On n'est pas des vaches à lait

Le lobby du lait veut nous faire tout avaler

Les produits laitiers sont nos amis pour la vie… Et si cette amitié vantée dans les années 1980 n’était en réalité qu’une union forcée par de puissants lobbies ? Depuis quarante ans, les industriels tentent de faire avaler n’importe quoi aux consommateurs, les prenant surtout pour des vaches à lait. Retour sur leurs méthodes pas si blanches que ça.

Pour votre santé, consommez trois ou quatre produits laitiers par jour. Boire du lait est crucial pour vos os ou nécessaire pour lutter contre les maladies cardio-vasculaires. Pendant des décennies, ces phrases et conseils ont été considérés comme des évidences dans notre pays. Mais depuis quelques années, de nombreux scientifiques et nutritionnistes alertent et tentent de faire entendre que les produits laitiers ne sont pas indispensables pour les adultes et qu’il vaut mieux en manger avec modération.

Face à ces voix discordantes, les industriels du lait sortent l’artillerie lourde pour communiquer encore plus, dans les journaux, à la télé, jusque dans les écoles et les brochures distribuées dans les cabinets médicaux. Quitte à ce que cela ressemble parfois à une entreprise de désinformation et de manipulation. C’est cette stratégie que détaille une étude menée au département des sciences de la santé de l’Université de York et publiée il y a quelques mois dans la revue de référence Public Health Nutrition.

Pendant six mois, entre mars et août 2015, les deux chercheurs Melissa Mialon et Jonathan Mialon on fait l’inventaire des actions de lobbying et de communication menées par Danone, le Cniel – la puissante et influente interprofession laitière – et Lactalis. Lactalis, c’est l’entreprise visée il y a quelques mois par Cash investigation, où l’on apprenait que cette multinationale mise en cause pour la contamination aux salmonelles de centaines de lots de laits infantiles, impose en prime aux éleveurs l’un des prix d’achat de leur lait les plus bas du marché. Avec ce résultat dramatique : le groupe a atteint un chiffre d’affaires de 17,3 milliards d’euros en 2015, année où les revenus des éleveurs baissaient eux de 30 %. Le tout sans publier ses comptes comme la loi l’y oblige.

©Thomas Louapre

Noyer le poisson (et le yaourt)

Mais revenons à nos vaches. Les chercheurs ont donc ensuite analysé les 170 actions recensées. Pour ce faire, ils se sont inspirés de travaux similaires menés sur les stratégies de lobbying et de manipulation de l’industrie du tabac. Parmi les 170 actions listées, les techniques les plus souvent repérées sont celles qui consistent à utiliser l’information et la science dans l’intérêt des industriels. Les chercheurs relèvent par exemple qu’on trouve dans de nombreuses communications laitières des références à l’importance de l’activité physique pour la santé. Cela n’a aucun rapport avec la choucroute, ni avec le lait, mais cela permet de communiquer sur les produits concernés en leur donnant une image saine.

Le lait permet de lutter contre l'ostéoporose, une assertion très contestée.

De même, les chercheurs ont repéré plusieurs cas d’informations assénées dans des publications et messages de l’industrie laitière sans que les sources scientifiques ne soit citées ou alors en ne mentionnant que les études financées et approuvées par l’industrie. C’est notamment le cas au sujet des bienfaits des produits laitiers contre l’ostéoporose, une assertion très contestée par de nombreuses études scientifiques.

©Thomas Louapre

Manipulation dès le biberon ?

Le deuxième type de méthode consiste à établir des liens avec des institutions étatiques et sanitaires et avec des publics cibles, pour s’assurer une crédibilité et une légitimité. Les industriels du lait participent et animent des rencontres, congrès et événements médicaux. Ils financent également des revues à destination des médecins et nutritionnistes, par exemple l’Institut Danone fournit à plus de 21 000 professionnels de la santé une revue appelée « Objectif nutrition ». L’industrie est très proche des professionnels de la santé en finançant des conférences, des présentations, des colloques où sont introduites les études qu’ils ont eux-mêmes financées. Tout ça vise à défendre l’idée que le lait est indispensable pour être en bonne santé , explique la chercheuse Melissa Mialon.

Autre public cible : les enfants, dans les écoles. L’étude cite plusieurs jeux et sites internet qui leur sont destinés dans le but de promouvoir auprès d’eux les produits laitiers. Ou bien détaille les visites de producteurs de lait dans des écoles du Grand Ouest dans le cadre d’un partenariat entre le Cniel, la région Grand Ouest et l’Inspection académique de la Sarthe. Analyse de la chercheuse : À mes yeux, c’est assez choquant que l’industrie laitière puisse entrer dans les écoles alors qu’à l’échelle internationale il est reconnu et imposé de ne jamais viser les enfants dans le marketing alimentaire.

Le troisième type de technique utilisée consiste carrément à tenter d’imposer ses vues dans les décisions et recommandations publiques. Ainsi, l’étude liste les partenariats entre l’industrie laitière et le ministère de l’Éducation nationale et celui des Affaires sociales. Elle montre que plusieurs experts de l’Anses (L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) chargés de la nutrition ont été ou sont en lien très étroit avec l’industrie laitière. Toutes ces communications sont très efficaces regrette la chercheuse Mélissa Mialon : Ces méthodes ont été utilisées par l’industrie du tabac et ont montré leur grande efficacité. On constate que les industriels du lait ont une influence importante sur les recommandations nutritionnelles et sur l’opinion publique, alors que leurs stratégies d’influence ne sont pas toujours bien perçues comme telles.

Lait juste, juste du lait

Doit-on boycotter le lait ? Certainement pas. Doit-on en consommer à tous les repas ? Peut-être pas non plus. Dans tous les cas, méfiez-vous des coups marketing, comme les vrai/faux lait de ma région ou le lait d’ici, préférez l’achat direct auprès des petits producteurs. Optez pour les bons labels, notamment Bleu-Blanc-Cœur, qui récompense les éleveurs qui nourrissent leur troupeau avec du lin ou des protéagineux, ces aliments riches en protéines et oméga-3 qui réduisent les pets des vaches et donc les émissions de méthane. Soutenez le lait C’est qui le patron, la marque qui propose du lait vendu à prix suffisamment rémunérateur pour les éleveurs et produit selon des critères choisis par les consommateurs. Enfin, évitez les produits transformés, un conseil que l’on vous donne souvent ici et qui est tout aussi adapté à la question du lait.

9 commentaires

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  1. Bonjour,
    Bel article !
    il me semble que le label Bleu-Blanc-Cœur permet aussi de remonter l’intérêt nutritionnel du lait viande œufs en oméga-3, c’est un label qui est recommandé pour les gens atteints de cancer par exemple, qui prennent du lin moulu pour permettre à leur organisme je ne sais plus par quel moyen d’arriver à distinguer les message biaisés des cellules cancéreuses et éviter leur prolifération.

  2. Ça fait du bien de lire ça, moi qui ait fait un master d’agroalimentaire où c’est le patron d’une grande marque de lait français qui nous a dit lui-même que la propagande sur les produits laitiers n’était qu’une manipulation depuis des années, je suis soulagée de voir que c’est vrai. Ensuite en master nutrition, ce fut nos les intervenants de santé qui tiraient la sonnette d’alarme sur le sujet…
    Pourtant dans les études de diétetique, les rations alimentaires qu’on fait apprendre par coeur aux étudiants doivent être largement pourvues en produits laitiers à tout âge.
    Et pourtant également, la nutritionniste qui suit ma mère pour l’ostéoporose continue à lui dire de prendre beaucoup de produits laitiers malgré ses problèmes de cholesterol mais curieusement pas plus de fruits et légumes , ou d’eau riche en Calcium. Quand je lui dit qu’il faut faire l’inverse elle ne me croit pas, et me prend pour une folle.

    C’est sûr que c’est à devenir fou, ça tombe sous le sens mais les oeillières sont bien attachées !
    Pauvres petites vaches…

  3. Bonjour,
    Ici, les écoliers Belges des années 1950/60, nous étions déjà dirigés par le lobby du lait. On faisait partie de la « brigade MELK ». On portait une broche quand on y adhérait. Si non, on était « paria ». N.B.: melk signifie lait en flamand… On « recevait » notre part de lait à la récréation, payant, bien sûr. Les parents étaient aussi conditionnés par la propagande signifiant que tous les enfants seraient forts et intelligents grâce au lait ! Aujourd’hui, mes enfants évitent la plupart des produits dérivés d’animaux. Surtout depuis la fermeture d’abattoirs pour diverses causes nuisant à la santé publique.
    Félicitations pour vos infos.

  4. Bonjour ,

    Et en plus , on se porte mieux sans lait et viandes !
    Laissons les vaches nourrir leurs veaux et les cochons gambader en paix .
    Nous ne sommes pas faits pour manger des cadavres .

    Je dis aux animaux que leur seule chance de s’en tirer est de cesser de se reproduire !

    J’y crois

  5. article très intéressant mais incomplet il manque la marque c’est qui le patron qui rémunère correctement les producteurs et respecte le consommateur et la condition animale
    dommage

  6. Personnellement la prise de conscience de la souffrance animale a été la raison première de la suppression des produits laitiers de mon alimentation. Quand on constate en plus les problèmes de santé qu’ils peuvent engendrer, on a toutes les bonnes raisons de les boycotter !

  7. Il est regrettable que cet article ne parle pas des problèmes de prostate générés par les produits laitiers ni de l’augmentation de l’acidité provoquant la fuite du calcium des os et donc l’ostéoporose et les AVC qui sont dus aux plaques de calcium agrégées à des triglycérides et qui bouchent les vaisseaux sanguins. Donc continuez à boire du lait et à manger des statines qui détruisent le cholestérol nécessaire au cerveau et donc anti Alzheimer vous rendrez riches Pactalis Danone et Pfizer !!!!

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