La vie en quadrichromie

Teintures aux épluchures

Sortez vos bottes de thym, vos pelures d’oignons et vos myrtilles, la séance teinture naturelle va bientôt commencer… Votre linge va en voir de toutes les couleurs.

Vos draps et votre petit linge font grise mine ? Et si vous leur faisiez voir la vie en quadrichromie ? La réponse ne se trouve pas plus loin que sur votre balcon ou dans votre jardin, voire même sur votre planche à découper ! Car rappelez-vous, avant l’arrivée des teintures synthétiques qui relarguent tout un tas de saloperies dans nos cours d’eau, il y avait Dame nature… Vous brûlez d’envie de vous lancer ? Nous avons rencontré Aurélia Wolff, fondatrice de Whole, LA prêtresse de la teinture végétale. Voici ses 4 recettes, hautes en couleurs, faciles à expérimenter.

Prenez garde de teindre votre étoffe uniformément, en la remuant régulièrement à l'aide d'une cuillère ou d'une baguette en bois, sans quoi vous risquez de vous retrouver face à un tee-shirt bariolé (un autre style). © Olivier Cochard

Teinture aux p’tits oignons

> pour un orangé nude

Récupérez les pelures de vos oignons pendant plusieurs mois jusqu’à en avoir environ 300 g (ou alors organisez une grande soupe à l’oignon avec tout votre quartier). Faites-les bouillir pendant une heure dans de l’eau normale et filtrez votre jus. Refaites chauffer votre liquide en plongeant un textile de préférence mordancé (les explications techniques sont un peu plus bas), par exemple une écharpe en laine ou un chemisier en soie (environ du même poids, soit 300 g). Laissez chauffer dans le bain de nouveau à feu moyen (sans faire bouillir) pendant une heure et rincez bien.

© Olivier Cochard

Teinture pour fans de carottes

> pour un jaune acidulé

Gardez les fanes de 2 belles bottes de carottes. Coupez-les en morceaux avec des ciseaux de cuisine et faites les bouillir pendant une bonne heure. Filtrez ce bain et plongez-y des fibres mordancées pendant encore une heure en faisant chauffer à feu moyen (sans faire bouillir). Vous obtiendrez de beaux jaunes vifs !

Teinture bar à thym

> pour un vert kaki 

Réalisez une décoction de thym (environ 300g) en faisant bouillir la plante pendant une heure environ. Filtrez. Plongez-y un textile mordancé, par exemple en coton. Laissez à nouveau frémir. Vous obtiendrez un jaune vert léger, que vous pourrez rendre plus kaki en trempant dans une eau ferreuse bien froide (1 litre d’eau, 5 grammes de sulfate de fer acheté en jardinerie).

La couleur définitive n'est pas celle du textile dans son bain, elle n'apparaît que lors du séchage. © Olivier Cochard

Teinture de fruits jolie jolie jolie

> pour un bleu-violet 

Laissez macérer 2 barquettes de myrtilles pendant quelques jours dans de l’eau tiède puis faites bouillir. Filtrez puis plongez un tissu mordancé. Laissez chauffer 1 heure. Vous obtiendrez des mauves. Si vous trempez ensuite votre textile dans une eau ferreuse froide (1 litre d’eau, 15 cl de vinaigre et 5/6 clous ou de la limaille de fer), la couleur tirera vers le gris. Au contraire si vous plongez votre tissu violine dans une eau avec du carbonate de soude ou de la lessive de cendres, vous tirerez la couleur parme vers du bleuté !

© Olivier Cochard

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Préliminaires : les secrets d’une teinture réussie

Les tissus les plus adaptés à la teinture naturelle sont eux aussi d’origine naturelle : lin, laine, soie… et de couleur blanche. Ils doivent être lavés avant la teinture car un apprêt est souvent appliqué sur les tissus. Pour la laine, préférez une eau savonneuse à froid.

Avant de teindre, il faut préparer le tissu à recevoir la couleur avec un mordançage (une étape incontournable qui permet de fixer la couleur). On utilise en règle général le mordançage à l’alun (sulfate double de potassium et d’aluminium hydraté disponible chez tout bon pharmacien), additionné de crème de tartre, résidu de la vinification (facultatif) pour améliorer son efficacité.

Comptez 30% d’alun (par rapport au poids des fibres à teindre) et 7% de crème de tartre. Faites bouillir ensemble alun, crème de tartre et textile pendant une heure et laissez refroidir. Puis rincez l’étoffe et laissez sécher. Un textile mordancé peut se conserver sec.

Précautions d’usage

Sortez délicatement le tissu afin de le rincer abondamment à l’eau claire. Pour un résultat optimal, laissez sécher à l’air libre, à l’ombre.

Pour l’entretien, lavez les textiles teints à 30/40°C maximum avec une lessive douce, exempte d’agents azurants (les fameux alliés du blanc plus blanc que blanc), lesquels modifieraient sérieusement la teinte obtenue amoureusement !

© Olivier Cochard

Pourquoi privilégier les teintures végétales ?

. Parce qu’un large choix de couleurs se trouvent à portée de sécateur ou de couteau !

. Parce qu’elles respectent notre peau y compris celle de nos chers bébés

. Parce que peu de matériel est nécessaire

. Parce qu’on prend un plaisir fou à faire trempette

. Parce qu’une fois l’opération de mordençage réalisée correctement, elles tiennent dans le temps (rappelez-vous ces tapisseries médiévales aux couleurs toujours éclatantes !)

Pour celles et ceux qui hésiteraient encore à se lancer, Aurélia propose des ateliers, dans son antre parisienne. Les dates sur www.whole.fr.

2 commentaires

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  1. laver la laine à l’eau savonneuse froide, bien, mais pour la teinture, vous préconisez de chauffer voire bouillir….. et comment en ressort notre laine ?

  2. Attention aux informations données pour le mordançage. Les fibres animales ne se mordancent pas de la même façon que les végétales.

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