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Bio à emporter

Ramène ton bocal

Après des années à jongler pour les rayons de l’agroalimentaire, Loïc et Mathieu ne se sont pas éloignés pour autant des grandes enseignes commerciales pour implanter leur affaire. Sauf que 80 % de leurs produits sont locaux, bio et vendus sans emballages : bocaux et bonnes idées à emporter, depuis le parking ou presque.

Loïc Lextrait, un des deux fondateurs à gauche, Dylan Versier spécialiste du maraîchage au centre et Aurélien Martel étudiant en alternance à droite. © Anne-Lore Mesnage

Loïc Lextrait n’a jamais acheté un kilo de patates de sa vie parce qu’il est ardéchois et qu’il a grandi auprès de tantes et d’oncles paysans et d’un père qui cultivait son potager. Mathieu Audoux a beau être drômois, c’était plutôt haricots surgelés à la maison. Leur point commun : pendant plus de dix ans, ils ont sillonné les grandes surfaces pour leur vendre une grande marque d’huile alimentaire, du surgelé, du lait ou encore des légumes en boîte.

Leur chemin s’est finalement arrêté dans une seule zone commerciale, à Bourg-lès-Valence. À deux pas d’un Leclerc et d’un McDo, le duo a lancé la Bocalerie, un drive de produits locaux et sans emballages. L’objectif de cet emplacement : tenter de changer des habitudes de consommation du plus grand nombre. 700 produits sont à commander en ligne puis à récupérer, dont 80 % en bio.

Sacs en tissus et papier, zéro déchet d’emballage à la Bocalerie. © Anne-Lore Mesnage

Pommes oubliées donnent des idées

Les deux hommes se sont retrouvés juste après leurs études, un BTS de génie alimentaire pour Loïc et une école de commerce pour Mathieu, avec entre les mains une voiture de fonction toute neuve et un salaire confortable. Pas négligeable quand il a fallu travailler pour se payer ses études. Leurs employeurs : la grande distribution. Ils se croisent une première fois dans un supermarché du sud de la France. Ils sympathisent et découvrent qu’ils en sont au même point de leur réflexion et de leur vie.

Pères de famille, Loïc a trois enfants, Mathieu vient d’en avoir un deuxième, ils ne supportent plus la pression qui déshumanise, la course au profit avant tout et de vendre des pommes qui ont passé deux ans en chambre froide avant d’être proposées aux clients. Eux-mêmes ont changé leurs habitudes de consommation, en cherchant la qualité et les produits locaux.

Les trentenaires se demandent alors comment accorder leur expérience et leur savoir-faire en créant quelque chose en accord avec leurs valeurs. Le chômage partiel imposé par le premier confinement en mars 2020 leur offre du temps pour réfléchir. Germe alors l’idée de la Bocalerie. Une étude de marché, un bon réseau d’amis, un banquier enthousiaste et des visites chez des dizaines de producteurs locaux leur permettent huit mois plus tard de se lancer.

Aurélien Martel arpente les allées où sont réparties les denrées issues d’une production locale. © Anne-Lore Mesnage

Un pas vers le radis

Claire, 31 ans, était mûre pour le changement. L’installation de la Bocalerie à côté du Leclerc où travaille son mari au rayon boucherie, lui a fait sauté le pas. Depuis deux mois, cette éducatrice dans la protection de l’enfance commande ses courses toutes les semaines à la Bocalerie et a diminué par trois sa facture au Leclerc. J’achète moins de cochonneries de grandes surfaces et davantage de produits locaux, financièrement, je m’y retrouve et pour la qualité, cela n’a rien à voir. Elle vient d’intégrer le radis noir dans ses salades et se fait très bien aux bocaux installés dans le placard de sa cuisine.

Le petit coup de main bienvenu jusqu’à la voiture de la cliente par Dylan, le spécialiste du maraîchage. © Anne-Lore Mesnage

Le retour de la consigne

La Bocalerie propose de commander ses courses en ligne avant 19 h et de les récupérer le lendemain au siège social à Bourg-lès-Valence, mais aussi dans quatre points de collecte dans les villes des environs, comme à Chabeuil ou encore Romans. Au programme, des fruits et légumes de saison, de l’épicerie sucrée et salée, du fromage, des cosmétiques, des produits d’hygiène et ménagers, tout sauf de la viande et du poisson. Les denrées sont délivrées dans des bocaux et des sacs en coton, et conditionnés par Loïc, Mathieu et Dylan, le troisième larron du projet, spécialisé dans les fruits et légumes.

À chaque nouveau passage, 10 centimes de bon d’achat sont accordés pour chaque bocal et sac ramenés. C’est le retour de la consigne pour les anciens et la part d’innovation pour les plus jeunes, raconte Loïc. Dans l’entrepôt, les bocaux s’alignent sur les étagères, dont les contenus sont intimement liés aux producteurs. Comme le laitier par exemple, le seul que les deux compères ont pu trouver qui conditionne dans du verre. Avec lui, le rapport de force change, c’est nous qui le remercions de bien vouloir nous vendre son lait !, raconte Mathieu. À l’inverse de la grande distribution qui impose sa loi au producteur.

Papotage sur les recettes de cuisine avec une cliente venant chercher sa commande à l’accueil. © Anne-Lore Mesnage

Mais qui dit consigne, dit lavage du verre. Et c’est là que le bât blesse en France. Un bocal acheté coûte 4 centimes contre 23 centimes pour le laver, illustre Loïc. Mais les deux associés ont fait leur choix, facilité par la société « Ma bouteille s’appelle reviens » installée à côté du brasseur de bière la Pleine lune sur la commune de Chabeuil, là où justement la Bocalerie a installé un point de collecte. Nous vendons de la Pleine lune, qui elle-même fait nettoyer ses bouteilles sur place, au même titre que des viticulteurs du coin. Tous ensemble, nous relançons la filière locale de la consigne. Une perspective vertueuse, la fabrication du verre consommant quinze fois plus d’énergie que le lavage d’une bouteille. Seul le réseau de la restauration a conservé la pratique, sans oublier l’Alsace, proche de l’influence allemande, où les supermarchés proposent même des bacs à consigne.

Loïc Lextrait reçoit le lait en bouteille livré par le seul producteur de la région qui conditionne son lait dans des bouteilles en verre. © Anne-Lore Mesnage

Mathieu et Loïc évoquent avec passion la saison des poires qui s’achève, les coulis de tomates dont il faut taire le producteur de peur de ne plus en avoir assez à proposer aux clients, de la moutarde produite avec les noix du Dauphiné à quelques dizaines de kilomètres de là. La nourriture est une histoire de culture, de transmission et de récit. Mathieu et Loïc l’ont bien compris : ils prennent le temps de l’échange au moment du retrait des commandes, plutôt qu’à la traditionnelle caisse, les clients payant en ligne en amont. Nous parlons des produits, de la façon de les cuisiner et on écoute les retours pour s’améliorer, confie Loïc. Le contact humain, toujours, irremplaçable même dans un drive au cœur d’une zone commerciale.

La Bocalerie s’est installée à deux pas du Leclerc, histoire de proposer une alternative à ses habitudes de consommation. © Anne-Lore Mesnage

9 commentaires

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  1. Est ce qu’il y a moyen d’implanter ce modèle partout ?Je trouve ça tellement bien…
    Cela me rappelle un peu des souvenirs d’enfance quand j’accompagnais ma grand-mère à l’épicerie du village 🙂

  2. Bravo !
    Ca ressemble fortement à l’initiative toulousaine du Drive Tout Nu en place depuis fin 2018.
    C’est vraiment bien de voir se multiplier ces initiatives !

  3. Super initiative, si seulement ça pouvait se développer partout !!
    « Grâce » au confinement le magasin vrac où je vais au Havre a mis en place un système de commande en ligne, tout est préparé en bocaux ou sac papier, plus qu’à récupérer qqs jours plus tard en magasin ! Ça fait gagner du temps et limite le nombre de personnes en magasin. Avec un peu d’organisation, le vrac est possible ! Nous avons réduit drastiquement nos déchets depuis …

  4. Ah si seulement votre méthode pouvait devenir la norme.
    Pourquoi ne pas remplir les bocaux des clients directement, quand c’est possible ?

  5. ha ça c’est très bien, cela fait longtemps que mon mari et moi, mous disons qu’il faut revenir à la consigne ,ce qui serait bien c’est que l’eau soit aussi en bouteille en verre, mais de ce côté nous avons régler le problème avec une fontaine filtrante de chez berkey france millenium qui filtre tout les produits chimiques médicaments et autre, nous avons fait le choix pour une 12,3 dont les cartouches de charbon dure 10 ans je tenais à donner l’info car l’eau revient à 0,005 centimes du litre, bon pour la planète c’est surtout à cela que je pense,bravo bonne initiative, quand en Lorraine? Merci bonne journée

  6. Magnifique ! Magique ! Humain ! Équitable !
    Nous sommes le changement que nous voulons voir.

    Bravo et très belle initiative.

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