Attention labels bidons

Quand les logos se font labels

Sachant qu’un consommateur passe seulement quelques secondes à choisir un produit dans un rayon de supermarché, les distributeurs ont intérêt à ce qu’ils fassent le bon choix (enfin leur choix). Dans la famille des outils marketing douteux, on est allé voir ce qui se cachait derrière les p’tits logos, parfois labels, qu’on trouve sur nos emballages.

Les labels, c'est quand même un gros bordel...

Déjà, c’est quoi un label ?

En France, on ne peut pas employer le terme de « label » n’importe comment. La loi tente de protéger le consommateur de la désinformation et du green-washing : un label de qualité doit être reconnu par une autorité publique qui a établi un certain nombre de critères auquels le produit doit répondre. On appelle cela le cahier des charges.

Par exemple, le label bio répond à des exigences fixées par l’Union européenne et il est garanti que les produits qui portent la mention respectent des critères environnementaux définis par cette institution. Et le label bio, on le connaît tous. Vous avez aussi certainement vu passer le Label Rouge, les AOP ou AOC. Si ce n’est pas le cas, on vous propose de réviser le sujet avec un de nos précédents articlesIl s’agit là de réels labels de qualité, officiels donc.

Mais parfois, difficile de s’y retrouver et de savoir à quelles recommandations se fier ! Un emballage tout de vert vêtu et le produit peut se retrouver par inadvertance dans le caddie du consommateur engagé mais pressé. Dans le même registre, il n’est pas rare de voir des petits logos sur les produits dans les rayons du supermarché, nous promettant que tel produit se distinguera par son goût ou sa qualité, qu’il nous rendra plus beau et plus intelligent. Comment savoir si le petit carré coloré de votre emballage tient ses promesses ? Je suis allée au supermarché et j’ai pris le temps de fouiller derrière les étiquettes qui nous promettent monts et merveilles…

Il en manquerait pas un ? La viande de putois par exemple ?
Il en manquerait pas un ? La viande de putois par exemple ?

Les labels Origine France

Il y en a partout ! Sur les céréales, les pains de mie et surtout sur la viande. De nombreuses barquettes sous vide que l’on trouve en supermarché portent la mention « Le porc français », « Volaille française » ou encore « Viande bovine française ».

Concernant les derniers cités, il s’agit de vrais labels soutenus par le ministère de l’Agriculture. Ils certifient des animaux nés, élevés, abattus, découpés et transformés en France. Une production nationale d’un bout à l’autre de la chaîne. Un gage de qualité ? Si l’on prend l’exemple du porc, 90 % de la viande porcine française est issue d’élevages industriels. Et pour ces cochons-là, c’est pas vraiment la joie : la plupart d’entre eux passeront leur vie sur caillebotis, dans des enclos minuscules sans jamais voir la lumière du jour.

Néanmoins, sur leporc.com, il est garanti que « l’éleveur s’assure en permanence du confort de ses animaux. » De même, le site du label nous garantit un respect du bien-être animal et s’engage à « leur épargner toute souffrance ou toute situation de stress évitables afin d’assurer leur protection et leur bien-être. » Nous voilà rassurés par tant de précision et de contraintes imposées aux éleveurs… Ou pas ! Au final, ce label garantit que votre viande n’a pas quitté le territoire français, mais ne dit rien que la qualité du séjour que l’animal y a effectué !

À moitié bidon - mais pas totalement.
À moitié bidon - mais pas totalement.

Les produits reconnus saveur de l’année

Au détour du rayon frais, je tombe sur un fromage décoré de la mention saveur de l’année 2016. Alors là, je me dis : « Sapristi, aurais-j’ai enfin trouvé la meilleure des meilleures pâtes molles à croûte fleurie, la pointe de la délicatesse laitière ? » Que nenni ! Si ce produit-là a obtenu ce petit carré, c’est parce que des consommateurs qui ont testé quelques fromages ont trouvé que c’était celui-ci le meilleur. C’est la société Monodia qui a créé ce label en 1997, il ne s’agit donc pas d’un vrai label.

Alors comment ça se passe ? Un panel de 120 consommateurs goûtent à l’aveugle des produits et doivent désigner celui qu’ils préfèrent. Et comment sont choisis les mets testés ? C’est ici la limite : les fabricants doivent payer pour que leurs produits soient goûtés. Le fromage élu saveur de l’année, c’est le meilleur parmi quelques-uns sur le marché, souvent issus des grands groupes qui ont les moyens de concourir. D’ailleurs, difficile de savoir combien ou lesquels. Concernant les critères d’attribution, ici on parle de goût, un point c’est tout ! La composition, l’équilibre entre les ingrédients, la provenance, ne sont pas pris en compte. Cela peut donc être un gage de qualité gustative mais c’est assez peu contraignant pour que l’on puisse s’y fier systématiquement. Et de toute façon, la saveur de l’année des fromages, c’est la rigotte de mon producteur !

Là, ça y'est, on touche au carrément bidon.
Là, ça y est, on touche au carrément bidon.

La mention « élu produit de l’année »

Après quelques minutes de promenade en caddie, je tombe sur un paquet de gâteaux paré de la prestigieuse mention « élu produit de l’année ». Je l’avais déjà entendu lors de différents spots publicitaires à la télé comme à la radio. Une fois qu’on a cette allégation, il semblerait qu’on le crie chez toutes les ménagères de moins de 50 ans. 

Ici aussi, il ne s’agit pas d’un label officiel. La société privée créatrice du logo est détenue par Voted Product of the Year Worldwide S.A., elle est présente dans plus de 40 pays et existe depuis 1987. En faisant une petite balade sur leur site internet, on apprend que les produits primés sont soumis à un panel de consommateurs qui semble représentatif. Jusqu’ici, tout va bien. Alors quels sont les critères d’attribution ? Ils sont au nombre de trois : l’attractivité du produit, l’innovation perçue et la satisfaction. Plutôt flou. Et sur mes trois critères, j’en ai a priori deux qui renvoient à l’image du produit et à la perception que j’en ai. Au packaging, en fait ! Pire, le « critère de satisfaction » n’est pas plus convaincant car les membres du panel attribuent les points via un catalogue et n’ont pas forcément accès au produit. Pour ceux qui ne l’ont jamais testé, on leur demande seulement s’ils ont l’intention de l’acheter.

Alors pour résumer : je suis un produit et je veux être l’heureux élu. Il faut donc que lorsque le consommateur me me voit, il se dise « Ce produit-là, il m’attire vraiment beaucoup, il a l’air très innovant, j’aimerais bien le goûter ! » Et paf, j’ai ma mention ! Je caricature ? Sachant qu’il n’est pas nécessaire d’avoir testé le produit ni d’en avoir examiné l’étiquette pour lui attribuer une note, je pense que l’on peut qualifier cette mention de tout à fait bidon. Qu’est-ce qui est écrit en dessous  ? « Grand Prix Marketing Innovation ». Au temps pour moi !

Et là ça peut devenir carrément marrant...
Et là, ça peut devenir carrément marrant...

Quand les marques nous prennent pour des jambons

Avant les labels, il y a bien évidement la loi qui garantit que ceux qui produisent et commercialisent notre alimentation respectent un certain nombre de normes afin de protéger le consommateur. Pour certaines marques, le simple fait de respecter la loi s’est transformé en argument marketing.

Si vous vous ruez sur les produits « sans colorant et sans conservateur » en pensant faire un choix judicieux, n’oubliez pas de vous reporter à la petite étoile lorsqu’il y en a une. Elle indique bien souvent que c’est « conformément à la législation en vigueur ». Les produits juste à côté respectent donc exactement les mêmes critères. Un exemple de perle ? Une boîte de fruits aux sirop en boîte mentionnant « Sans conservateur » ramenant au tout petit astérisque mentionnant « Comme tous les fruits en conserve ». Une autre ? Le « 100 % pur et naturel » apposé sur un joli fond vert sur du miel industriel originaire et non originaire de l’UE. Parce qu’il y a du miel fabriqué par des abeilles bioniques ?

 

Mais, vous le connaissez ce logo, il signifie que... il signifie queuuuh...
Mais, vous le connaissez ce logo, il signifie que... il signifie queuuuh...

Et pour finir, une devinette ! Ce petit logo là, vous le connaissez tous ! Alors, qu’est ce qu’il signifie ?

  1. Que l’emballage est recyclable
  2. Que l’emballage est issus de matières recyclées
  3. Que l’entreprise cotise à un système global de tri, de collecte sélective et de recyclage des déchets d’emballages ménagers, ce qui est au passage imposé par la loi.
  4. Les trois à la fois.

Eh bien, c’est la réponse 3. et uniquement celle-ci. Alors, si vous voyez ce petit logo sur un emballage, c’est juste que l’entreprise qui le produit se conforme à la loi en vigueur, les critères 1. et 2. ne sont absolument pas garantis ! Vous en voulez encore ? Le site eco-sapiens recense les différents labels et autres allégations non officielles et nous indique s’ils paraissent fiables ou non.

4 commentaires

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  1. il faut savoir que beaucoup de porcs élevés industriellement en france sont abattus en espagne ou en belgique pour des coups de main d’oeuvre et reviennent en france en carcasse ou transformés !!!!!!
    chercher l’erreur !!!!!

  2. Personnellement je ne fais jamais confiance à aucun logo !

    Sauf, et encore, ceux AB ou autres « bios logos » malgré ça j’inspecte la liste des ingrédients…

    Je pars du principe que c’est tous des menteurs.

  3. Bonjour, sur le fond, article intéressant et… instructif. Sur la forme : peut mieux faire car il n’a manifestement pas été relu avant impression. ^^

  4. Bel article et des pièges dans ce style on peut effectivement en coter des tonnes car hélas rares et exigeants sont les labels sérieux comme Nature et progrès ou Demeter par exemple. On voit fleurir ces attrapes jambons (dont je fais parti je l’avoue). Vous parlez de l’alimentaire mais le pompon revient à la cosmétique ou on trouve des lables type slow cosmétique aux méthodes obscures et payantes (et oui c’est une entreprise privée cachée derrière une association 1901) pour l’attributaire, avec un système d’étoiles obscur lui aussi. Pire encore on trouve en cosmétique des label bio « auto-proclamés » genre « Plus bio que bio » car aucune législation Européenne n’encadre la cosmétique bio et tous les labels sont privés, chacun peut se tricoter le sien. Dans ce domaine aussi on trouve le mot bio utilisé dès qu’un seul ingrédient est bio, il est souvent présent en très faible quantité, c’est de la tromperie légale : exemple « crème de jour à l’huile d’argan bio » avec 5 % d’huile d’argan ou moins. Bref il y a un sérieux ménage à faire et les autorités (DDPP) semblent bien dépassées et désemparées.

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