Mode à boire

Mais pourquoi tout le monde boit de l’IPA ?

Petite histoire de celle qui est devenue en quelques années l’une des bières artisanales préférées dans le monde et en France : l’India Pale Ale.

Les amateurs de bière et/ou de produits locaux et artisanaux la connaissent depuis quelques années déjà. Les autres se laisseront bientôt tenter lors d’un verre en terrasse. L’IPA, ou India Pale Ale, se fait depuis quelques années une place de choix sur les comptoirs et dans nos verres, aux côtés des traditionnelles blanches, brunes, blondes et ambrées. Pour la reconnaître, c’est simple, elle a un goût très houblonné, donc amer, avec des arômes étonnants de caramel ou de fruits exotiques ou d’agrumes.

Qui a inventé cet amer breuvage ? L’histoire que l’on raconte souvent est que les colons anglais emmenaient avec eux ces bières jusqu’en Inde parce que le houblon aide à la conservation. Cette version, bien que séduisante, est très contestée. Mais la suite de l’histoire est mieux connue.

Dans les années 1970, après des années de standardisation, des brasseries artisanales renaissent peu à peu aux États-Unis et s’amusent à revisiter d’anciennes recettes. À la fin des années 1980, certaines de ces brasseries, notamment en Californie, tentent de produire à nouveau une ancienne recette un peu oubliée : l’IPA. Ces enseignes s’appellent BridgePort, Sierra Nevada ou Anchor Brewing. Le succès est au rendez-vous, leurs produits se distinguent dans de nombreux concours et se répandent à travers le pays dans les années 1990 et 2000. Aujourd’hui, ces brasseries pionnières produisent des volumes impressionnants.

Tabernacle, l’IPA arrive au Québec

D’autres états et le voisin canadien vont alors s’intéresser à cette bière amère. Dans le Vermont, des brasseries artisanales s’y mettent avec grand succès. Au Québec, l’India Pale Ale est même devenue la nouvelle bière préférée selon la presse locale. Nous avons interrogé le brasseur Daniel Addey-Jibb, de la petite microbrasserie Le Castor à Rigaud, dont la bière Yakima IPA a – là encore selon la presse locale – bouleversé le marché québécois de l’India Pale Ale en 2013. Il nous détaille son succès :

« Les amateurs de bière se renseignent beaucoup au Québec, ils connaissent très bien tous les styles. L’IPA n’était pas disponible au Québec avant 2013 mais elle était déjà connue. Quand on a lancé la Yakima, c’est vite devenu la folie, jusque maintenant on a beaucoup, beaucoup de demandes. »

Selon Daniel, cette mode a un effet positif pour toute la filière artisanale : « Cette bière met les variétés de houblons américains en vedette, parce qu’ils lui donnent un goût unique. Chaque année on voit de nouvelles variétés de houblons qui sont développées. Notre brasserie est 100 % bio et on souhaiterait utiliser des ingrédients locaux, c’est encore assez difficile. Mais les houblonnières redémarrent partout au Canada, il n’y en avait pas du tout il y a dix ou douze ans, maintenant ça se propage, donc ça va venir. »

Saperlipopette, elle conquit la France

La même histoire positive semble se répéter aujourd’hui en France. À Montreuil, la brasserie La Montreuilloise vend de l’IPA bio depuis 2014. Son fondateur, Jérôme Martinez, nous raconte :

« Aujourd’hui, l’IPA a pris en France, surtout dans les grandes villes. Les amateurs de bière nous en demandent. On essaye de privilégier la filière locale mais ce n’est pas facile. On essaye de s’adapter alors que les houblons aux goûts d’agrumes n’existent quasiment pas en Europe, la majorité sont importés des États-Unis. Nous on a de petits volumes, on est en bio et adhérent à Nature et progrès, ce qui fait qu’on est encore plus limité en choix de houblons, l’offre est encore insuffisante pour le moment. Il faut pousser des gens à s’installer. »

En 20 ans en France, on est passé de 30 micro-brasseries à plus de 1000.

Le renouveau s’annonce, en Allemagne notamment. La Montreuilloise utilise une variété de houblon produit outre Rhin, appelé Mandarina bavaria. En Belgique, pays de la bière par excellence, les houblonnières renaissent. De même qu’en France, selon Jérôme Martinez : « En 20 ans, on est passé de 30 micro-brasseries à 1000 au moins ».

Résumons. En buvant de la bière IPA, vous soutenez des brasseries artisanales en plein essor dans le pays, qui elles-mêmes permettent l’émergence de nouveaux fermiers – les houblonniers – dont une partie de l’histoire devrait s’écrire en bio. On trinque, non ?

6 commentaires

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  1. Au passage: « tabernacle / tabarnak » est un sacre *très* grossier en franco-québécois (on parle d’un truc approchant du niveau de « bordel à couilles » ou « putain de merde » en français universel… des trucs que vous n’écririez pas dans un intertitre, j’imagine) au point qu’il est très souvent adouci « en « taberouette », « tabernouche » ou raccourci en « ta »…
    C’est en fait une erreur typique d’européen francophone que de ne pas vraiment saisir la force des sacres d’origine religieuse au Québec, ni le fait qu’ils doivent être employés avec une grande modération. ;o)
    Si vous voulez un québécisme présentable à la place de ce tabernacle, essayez « coudonc », par exemple.

  2. Il y a une grosse erreur en fin d’article : c’est de 30 à 1000 BRASSERIES en France, pas houblonnières. Jérôme n’a pas pû commettre une telle erreur, donc je pense à une simple erreur de transcription…
    Le mouvement de création de houblonnières locales redémarre seulement ces dernières années en France.

    Julien

  3. Hello,
    Parler d’IPA qui s’installe à côté des classiques blonde, blanche brune, ambrée, ça n’a pas vraiment de sens. Une IPA peut être blonde, ambrée, blanche voire brune ou noire.
    IPA est un style de bière qui a des caractéristiques précises (plus ou moins variables), alors que la couleur n’est qu’un paramètre parmi d’autre.
    Donc il faudrait plutôt dire que l’IPA s’est fait ça place aux côté des pils, stout, bière de garde, triple…
    Signé Beersnob

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