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Glasgow en Vercors

Vaches écossaises au paradis

Elles ont fière allure dans leur robe rousse. Au pied du Vercors, dans la réserve naturelle de Boussière, une quarantaine de vaches highland, magnifiques bêtes jamais croisées, originaires d’Écosse, se mettent au pâturage local.

Ses bêtes sont exclusivement nourries d’herbe et de foin, tout en bio.

La balade promettait d’être belle. Habituée à arpenter les sentiers de la vallée de la Drôme, je me réjouissais de partir à l’assaut d’une falaise du Vercors inconnue de mes godillots. Passée la première demi-heure à me faire les cuisses, me voilà face au bout du monde ou du paradis. Ou les deux.

Devant moi, une vaste étendue d’herbe grasse mouchetée de pâquerettes, entourée de falaises, un synclinal perché dans sa plus pure splendeur. Au plus profond de cet Eden, de curieuses bêtes à poils longs et rouges, et aux cornes majestueuses, paissent paisiblement autour d’une ferme gigantesque, entièrement retapée avec le goût le plus exquis, grâce à la pierre, au bois, aux tuiles de la région. En approchant, aucun panneau propriété privée n’est là pour m’intimider. J’aperçois alors dans la cour intérieure, un immense bassin et un hamac…

Le terrain de jeu, immense et sublime.

De retour à la maison, j’ai cherché à comprendre ce que j’avais vu. J’ai découvert que ces animaux sont des highland cattle, des vaches écossaises dont la race n’a jamais été modifiée depuis 2000 ans. Restait à savoir qui les avait amenées jusqu’au sud du Vercors ? C’est ainsi que, quelques semaines plus tard, en voiture cette fois, je me retrouvais à pénétrer dans la réserve naturelle privée de Boussière entre les villages de Combovin et de Gigors.

Motifs écossais

Je suis accueillie dans la cour de la ferme par quelques highland rouges, grises et blanches avec leurs veaux, véritables peluches vivantes. Mais aussi par les chevaux les plus grands du monde, des shire, chers à la Reine d’Angleterre et montures des chevaliers du Moyen Âge. Et par les deux chiens de la maison.

Tout est démesuré ici, me glisse alors Chantale, compagne du propriétaire des lieux. J’attends quelques minutes au salon, émerveillée par l’étendue d’une centaine d’hectares s’ouvrant devant les vastes baies vitrées de la maison. Un parfait écosystème constitué de landes, de bois, de pâturages traversés d’un ruisseau où s’abreuvent une vache et son petit. Derrière moi, deux perroquets me causent dans la volière qui s’élance jusqu’au plafond. La cuisine ouverte laisse deviner un immense aquarium en guise de mur.

Enfant, je rêvais de percer le toit de mon appartement pour accéder à la terrasse et voir plus loin.

Philippe Costa se présente alors, s’excusant d’être un peu boueux, il va vendre dans quelques heures un poulain shire. Bâti comme un highlander, le gaillard de 53 ans a la voix forte. L’humour est de mise. Installé autour d’un thé, Philippe annonce la couleur : J’ai grandi dans un HLM à Bron, près de Lyon. Mes parents louaient un appartement au septième étage dont je rêvais de percer le toit pour accéder à la terrasse et voir plus loin. Mon père me montrait les villas en bas des immeubles, me disant qu’on n’était pas du même monde, qu’on ne pourrait jamais y habiter.

Des études de biologie à la fac de Lyon mènent ce passionné de poissons vers un premier boulot dans une pisciculture de la Dombes. L’occasion pour lui d’acheter une première ruine et de se faire la main en retapant sa ferme pendant sept ans. Philippe trouve alors un certain équilibre entre le boulot de bureau et le travail manuel.  

Philippe a tout construit seul, avec son tracteur. Sans héritage, ni soutien familial.

Toujours plus haut

Mais les rêves sont plus vastes pour ce fondu de sport, d’environnement et d’architecture du Moyen Âge. Je cherche alors du côté de la Safer (Société d’aménagement foncier et d’établissement rural, ndlr). Mon cahier des charges est précis : je veux vivre isolé dans la nature, trouver 20 hectares minimum avec une ruine à retaper ! Celui qui entre temps est passé par une école de commerce, se lance dans un projet agricole pour construire son lieu de vie. Il dégote alors les 140 hectares de Boussière avec une ferme inhabitée depuis cent ans ! Il achète en 1999 et s’installe seul dans l’unique pièce qui tient encore debout, avec un sac de couchage et son chien, pendant que sa femme et ses trois petits attendent à Lyon que la maison puisse les accueillir.

La famille débarque finalement au complet en 2000. Philippe se tourne alors vers l’élevage et découvre la race Highland, une vache qui peut vivre dehors à -30 °C, un milieu où elle a toujours résisté, qui est toujours en bonne santé, qui ne pèse que 450 kg quand les autres font 800, mais dont la viande est délicieuse.

Pour gagner sa vie et payer les travaux de la ferme, il travaille comme consultant en animaux tropicaux. Sur la route 200 jours par an, il vend ses bêtes partout en France avec sa vieille bétaillère. Je voulais un troupeau homogène, j’ai donc importé des highland que je suis allé chercher en Écosse. Aujourd’hui, Philippe ne souhaite pas avoir plus de vingt-cinq femelles et deux mâles, jamais au-dessus de cinquante bêtes quand il y a des veaux. Je suis monté une fois à quatre-vingt bêtes mais je ne connaissais plus leur nom, je ne voulais pas entrer dans cette logique.

Dans la famille des nounous de montagne, je voudrais...

Presque vingt après ses débuts, Philippe propose désormais une petite partie de son élevage en viande qu’il vend en caissette de dix kilos à prix abordable compte tenu de la qualité (moins de 10 % de graisse), à 14 euros le kilo. Il commercialise aussi ses vaches pour l’agrément et pour leur talent de débroussaillage. De travaux en travaux, la ferme a désormais suffisamment de chambres pour des séminaires. La première réunion de l’Association française des vaches highland y a d’ailleurs été organisé. Quant à lui, il poursuit une partie de son activité de consultant, mais à domicile.

Réserve longue conservation

Pour valoriser cet écosystème exceptionnel, Philippe crée en 2000 la réserve naturelle privée de Boussière. Ici, des spécialistes du nord de l’Europe viennent admirer des orchidées très rares. Des dizaines d’espèces d’oiseaux vivent leur vie dans les falaises comme le hibou grand-duc, l’aigle royal, les faucons pèlerins. Et on dénombre une centaine d’espèces d’insectes (papillons, libellules etc…), des reptiles dont le lézard ocellé, des chauves-souris. On accueille chez nous des amoureux de la nature, des sportifs qui ont besoin de s’entraîner mais aussi des écrivains en résidence qu’on installe dans nos deux chambres d’hôte.

Il me faut redescendre dans la vallée. Je passe à côté de ces vaches écossaises, magnifiques bêtes totalement inoffensives et quasi apprivoisées. Lancelot de Boussière, un des rares mâles blancs, se fait gratter et brosser par son propriétaire. Au-dessus de la ferme, j’aperçois le rocher de Saint-Supière. Les premiers mois, Philippe venait s’y jucher pour ébaucher les plans de son futur domaine. Au milieu du bassin, il y a dessiné une île aux déclarations. Pour les amoureux de passage. Ici. Au paradis.

2 commentaires

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  1. Les Highland Cattle ,il y en a aussi dans le Noooord à Moustier en Fagnes ,chez Grégory Delassus ,éleveur bio et amoureux de ses bêtes ,de la nature et de la vie !
    Venez dans notre belle région (l’Avesnois et ses bocages ) faire une petite visite de factrice !
    Il élève aussi des cochons et des cochonnes qui se vautrent dans la bouillasse avec leurs porcelets .Tout ça pour le plaisir de tout le monde et ,cerise sur le gâteau ,il y aussi des moutons ,sautant sur le gazon .
    Bref ! le bonheur est dans le pré.

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