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Comme un mauvais feuilleton

Monsanto, l’Europe et le Roundup : le moment où tout peut basculer

Il est des moments où l’on retient son souffle. Les 5 et 6 octobre prochains, l’Europe décidera de renouveler ou non l’autorisation d’utilisation du glyphosate, le pesticide le plus controversé de la planète. En attendant les lobbies se déchaînent, les expertises se contredisent, les pressions s’exercent. Retour sur le plus mauvais feuilleton de la rentrée.

Monsanto était déjà l’entreprise la plus détestée de la planète. Pourtant sa cote de popularité continue de plonger et risque fort de s’effondrer encore dans les prochains jours. Quand vous pensez à cette entreprise américaine, vous vous souvenez sûrement qu’on retrouve son nom dans bon nombre des plus grands scandales environnementaux et sanitaires des dernières décennies, notamment l’agent orange, le DDT, les PCB ou les hormones de croissance laitière. Mais il faut maintenant vous intéresser à l’actualité trouble et inquiétante du produit phare de Monsanto : le Roundup, un herbicide à base de glyphosate.

Le moment est tout à fait approprié puisqu’une décision cruciale doit être prise le 4 octobre prochain à l’échelle européenne au sujet de cette molécule controversée. La commission européenne proposera en effet de renouveler pour dix ans l’autorisation d’utilisation du glyphosate lors d’un comité d’experts durant lequel les pays membres donneront leur position. L’autorisation actuelle se terminant à la fin de l’année, une décision négative marquerait la fin du glyphosate et du Roundup en Europe.

Pour mobiliser l’opinion et les responsables politiques contre ce renouvellement, la député européenne écologiste Michèle Rivasi avait invité ce lundi 25 septembre trois grands connaisseurs du dossier à s’exprimer pendant une conférence de presse. D’abord l’avocate Kathryn Forgie, qui défend des victimes du glyphosate dans un énorme procès en cours aux États-Unis. C’est grâce à ce procès que la justice fédérale américaine a déclassifié, en mars dernier, un nombre énorme de mails et courriers internes de Monsanto, les fameux « Monsanto Papers », où l’on apprenait entre autres que l’entreprise connait depuis 1999 le potentiel mutagène du glyphosate et qu’elle a volontairement caché cette information au public. L’avocate était accompagnée de la journaliste américaine Carey Gillam, auteur d’un livre d’investigation à paraître sur Monsanto – Whitewash.

François Veillerette, directeur de l’ONG Générations Futures, également présent, décrivait ainsi les deux premières intervenantes et leurs actions : Les informations qui viennent des États-Unis sont extrêmement précieuses car elles permettent de confirmer ce qu’on pensait de l’action de Monsanto contre la science et les institutions scientifiques et sanitaires.

Au fil des interventions de ces spécialistes se dessine la sournoise stratégie du géant de la chimie. Kathryn Forgie la résume ainsi : Au lieu de se comporter comme une firme responsable, qui évalue la dangerosité de ses produits et communique ses découvertes aux autorités, Monsanto agit exactement à l’inverse. Elle fait tout pour étouffer les vérités scientifiques, multiplie les attaques personnelles contre les scientifiques dont les résultats lui sont contraires, rémunère des scientifiques prétendument indépendants qui veulent bien signer des études directement écrites par Monsanto (on parle de ghostwritting, ndlr), et en plus fait de même directement avec les autorités sanitaires. Voici deux exemples récents de cette stratégie en action.

Bataille d’experts

En 2015, le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer, l’agence internationale de référence pour la recherche sur le cancer, qui a été créée par l’Organisation mondiale de la santé et qui est basée à Lyon) a classé le glyphosate comme « probablement cancérogène ». Un coup de tonnerre. Cette évaluation est le fruit d’un travail scientifique de haut niveau suivant une méthodologie extrêmement rigoureuse, le tout basé sur un an de recherches menées par dix-sept experts internationaux indépendants qui ont recensé l’ensemble des études scientifiques publiées sur le sujet.

Selon Carey Gillam, les documents internes à Monsanto montre que l’entreprise avait anticipé cette décision et préparé une riposte massive : Certains de leurs documents parlent de leur stratégie pour faire croire que le CIRC se trompe. Ils parlent de rémunérer un réseau d’experts européens et américaines qui se présentent comme indépendants mais qui vont soutenir Monsanto. L’entreprise a également tenté de faire baisser les subventions américaines versées au Circ et a répandu des fausses informations sur le fonctionnement de cet organisme. Selon Le Monde, des personnages presque sortis d’un roman de John Le Carré ont également oeuvré contre le CIRC dans les mois qui ont suivi, se faisant passer pour des journalistes pour obtenir des infos sur l’organisme.

La stratégie semble avoir fonctionné. Et c’est ce qui nous amène au deuxième exemple de la stratégie de Monsanto. En effet, quelques mois après l’évaluation du Circ, l’autorité européenne de sécurité des aliments EFSA a tout de même estimé que le glyphosate n’était pas cancérigène. Pourquoi une telle différence de jugement ? Parce que l’EFSA s’appuierait sur 75 études tenues secrètes dont les conclusions sont favorables au glyphosate. Il faudrait que les agences européennes ne s’appuient que sur des études publiques. Sinon, il n’y a aucune transparence, la science est confisquée, peste la députée européenne Michèle Rivasi, qui a saisi la justice européenne pour s’opposer à cette non-divulgation des études.

Ce secret cache effectivement des actes troubles. Il y a quelques semaines, le biochimiste autrichien Helmut Burtscher a démontré que des passages entiers et déterminants du rapport de réévaluation commandé par l’EFSA sont tout bonnement des copiés-collés de documents rédigés par la Glyphosate Task Force, une plateforme de défense des utilisateurs de pesticides à base de glyphosate dont Monsanto est bien sûr l’un des principaux membres. On apprenait aussi que l’EFSA a accordé à la Glyphosate Task Force un droit de regard sur la future publication. Voilà qui explique peut-être pourquoi le rapport commandé par l’EFSA jugeait comme « non fiables » la quasi totalité des études montrant des effets délétères du glyphosate, dont une bonne partie sont pourtant publiées dans des revues de premier rang et pourquoi il est beaucoup plus clément avec des études ghostwritées par Monsanto.

Ceux qui se demandaient pourquoi l’EFSA a une opinion aussi proche des industriels ont maintenant une réponse : c’est probablement parce que l’avis de l’autorité européenne s’appuie directement sur celui des industriels.

Patate chaude

Ces révélations vont-elles peser sur les décisions des semaines prochaines en Europe ? Pas sûr. Fin août, Nicolas Hulot proclamait que la France voterait non, les 5 et 6 octobre prochains, à la proposition de la commission européenne de renouveler la licence du glyphosate en Europe. Depuis lundi 25 septembre, la cacophonie gouvernementale sur le sujet laisse craindre une issue beaucoup plus favorable à Monsanto.

Pour résumer, la France devrait agir de deux manières. À l’échelle européenne, elle va probablement proposer les 5 et 6 octobre prochain le vote d’une prolongation un peu moins longue – de 5 à 7 ans au lieu de 10 initialement prévus – de l’autorisation du produit. À l’échelle française, les services du premier ministre ont demandé, aux ministères de l’agriculture et de la transition écologique de lui présenter les conditions d’un plan de sortie du désherbant. François Veillerette commentait lundi ces annonces : Il a suffi que 200 agriculteurs favorables au glyphosate manifestent sur les Champs-Elysées pour faire plier le gouvernement.

Affaire à suivre…

9 commentaires

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  1. La station de Valenton est l’une des stations pilotes de la région Ile de France. J’y étais pour quelque temps et je confirme qu’elle est totalement clean.

  2. C’est fou de voir que la propagande chimique a bien fait son job. Même des lecteurs du magazine La Ruche qui dit Oui, initiative favorisant la consommation bio et locale, se trouvent a défendre le glyphosate. Aucun de ces foutus industriels n’a d’intérêt a chercher une alternative alors qu’il peut continuer son business en faisant pression sur agriculteurs, chercheurs, hommes politiques. C’est a nous d’exercer un rapport de force en notre faveur et celle de l’environnement.

  3. Paysan, meunier et apiculteur constituent mes 3 métiers. Je travaille mes cultures en agro-écologie et agriculture de conservation des sols.
    l’agriculture de conservation des sols a pour objectif d’activer la vie biologique, très importante dans nos sols. Pour faire vivre ces êtres vivants nous avons besoin de carbone (paille de blé, colza…) et d’azote.
    Je recherche et je prépare mon travail pour utiliser les produits chimiques en dernier recourt mais le Glyphosate me rend bien service: il permet en adoptant la bonne dose de réduire l’ensemble des produits chimiques sur mon exploitation. Récemment un docteur en agronomie a prouvé que du Glyphosate était moins dangereux pour la vie de sol qu’un labour!!!
    Dans une autre vie professionnelle j’ai fait un stage dans la station d’épuration de Valenton (Région de Paris). les produits solides n’étaient pas épandables dans les champs parce qu’il y avait à la fois trop de métaux lourds, de médicaments et autres produits très dangereux. A ce jour, La station n’a plus de stockage disponible, les métaux lourd ont disparu des analyses… et sont épandus dans les champs autour de Paris.
    Au lieu de s’acharner sur la molécule chimique du Glyphosate, essayons tous de trouver des alternatives à la chimie, aussi bien agricoles, médicales, domestiques…Nous sommes responsable de nos actes et achats: un produit dit « bio » qui a fait 5000 km est-il meilleur pour l’environnement et la santé des gens qu’un produit local qui utilise un peu de chimie?

  4. l allemand BAYER a racheté Monsanto ! l’ Allemagne va donc faire pression pour continuer le Glyphosate ! arretons de croire au pere Noel

  5. Sans prendre parti pour ou contre le Glyphosate, je trouve dommage qu’un article soit illustré de 3 photos à sensation qui n’ont malheureusement rien a voir avec le sujet !
    Si on peut éventuellement faire un lien, bien éloigné, avec les abeilles, les deux autres photos de pulvérisation ne sont absolument pas en lien avec le Glyphosate.
    Cela décrédibilise l’article et c’est bien dommage.
    Par ailleurs, quelques inexactitudes dans la vidéo ajoute au sentiment de parti-pris est c’est gênant, selon moi.
    Je rêve également d’une vie sans pesticide, mais les méthodes actuelles pour y arrivé ne sont pas adaptées. Des interdictions sont mises en place sans s’inquiéter des méthodes alternatives qui sont parfois tout aussi polluantes. Agir dans l’urgence et sans réflexion de fond ne mènera a rien. Dans quelques années, ce sont d’autres pollutions qui apparaîtrons, générées par les interdictions mises en place aujourd’hui.

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