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12 chiffres pour faire le tour de la question

Il était une noix…

Voici venue la saison de la noix. Dans l’AOP historique de Grenoble, premier terroir nucicole européen, le top départ est lancé. Les trois prochaines semaines seront consacrées à la récolte du “gland de Jupiter”.

23 septembre 2017

Le jour officiel du début de la récolte ! Pour fixer la date, l’Appellation d’origine protégée prélève des échantillons de noix. Si 80% des meilles (les cloisons internes qui entourent le cerneau) sont brunes, c’est le moment. Dans une noix pas mûre, tout est blanc, décortique Yves Borel, président du comité interprofessionnel de la noix de Grenoble (CING), qui gère l’AOP.

Cette année, la saison démarre une semaine plus tôt. Ce qui va nous permettre de grignoter de l’avance sur la concurrence américaine, se réjouit-il. C’est donc parti pour environ 3 à 4 semaines de récolte. Si autrefois on “gaulait” les branches en grimpant dessus, on use aujourd’hui d’une grosse pince pour secouer les troncs. À peine tombées de l’arbre, les noix sont récoltées par une ramasseuse pour être envoyées à la laveuse. Elles sont ensuite triées à la main et séchées. Si à l’époque on couchait les noix sur un séchoir – véritable patrimoine local – au simple contact du vent, elles sont aujourd’hui soufflées trois jours dans un silo par de l’air à 30°C.

Luc Mollière dans sa noyeraie. ©Bosman-Delzons

1938

Le 17 juin, la noix de Grenoble est le premier fruit à obtenir une Appellation d’origine contrôlée. En 1996, l’AOC devient une AOP, sous protection européenne. Elle s’étend sur trois départements : l’Isère (sur 184 communes), la Drôme (48), et la Savoie (29). Vinay, porte du mythique Vercors, est la capitale de la noix. La noix du Périgord est également une AOP (1997), mais développe beaucoup plus le cerneau et l’huile que la coque comme en Rhône-Alpes. En tout, une dizaine de variétés est cultivée en France.

La noix de Grenoble est connue au niveau mondial, mais peut-être pas assez chez nous. Il y a encore un petit problème de communication, admet Nelly Puaux, chargée de développement à la Maison du pays de la Noix. D’ailleurs, la profession se bat pour faire respecter l’appellation, tant ce nom est pillé, notamment au Canada.

680 000

Le nombre approximatif de noyers dans l’AOP. Le calcul est simple : il y a 6800 hectares de noyers, à raison de 100 arbres par hectare. Leur densité est exceptionnelle dans la vallée, sol et climat y sont très propices. Le massif du Vercors et les collines des Chambarans offrent aux noyers une protection naturelle contre le vent froid du Nord, avec un petit courant d’air qui permet la pollinisation et le séchage des noix.

Sur cette photo prise en juin, la noix est encore en maturation dans son brou. Cette enveloppe verte épaisse éclate vers la fin septembre, marquant l'ouverture de la récolte. ©Bosman-Delzons

900

Le nombre de nuciculteurs identifiés AOP. Leur nombre est en baisse car ils partent progressivement à la retraite, explique Yves Borel. Mais le volume de production ne diminue pas. Les exploitations sont par exemple reprises par les voisins, et agrandies.

10 mètres

La distance obligatoire entre deux noyers, préconisée dès 1583 ! Il faut une certaine surface aérienne pour qu’ils se développent. S’ils sont trop concentrés, le soleil pénètre moins dans les vergers, les maladies se propagent, éclaire Yves Borel. Ces arbres, qui fructifient seulement aux extrémités des branches, commencent à produire des noix à partir de 8 ans et ce jusqu’à 70 ans. La production optimale est atteinte après 25 années.

28 mm

Le diamètre minimal d’une noix de coque pour qu’elle soit estampillée AOP. À partir de 34, c’est un beau calibre, estime Luc Mollière, qui possède 7 hectares de noyeraies à Saint-Etienne-de-Saint-Geoirs (Isère). On garde les sous-calibrées pour leurs cerneaux ou pour en faire des produits dérivés, comme l’huile, qui sont des marchés porteurs, complète Yves Borel. Il estime à 10-15% le taux de noix sous-calibrées sur une récolte.

Nelly Puaux dans l'une des pièces du Grand Séchoir de Vinay. ©Bosman-Delzons

3

Le nombre de variétés reconnues par l’AOP : la Franquette (celle qui pousse le mieux, 90% de la récolte), la Mayette (la « reine des noix ») et la Parisienne. Au niveau du goût, franchement, la différence est très subtile, indique Nelly Puaux. Des études sont en cours sur une autre variété, la Fernor, pour la faire rentrer dans l’appellation, car elle est plus productive, ajoute Yves Borel. La concurrence accrue impose en effet une productivité toujours plus élevée, d’autant que la demande croit en parallèle.

14 000 tonnes

La production annuelle de l’AOP, stable depuis dix ans. C’est un tiers de la production française. La France est le troisième producteur au monde, et le premier en Europe, avec 35 000 tonnes annuelles.

55%

L’exportation de l’AOP, principalement vers l’Allemagne et l’Italie. 80% de la production hexagonale est mangée à l’étranger. La France est le 2e exportateur mondial, après les 430 000 tonnes américaines (les 700 000 tonnes chinoises sont, elles, absorbées à l’intérieur du pays). La Chine, les États-Unis et depuis peu le Chili alimentent la hausse constante de la production. Le marché de la noix est déficitaire, il y a de la place pour tout le monde, se réjouit Yves Borel. Une saine concurrence anime le marché mondial. La noix américaine est moins chère, elle fait baisser le marché des coopératives, constate Luc Mollière. La noix de Grenoble mise tout sur la réputation de son cerneau, de meilleure qualité.

La noix arrive bientôt dans les bacs ! ©Bosman-Delzons

?

La part de noix bio dans l’AOP est inconnue. Elle n’est pas exponentielle, mais pas négligeable non plus, selon Yves Borel. Environ 40 à 50% pour toutes les noix du Dauphiné, avance la directrice du CING Catherine Petiet. À Coopenoix, leader européen, on indique qu’elle est de… 6% pour sa récolte. C’est en développement, mais ça reste très marginal, et surtout en circuit court, confirme-t-on à l’autre coopérative, Valsoleil.

Luc Mollière, producteur non bio, traite ses noyers en mai-juin avec de la bouillie bordelaise, un fongicide toléré en jardin bio. Son engrais : du fumier et un zeste d’azote. Il estime son agriculture assez « raisonnée » pour ne pas avoir à payer un label. En 2016, une bonne année, il a ramassé 13 tonnes de noix, qu’il vend à 80% en coopérative (2,70€/kg), à la ferme (10%, 4€/kg) et dans six Ruches (10%, 4,80€/kg) entre Lyon et Moirans.

16e siècle

La maîtrise attestée du greffage par les Dauphinois, art de la reproduction végétale qui permet de booster une culture en qualité et en quantité. Par le jeu du greffage, non seulement on évite le gel, mais on obtient un fruit à noyau plein avec le cerneau ivoire, explique Olivier Ellena, historien et membre de l’Académie delphinale. La production est extensive, c’est un tournant majeur.

Les origines du fruit remontent à la nuit des temps, avec des fossiles vieux de huit millions d’années. Après avoir disparu, le fruit fut plus tard réimporté de Mandchourie. Les Romains l’ont baptisé Jovis Glans, gland de Jupiter. Au XIe siècle, certaines redevances étaient payées en setiers de noix, preuve de sa valeur.

Si on veut parler d’âge d’or, ce sont les années 1880-1920. La noix s’exportait à prix d’or vers New York, raconte le spécialiste. À la fin du XIXe siècle, le phylloxéra et la muscardine ravagent les vignes. À la même époque, on comprend l’incroyable rentabilité commerciale de la noix. Par ce double phénomène, le noyer devient la principale culture de la région.

20 grammes

Le poids en cerneaux – soit environ cinq noix – qui permet de couvrir les besoins quotidiens en oméga 3 et oméga 6. Les Français consomment de plus en plus de ce fruit riche et peu traité, que ce soit en salade, en tartes ou même en farce.

À ne pas manquer, si vous passez dans le secteur

Exposition pour 7 à 77 ans > Paysages de la vallée aux 600 000 noyers

du 12 avril 2017 au 31 décembre 2018

Le Grand Séchoir-Maison du Pays de la noix à Vinay (Isère)

04 76 36 36 10, www.legrandsechoir.fr

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