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Comme une cheffe

Elles sont réfugiées, immigrées, mères au foyer. Elles font la cuisine. Plus seulement pour leur famille, mais pour des entreprises, dans des restaurants, à domicile. À Paris, la start-up Meet My Mama les engage et met en lumière leur savoir-faire. Nitarshini est l’une d’entre elles. Elle se prend à rêver : alors comme ça, en France, on peut être femme, migrante et entrepreneuse ?

Article proposé et servi par Christophe Jacquet, Julie Subiry et Gwennaëlle Wit.

 

Nitarshini, comme la déesse hindoue de la guerre et de la paix, a-t-elle dix bras ? On le jurerait à voir la jeune réfugiée tamoule, 34 ans alors qu’elle en paraît 16, s’activer entre la gazinière couverte de casseroles, la table du salon et les cantines destinées à être livrées chez Kiwanda, un espace de co-working.

©Julie Subiry

Au feu dès 6 heures ce mardi matin, dans son nouvel appartement au 6e étage d’une tour d’Aubervilliers, la cheffe concocte un biryani de légumes, qu’elle souhaite très coloré.

©Julie Subiry

D’un même élan, indifférente au feuilleton Bollywood qui occupe sa mère à côté, elle retire les patates de l’huile de friture, remue le vermicelle compotant dans le lait de coco, soulève le couvercle de l’autocuiseur où sue un riz jaune curcuma et s’en va laver la poêle encore chaude d’avoir grillé les noix de cajou.

©Julie Subiry

Deux commis inhabituels l’assistent. Youssef Oudahman et Alexis Heugas sont, avec deux jeunes femmes, cofondateurs de la start-up Meet My Mama. La petite entreprise engage Nitarshini régulièrement avec sept autres femmes venues du Soudan, du Cameroun, de Syrie et d’Afghanistan.

©Julie Subiry

Ces jeunes gens, à peine sortis d’écoles de commerce, s’octroient une « mission sociale ». Pour Youssef, c’est une collaboration : ces femmes rêvent d’avoir leur propre activité, mais se disent que c’est impossible. Notre job est de les faire vivre de leur talent, de les accompagner pour qu’elles prennent le pouvoir, deviennent indépendantes.

©Julie Subiry

Depuis le début, Nitarshini est la plus employée. Elle a préparé le tout premier dîner-rencontre de Meet My Mama en octobre 2016. Ont suivi un brunch à domicile, des petits-déjeuners en entreprise. À chaque prestation, elle touche 140 € en moyenne. Au départ, un complément de revenus, qui doit lui permettre de passer bientôt auto-entrepreneuse.

©Julie Subiry

Chez Kiwanda, la cheffe et ses deux acolytes testent une nouvelle formule : un comptoir de street food destiné aux festivals ou aux quartiers d’affaires de la Défense et du Grand Paris. La mayonnaise semble prendre. Encore timide, Nitarshini monte pour la première fois au créneau.

©Julie Subiry

Pour Youssef, c’est essentiel : Nitharshini doit profiter d’être avec les clients. On travaille sur la confiance en soi. C’est important qu’elle vienne et se rende compte que les gens apprécient son savoir-faire.

©Julie Subiry

Face à elle, ses patrons ressentent une sacrée responsabilité qu’ils n’avaient pas mesurée : D’accord, c’est une start-up, mais ce n’est pas de l’enfantillage. On flippe de ne pas être à la hauteur des attentes des mamas. Elles ont été suffisamment traumatisées. Tu veux gommer ce truc-là, qu’elles puissent se reconstruire.

©Julie Subiry

Nitarshini partage son appartement avec sa maman et sa fille de 10 ans. Sa famille est d’origine tamoule, de confession hindouiste. La jeune femme a fui les persécutions subies au Sri Lanka puis la guérilla en Inde. En 2007, elle rejoint son mari dans un camp de réfugiés à Kuala Lumpur. Empêchée de travailler, elle y apprendra les rudiments de la cuisine.

©Julie Subiry

Au sein de Meet My Mama, la cuisinière au bindi est devenue un symbole. Elle est la clé de voûte du groupe. Et la seule cheffe de famille, en attendant que son mari, coincé en Malaisie, la rejoigne.

Nitharshini nourrit les autres… et son rêve… celui d’ouvrir un jour, sa propre boulangerie.

©Julie Subiry

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