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Dans cynorhodon, il y a don

Papilles sauvages, la nature bien dans son pot

Ouvrez grand vos papilles et goûtez à la vie sauvage. Mathieu et Nicolas, l’un des villes, l’autre des champs, réalisent des pestos et confitures emplis de nature drômoise et ardéchoise.

Les voilà, Mathieu et Nicolas.

Petit, Mathieu Bara, 33 ans, se faisait de l’argent de poche en cueillant des myrtilles et en glanant des châtaignes. Son terrain de jeu, c’était l’Ardèche, au Cheylard. Nicolas Humbert, c’était plutôt MacDo en région parisienne.

Si leur enfance n’a pas été la même, ces deux-là partagent désormais leurs journées à cueillir, transformer, mettre en pots, étiqueter, livrer et vendre sur le marché. Ils concoctent des confitures de fruits sauvages et des pestos à tomber littéralement par terre. C’est bien simple, la confiture de cynorhodon ne quitte plus la table du petit)déjeuner et l’ail des ours est une sorte de drogue familiale. Les deux sont certifiés AB.

Même le Vival, la supérette du village d’Allex où sont installés Mathieu et Nicolas, ne sait plus où donner de la tête. Peu porté sur le local, le patron a succombé au charme des associés et a écoulé plus d’un millier de pots en quelques mois. Voilà qui devrait le faire changer d’avis quant aux circuits courts !

Partie de cueillette d'ail des ours.

Le grand saut

Nicolas est fraîchement arrivé de Paris en septembre 2018 avec sa compagne et leur petit garçon. Et ça n’a pas traîné côté reconversion !

Ce réalisateur et producteur de films institutionnels, après un premier coup de foudre pour la région en 2017, goûte pour la première fois la crème de coing que lui propose Mathieu sur le marché du coin. Deuxième coup de foudre. Mathieu qui cherche un associé, lui lance alors un viens cueillir avec moi, tu vas voir c’est sympa. C’est l’automne 2018, période des châtaignes. Nicolas, loin d’être en bonne condition physique, se casse le dos, tandis que Mathieu ramasse allègrement 25 kg de châtaignes par jour. Qu’à cela ne tienne, ces deux-là s’entendent. Mathieu, titulaire d’un brevet professionnel agricole et fort de ses cinq ans dans le maraîchage, est passionné de la nature et des plantes depuis toujours.

Les recettes, c’est lui au départ. Peu de sucre et surtout le choix des bons fruits. Nicolas apporte ses connaissances en marketing et son engagement. Ensemble, ils changent les étiquettes et tapent dans l’œil de la quarantaine de boutiques qui vendent désormais leur produit depuis quelques mois.

Les mains dans la cerise, le cœur dans les étoiles.

Comme une évidence

Si les itinéraires sont très différents, quelque chose d’essentiel semble les unir : Mathieu a aimé le métier de maraîcher mais pas les pesticides, le mépris de la terre et des clients. J’étais en CDI mais le patron ne respectait rien, les paysans peuvent être de très gros pollueurs. Nicolas de son côté a aussi eu besoin de sortir de cette drôle de logique qui fait que plus un sujet est intéressant à produire, moins il y a de l’argent. Il n’y a pas d’argent pour les infirmières et les instituteurs dans notre pays mais pour une pub pour une jante de bagnole, le fric est là.

Passé le premier automne à louer des ateliers pour travailler et à utiliser la cuisine de la maison, Mathieu et Nicolas visitent le château des Ramières sur la commune d’Allex tout proche de Crest. Ancien lycée agricole, cette belle demeure de la fin du XIXᵉ siècle abrite depuis quelques années un collège Montessori. Les associés parviennent à convaincre pour utiliser la cuisine au sous-sol du château.

Tout est fait maison comme à la maison.

Tenir sur la durée

Aujourd’hui, trois hectares de parcs les entourent et une parcelle va leur permettre prochainement d’aménager un potager à côté de la quarantaine de ruches de Mathieu. Soutenus par la communauté de commune du Val-de-Drôme qui leur a prêté 15 000 euros à taux zéro, Mathieu et Nicolas savent qu’il va falloir encore travailler dur avant de pouvoir prétendre à des revenus suffisants. Et c’est là tout l’enjeu : ne pas s’épuiser à la tâche (les garçons ont passé plusieurs mois à travailler six jours sur sept) et s’économiser pour tenir sur la longueur sachant qu’il faut passer le cap des trois ans pour la pérennité d’un tel projet.

En attendant, ce sont les épiceries bio et commerces de proximité qui valorisent leur produit en Drôme et Ardèche et font passer le mot. Nous n’irons pas dans les supermarchés, raconte Nicolas. On veut expliquer que nos recettes sont faites maison, que tout est ramassé dans la région, qu’il n’y a rien d’autre que du fruit et du sucre, pas d’additif, pas de stérilisation. Alors bien sûr, c’est un peu plus cher que de la confiture industrielle. Mais allez donc essayer de ramasser le cynorhodon, la baie de l’églantine, le fameux gratte-cul dont le poil autour du fruit démange ! Vingt fois plus vitaminique que l’orange, ce fruit acidulé d’automne et d’hiver est irrésistible en confiture. Bientôt, ce sera le tour de la châtaigne. On a hâte.

www.papillessauvages.com

4 commentaires

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  1. Bravo pour cet article mais surtout bravo à Mathieu et Nicolas pour le travail magnifique qu’ils réalisent. Bon courage pour la suite.

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