Moulin enchanteur

L’huile pressée à l’eau : visite au Moulin de l’Île

Loin des chaînes de production industrielle, l’huilerie du moulin de l’Ile, à Donzy tourne à l’eau du Nohain sans une goutte d’électricité. Visite du moulin enchanteur…

 

Image d'Epinal vue du moulin. La rivière c'est le Nohain.
Image d’Epinal vue du moulin. La rivière c’est le Nohain.

Vous voulez visiter ? Frédéric Coudray, nouvellement propriétaire du moulin historique de la petite bourgade de Donzy (pas très loin de Nevers) ne rechigne jamais à faire entrer le chaland dans son antre. Derrière la porte : des poulies, des courroies, une meule de pierre, des bûchettes, des sacs de noisettes, un décor à la Charlie Chaplin. On pourrait même être en 1820, au moment où le moulin a commencé à fonctionner tant rien ne semble avoir changé.

 

Tout est de 1820... ou presque.
Tout est de 1820… ou presque.

Frédéric actionne une trappe. L’eau du Nohain, la rivière qui enserre l’île sur laquelle se trouve l’édifice au toit d’ardoise se met à flique-flaquer. Dans son clapotis, elle entraîne une première roue qui actionne un engrenage puis une courroie jusqu’à ce que l’atelier tout entier se mette en mouvement. Le ballet ouvert par la turbine hydraulique est fascinant, chaque instrument joue sa partition en silence.

« J’ai racheté ce moulin avec ma soeur Isabelle en 2012. Il est en marche depuis 150 ans, on entend bien le faire fonctionner encore autant d’années. »

La meule de pierre, pièce maîtresse du moulin
La meule de pierre, pièce maîtresse du moulin

Au milieu de la pièce, trône un grand cylindre forgé et rainuré. Dessus se dresse une meule de pierre de plus d’un mètre de diamètre qui se met alors à tourner et écraser des noisettes formant une pâte compacte. « 100% des noix et 20% des noisettes que nous pressons viennent des habitants du coin, explique Frédéric. Les voisins peuvent aussi venir presser à façon et repartir avec leur propre huile. »

Entre deux passages de la meule, Frédéric récupère les noisettes broyées pour les faire tomber dans un seau. « Evidemment quand la direction du travail voit ce genre de technique, elle est à deux doigts de nous aligner. Mais elle préfère nous demander d’imaginer quelque chose de plus sécurisé, consciente de l’intérêt patrimonial de notre démarche. » Frédéric s’exécute, imagine sans cesse de nouveaux outils et rêve secrètement que son initiative soit reconnue un jour comme « entreprise du patrimoine vivant ».

 

Frédéric dans son habit d'éleveur de mulards.
Frédéric dans son habit d’éleveur de mulards.

Le parcours de notre visite suit la noisette désormais réduite en pâte. Direction le coin gauche du moulin près de la fenêtre. De l’autre côté de la vitre, un canard mulard s’ébroue dans l’eau de la rivière. « Sans doute un qui s’est échappé de mon élevage, » lâche notre hôte. C’est alors qu’on apprend qu’en plus d’être huilier, Frédéric est surtout éleveur de canards à quelques kilomètres de là. Une passion qui le tient depuis pas mal d’années.

Aujourd’hui quelques 5500 canards et 700 oies passent chaque année par ses vertes prairies, ses poulaillers (dans lesquels il diffuse France Culture pour éloigner les renards) et finissent en délicieux magrets, foies gras ou terrines. Signe du destin qui ne trompe pas, en 1995 Frédéric a planté 68  noyers pour faire de l’ombre à ses volatiles. Sa conversion huilière était en marche.

 

Le chaudron à bois pour faire chauffer les pâtes.
Le chaudron à bois pour faire chauffer les pâtes.

La pâte à noisettes est désormais prête à plonger dans une sorte de marmite en fonte que l’on chauffe avec de la charbonnette. « Du bois de faible dimension, destiné à la carbonisation pour faire du charbon de bois, » indique Wikipédia. « Des bûches de charme de moins de 7 centimètres de diamètre, » précise Frédéric. La pâte est chauffée pour pouvoir être plus facilement pressée ensuite. L’humidité s’évapore, les noisettes se ramollissent.

Dernière étape. Direction les cuves dans lesquelles on fait descendre de beaux poids en fonte. Enveloppés dans un scourtin  (notez comme cette visite a fait grimper notre niveau d’érudition), un drap en fibres végétales, les noisettes sont alors pressées pour en extraire le nectar précieux.

« Ecolo notre moulin ? Plus que ça. Ici tout fonctionne par la seule force de l’eau. Aucune électricité n’est requise. On ne produit pas de déchets non plus. Les résidus de noix et noisettes deviennent des tourteaux pour le bétail de nos éleveurs voisins. »

 

Trois mécaniciens viennent régulièrement donner un coup de main à Frédéric.
Trois mécaniciens viennent régulièrement donner un coup de main à Frédéric qui, perchman dans une autre vie, a déjà de bonnes bases de bricolage.

Séquence comptable ! Sachant qu’il faut une demi-heure pour écraser 17 kilos de noisettes, une demi-heure de chaudron, une demi-heure de presse, que l’on obtient au final 8 litres d’ huile, que la production annuelle du moulin est de 20 000 litres, quel est le coût de revient de cette huile de noisette absolument délicieuse ? Allez, on vous laisse réfléchir. Nous, on est invités à une séance dégustation.

 

Noix et noisettes, les deux élixirs de la maison.
Noix et noisettes, les deux élixirs de la maison. Des huiles vierges de première pression.

11 commentaires

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  1. À cette période je vous conseille le Marché à la ferme, organisé par Frédéric. Vous pourrez y découvrir non seulement son huile mais également les bons produits issus de son élevage de canards et d’oies.
    Et si vous êtes encore dans les parages, vous pourrez assister au Comice Agricole le week-end du 19 et 20 août. Plus qu’un moment convivial, une institution !
    Bon séjour dans ma campagne.

  2. Je vais regulierement au moulin c.est l’huile de noix là meilleur que j.ai pu goûter. Le cadre est merveilleux et on vous acceuille avec beaucoup de gentillesse

  3. Bonjour
    L’article me donne tres envie de visiter votre moulin et il se trouve que je serai dans
    votre région du 12 au 15 août prochain alors est ce possible ?
    Cordialement
    Isabelle

    1. Oui Isabelle. On vous accueille avec plaisir. Le moulin est ouvert pendant le week-end du 15 août

  4. Clients depuis peu, nous avons visité le moulin avec un réel plaisir, respirant les parfums des noix torréfiées. Nous revenons faire provision dhuile mais aussi lorsque nous avons un cadeau à faire. Plusieurs formats de flacons qui en plus sont agréables à l’oeil, des conserves succulentes et un excellent accueil, tout ce qu’il faut pour avoir envie de revenir.

  5. L’huile de noix est terrible!!!!!! Mon oncle et ma tante ont une maison à Donzy (ou à proximité…) et ramènent depuis des années de l’huile du moulin à mes parents!!! Je l’adore!!!!!

  6. Et les coques de noisettes ? Est-ce qu’elles sont broyées sous la meule (mais dans ce cas, elles se retrouvent dans les tourteaux pour le bétail), ou est-ce que quelqu’un se tape le boulot de casser les noisettes ???

    1. Bonsoir Margot,

      Les noisettes, comme les noix, sont pressées sans les coquilles. Et oui, quelqu’un se tape le boulot de casser les noisettes et les noix et de les décortiquer…Des huiles précieuses…

  7. Plus prés de chez nous et tout aussi joli : le moulin de Gribory(03) de la famille Lallias depuis plusieurs genérations.

  8. Excellent, instructif. Ces artisans locaux faisant un effort pour revenir à des méthodes saines sont trop mal connus. Et quand on en parle on ne sait généralement pas ou les trouver. Quelques fois on pourrait s’apercevoir qu’ils sont nos voisins !

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