48 heures de l'agriculture urbaine

L’agriculture (re)prend racine en ville

Voilà quelques années que l’agriculture urbaine fait parler d’elle. Les 21 et 22 avril, ce sera carrément sa fête à l’occasion des 48 heures de l’agriculture urbaine. Partout en France des centaines d’animations, graines et râteaux à la main, seront organisées. En attendant ces réjouissances, offrons-nous un tour du côté de ces initiatives qui rendent la ville plus verte.

©Antoine Devins

La Prairie du Canal, une bonne FEE

Sur cette friche de 5 000 m2, MBK fabriquait ses Mobylettes. On y trouve aujourd’hui une ruche, une houblonnière, un poulailler, des cultures variées… À Bobigny, au bord du canal de l’Ourcq, la Prairie du Canal a ouvert au printemps 2017. Cette Ferme Écologique Ephémère (FEE) a accueilli environ 5 000 personnes pour sa première saison d’ouverture, et compte en attirer le triple entre mars et octobre 2018. Plus qu’une production agricole intensive, l’objectif est ici de sensibiliser à l’agriculture durable urbaine. L’équipe de La Sauge, l’association qui gère les lieux, entend cette année profiter de la nouvelle serre de 600 m2 pour former des agriculteurs aux différentes techniques de production adaptées à la ville et gagner en autonomie sur la petite restauration (le houblon de la bière et les pleurotes sont par exemple produits sur place).

canalprairie.fr

Un mouton, ça tond énormément

Vincent Cerclier travaillait depuis onze ans dans les télécoms, quand il a eu envie de changement. Il est, depuis deux ans, berger et éleveur de moutons « Landes de Bretagne », une espèce locale un temps menacée d’extinction. Ses terrains de pâturage ? Une dizaine d’hectares sur des espaces verts de l’agglomération nantaise et ceux d’une maison de retraite, que ses ovins entretiennent en broutant, sans émettre ni nuisances sonores, ni CO2. Une façon de tondre à l’ancienne, qui crée de surcroît des liens sociaux : Mes clients appellent pour des raisons économiques et écologiques, mais ils découvrent ensuite le vivre ensemble créé par le troupeau, confie l’éleveur. Ainsi, autour de l’EHPAD, des animations en lien avec les bêtes ont été proposées aux personnes âgées pour aider, notamment, à stimuler leur mémoire.

terreetbeee.fr

©Anne Bergeron

Cueillette minute intra-muros

Deux ans après ses premiers essais de culture sur un toit du 11e arrondissement de Paris, Aéromate ouvrait au printemps 2017 sa première ferme de 500 m2 sur un immeuble RATP. Elle inaugure, un an plus tard, deux autres sites sur les toits de l’école Duperré (500 m2, Paris 3e) et près de la place de la Bourse (200 m2, Paris 2e). Ces nouvelles « terres agricoles » ont été attribuées à la jeune pousse par la mairie dans le cadre de l’appel à projets Parisculteurs. Pour un plaisir gustatif décuplé, les aromates produits sont cueillis juste avant livraison (Aéromate fournit notamment chefs étoilés et quelques-unes des Ruches). Le choix de l’hydroponie biologique, une technique de culture sur billes d’argile, permet d’obtenir d’excellents rendements tout en allégeant les besoins en eau… et le poids total des installations : un atout important quand on choisit de prendre racine en haut d’un immeuble !

aeromate-71.webself.net/

Compost express en ville

Cette technique ancestrale, consistant à trier ses déchets végétaux pour les transformer au fil de mois en substrat ultra-fertile, s’impose comme l’un des « must » du zéro déchet. Problème : en ville, la place manque pour installer localement les bacs qui permettront de stocker la matière. Partant de ce constat, les Alchimistes expérimentent depuis l’été 2017 un service citadin de compostage électromécanique capable de traiter de gros volumes collectés auprès de particuliers, restaurateurs, cantines, en un minimum de temps. Cette technologie réduit à quelques semaines le processus complet, pour parvenir à un compost de qualité, revendu localement. Après l’ouverture du « labo » pilote du quartier de Port Royal, l’équipe s’apprête à ouvrir, en 2018, un 2e point dans la capitale, et un centre grand format en Seine-Saint-Denis.

alchimistes.co

Le semis, c’est (désormais) permis

Face aux pratiques de jardinage sauvage, les municipalités tentent depuis peu d’encadrer, voire d’encourager ces plantations grâce aux « permis de végétaliser ». Bordeaux, Tours, Grenoble, Le Havre, Marseille, Paris… Impossible de toutes les citer : elles sont aujourd’hui trop nombreuses à accepter la culture citoyenne d’un pied d’arbre ou d’un coin de trottoir. À condition de bannir pesticides, plantes piquantes et… hallucinogènes (!). Ville pionnière de la platebande légale, Rennes a assoupli, dès les années 1990, les règles strictes qui interdisaient de sortir sa truelle dans l’espace public, sous l’impulsion d’associations. En 2008, la naissance du mouvement mondial des Incroyables Comestibles s’est inscrite dans cette tendance foisonnante, avec un pari qui fait mouche : planter des fruits et légumes en cueillette libre en ville. 2017 a vu fleurir encore une centaine de nouveaux groupes français se réclamant d’un mouvement présent aujourd’hui dans une vingtaine de pays. La coordination des Incroyables Comestibles France travaille actuellement à la création d’un label citoyen des villes et villages comestibles, et à un dispositif offrant des ressources pédagogiques aux pros de l’éducation. À vos marques, prêts… Croquez et cultivez !

lesincroyablescomestibles.fr

Des potagers à la récrée

Faisons pousser les jardins, qu’ils disent sur leur site Internet. Et pas qu’un peu ! Depuis sept ans, l’association Veni Verdi aménage des potagers dans les cours de récrée. Celui du collège Mendès France dans le 20e arrondissement parisien est particulièrement impressionnant avec ses 4 500 m2 cultivés. On y trouve non seulement de quoi fournir en légumes des bénévoles du quartier, mais aussi un poulailler mobile (ou « tracto-poule » si vous préférez), une mare, des composteurs, une serre pour les semis. Pour les professeurs, c’est un support pédagogique vivant, se félicite Simon Ronceray, responsable de la ferme. Le potager est également accessible à tous les collégiens qui peuvent venir jardiner pendant leur pause déjeuner, aux enfants présentant des difficultés scolaires graves et persistants (classes Segpa), aux jeunes ayant des troubles psychiques (classes Ulis). Ici, la terre se fait support pour aider à reprendre racine.

Dans le but de toucher le maximum de personnes, l’association accueille les entreprises en quête de « team building » intelligent. Les salariés de Renault ont installé l’arrosage automatique, explique le trentenaire. Les demandes sont nombreuses. Aujourd’hui, Veni Verdi compte quatre sites de production à vocation pédagogique, dont trois établissements scolaires, organise des centaines d’animations en milieu scolaire, implique 1 200 élèves et 500 adultes dans ses actions et a encore mille projets dans sa brouette. Par exemple ? Planter dans le collège du 20e arrondissement une forêt comestible sur le talus qui descend des salles de classe au terrain de jeu. Un jour, un professeur nous a dit : « Veni Verdi, c’est une classe découverte permanente », c’était le plus beau compliment, conclut Simon.

veniverdi.fr

48 heures de l’agriculture urbaine, 21 et 22 avril 2018

Graines d’une main et râteaux de l’autre, les citoyens verdissent leur ville.Le weekend du 21 et 22 avril, l’association la Sauge invite tous les agriculteurs urbains à se fédérer. Du collectif Albi ville comestible explorant la résilience alimentaire locale à l’Abreuvoir à Strasbourg en passant par la Guinguette végétale à Nantes, ce sont près d’une centaine d’acteurs qui se donnent rendez-vous pour essaimer le mouvement grâce à de nombreux événements enracinés dans 15 villes de France. Au programme : bourse aux plantes, ateliers semis et compost, trocs de graines, portes ouvertes de jardins partagés, chantiers participatifs. Il ne manque plus que vous !

les48h.fr

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