus modulable possible, poursuit-il, de manière à répondre aux besoins des producteurs sur place. D’ici la fin de l’année, il sera aussi essentiel de définir les clés de répartition du hangar. En clair, savoir qui paye quoi pour quel usage.

Cécile Galland, reconvertie à l'agriculture récemment. "Une seconde vie commence."

Tout reste encore à co-construire, poursuit Bernard Delaby, les cartes sont dans les mains des porteurs de projet qui doivent apprendre à travailler ensemble. Les sept néo-agriculteurs se sont d’ores et déjà constitués en association (la Voix des Champs Bio des Weppes), Sylvain Duthoo, tout jeune horticulteur, a mis sur pied une coopérative d’utilisation du matériel agricole (CUMA), pour mieux choisir les investissements en matériel collectif. Des réunions commencent à se mettre en place autour du grand tableau blanc de la cuisine. Et tous imaginent déjà des fêtes, des grandes tablées et de nouvelles portes ouvertes (la première a accueilli 1400 personnes).

L’intérêt de Wavrin, c’est non seulement d’accéder à des terres mais aussi de ne plus être seul, conclut Cécile. Même si le collectif n’est pas toujours facile, il nous aide largement à avancer.

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