Pour ou contre ?

Farmbox, l’agriculture est dans la boîte

Une lumière rose-fluo, un bruit d’eau qui ruisselle, une ventilation sourde, des murs blancs capitonnés et des gens en blouse… Le laboratoire d’un savant fou ? Non, un simple conteneur maritime où se cultivent en étages des herbes en tout genre. Une serre futuriste, en quelque sorte, appelée Farmbox et exploitée par un projet nommé Boîte végétale. La première ouvrira ses portes au public à Saint-Malo, début mai.

Fabien Persico, 26 ans, souhaite montrer que nature et technologie ne sont pas inconciliables ! © Géraud Bosman-Delzons

La Farmbox-test, posée dans l’agglomération de Rennes, abrite des herbes aromatiques peu courantes. Alignée sur plusieurs étages, une dizaine de variétés de plantes poussent les unes à côté des autres, dans un substrat inerte (ici de la laine de roche).

Leurs racines se développent et s’entremêlent dans une eau riche en minéraux. C’est ce qu’on appelle l’hydroponie, une technique de culture hors-sol pas révolutionnaire, puisque les Aztèques y avaient pensé avant nous. Mais ici, la technologie donne un coup de pouce à la nature : le soleil est remplacé par des LED, la température et la ventilation sont régulées par un ordinateur embarqué et piloté à distance, et l’irrigation fonctionne en circuit fermé. On a reconstitué un climat parfait pour les plantes, résume Fabien Persico, patron d’Urban Farm, start-up lancée en mai 2016 qui emploie quatre personnes.

Porté par un incubateur, le projet de celui qui avait créé son propre potager à 8 ans et s’amusait à optimiser la culture des plantes d’intérieur séduit. En 2017, Fabien Persico a présenté son pari d’agriculture urbaine en intérieur dans une conférence TedX. Il n’est pas le seul à s’intéresser à l’hydroponie en conteneur : à Paris, Agricool a investi le marché de la fraise en 2015 et promet de commercialiser prochainement ses premiers fruits.

La fine fleur de Urban Farm © Géraud Bosman-Delzons

Cultures de labo

Curieuse voire effrayante pour certains, l’hydroponie en conteneur croit en son créneau au milieu des alternatives à l’agriculture conventionnelle, tant elle multiplie les avantages. Une liste non-exhaustive :

1. Elle est très économe en eau. L’eau est recyclée à 90 %, explique l’entrepreneur. Une simple laitue grossit grâce l’équivalent d’un verre d’eau et est ultra-saine.

2. Son rendement est décuplé, jusqu’à 150 fois plus élevé que l’agriculture conventionnelle. Une salade met un mois à pousser contre trois en pleine terre. La plante rapprochée de la lumière, la photosynthèse s’accomplit plus vite. Les LED fournissent 300 à 400 % de la lumière du soleil.

3. Les cultures sont garanties sans phyto ni intrants. Pour éviter la propagation de maladies dans ce milieu fermé, on utilise un système de traitement d’air, comme les salles blanches des laboratoires pharmaceutiques, explique Marion Panouille, 24 ans, chargée de la communication à Urban Farm.

4. Les prix sont stables toute l’année, les cultures n’étant pas soumises aux aléas des saisons.

5. Les herbes arrivent fraîches dans l’assiette du gourmet, livrées une heure après la coupe.

6. Une agriculture urbaine proche des citadins et au bilan carbone potentiellement nul. Un restaurateur thaï  faisait venir ses produits du Maroc et de Thaïlande ; non seulement ils n’étaient pas bio, mais ils faisaient le tour du monde, poursuit la jeune femme. Notre objectif n’est pas de concurrencer les maraîchers, ni d’installer des conteneurs en champ. Par exemple, le persil pousse très bien en France. Nous souhaitons cultiver des plantes plus rares et ramener un peu d’agriculture en ville.

Toute sorte de légumes peuvent pousser dans une Boîte végétale.

Actuellement, la Boîte végétale cultive une trentaine de variétés de plantes peu ou pas connues : coriandre péruvienne, basilic thaï ou cannelle, feuilles de moutarde géantes ou feuilles d’huître. Ou encore cresson de para : On en produit à profusion car les gens en raffolent, les chefs aussi. Pourtant, cela semble quand même peu utilisable en cuisine. En Amérique du Sud, on l’utilise comme anesthésiant chez le dentiste !, s’amuse Marion Panouille. À Rennes, ces herbes sont vendues aux particuliers via la Ruche qui dit Oui !. Toute sorte de légumes peuvent pousser dans une Boîte végétale – Fabien a commencé par les salades et un magasin Leclerc en commercialise –, mais les plantes restent leur spécialité.

Le cresson de para © Géraud Bosman-Delzons

Gros temps sur la culture hors-sol

Trop radieux, ce tableau ? Le concept compte des détracteurs. Consommation d’électricité (Urban Farm se fournit toutefois en énergie verte chez Enercoop), utilisation de matériaux plastiques ou métalliques, faible biodiversité… Là aussi, la liste des inconvénients n’est pas exhaustive. Et puis, le conteneur, la lumière artificielle et le basilic en hiver, c’est super, mais côté respect de la saisonnalité, on a vu mieux. Et c’est précisément pour cette raison que la Ville de Rennes, à majorité PS-écologiste, ne souhaite pas, pour l’instant, l’installation d’un conteneur en ville.

Ce n’est pas une hostilité de principe car c’est un projet très intéressant, temporise Ugo Le Borgne, à la direction des jardins. Mais il est contradictoire avec les projets que nous menons activement autour de l’agriculture de plein champ et du respect de la saisonnalité. Projets qui s’inscrivent dans une démarche globale d’éducation populaire, notamment pour faire comprendre aux petits Rennais d’où vient ce qu’ils mangent dans leurs cantines.

Marion Panouille, 24 ans, possède un double diplôme d'ingénieure spécialisée en technologies de l'environnement et d'une école de commerce. © Géraud Bosman-Delzons

Même topo pour la cheffe rennaise Virginie Giboire qui a préféré renoncer à cette option pour son établissement Racines : C’est un beau projet.  Mais on se fournit auprès d’une cultivatrice près de Toulouse qui, elle, cultive en champs et est soumise aux aléas de la météo. On trouvait que ce n’était pas juste ni cohérent avec le message que notre restaurant souhaite faire passer.

Le carnet de commande 2018 est déjà rempli (cinq unités à 70 000 euros).

Face à cela, à la Boîte végétale, on déploie une batterie d’arguments. Les gens ne sont aujourd’hui pas prêts à s’arrêter de consommer certains produits, tel le basilic en hiver, martèle Marion Panouille. Nous pensons qu’il vaut mieux tout tester, innover tant que cela reste écologique, pour trouver des solutions à moyen terme. La dynamique VRP fait valoir un dernier point, et pas des moindres : la France d’outre-mer a elle aussi envie de manger… exotique. Les îles nous contactent, assure-t-elle. Comme Saint-Barthélémy, où la salade coûte très chère parce qu’elle pousse mal localement. Dans d’autres régions du globe au climat hostile, ce moyen de production peut s’avérer particulièrement intéressant.

Alors que le démarrage à Rennes est compliqué mais pas fermé, Urban Farm voit l’avenir en vert à Saint-Malo. Début mai, les habitants de la cité corsaire pourront venir s’approvisionner en herbes à la Farmbox, près de la gare où la Mairie lui a réservé un emplacement gratuit pendant un an. La ville de Tours est également sur le coup, mais aussi des sociétés privées à Nantes ou Lyon. Car Urban Farm ne se contente pas de monnayer ses cultures, elle construit des conteneurs pour les vendre. Le carnet de commande 2018 est déjà rempli (cinq unités à 70 000 euros). Si le projet aboutit, chaque Farmbox serait chaperonnée par un fermier urbain, autant d’emplois créés.

8 commentaires

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  1. l’idée faussement bonne, qui n’a rien d’écolo et qui n’est qu’une potetielle box à fric, ça me dégoute cette éthique libérale, qui compresse le temps jusqu’à son minimum, pour un max de blé

    enercoop = énergie verte ??!! j’aimerais bien connaitre le bilan sanitaire et environnemental de la construction d’un parc d’éoliennes ??? de l’extraction des terres rares jusqu’au recyclage des appareils ; idem pour les installations photovoltaïques fafriquées en chine dans des usines au charbon et qui prennent le bateau (pire pollueur) pour venir jusqu’à chez nous ??? sans parler des systèmes de stockages ( batteries au lithium & co, parlons-en aux amérindien) …

    des salades (immangeables) tout ça !
    feraient mieux de réfléchir à une véritable autonomous box … mais ça , ça rapporte pas de pognon 🙁

  2. Combien de litres d’eau pour usiner tout ce conteneur ?
    Sûrement plus qu’un verre d’eau pour produire une salade.

    Le bilan carbone doit être assez monstrueux..

    Ce n’est pas parce-que l’électricité est « verte » qu’il faut en consommer plus…

    Et si, éduquer les gens à ne pas manger de tomates et basilic en hiver c’est possible. Par contre en proposer en hiver comme vous le faites c’est aller à contre-courant de cette éducation à mener. C’est saboter le travail des maraîchers de pleins champs et s’aligner sur les grandes enseignes de la distribution..

    Bref, c’est dommage de voir apparaitre ce genre de projet à notre époque.

  3. Toute l’énergie utilisée sur terre vient du soleil, le pétrole n’est-il pas composé de végétaux dégradés, le bilan énergétique d’une ferme le prouve facilement.
    L’énergie solaire nous est indispensable alors pourquoi passer par des intermédiaires gourmands comme l’électricité pour faire pousser des plantes qui ne nous apporteront que peu de vitalité.
    La vie est plus subtile que nous le pensons!

  4. Évidemment que l’hydroponie fonctionne bien ! c’est même comme cela que les « planteurs illégaux » font pousser le cannabis depuis des années… Là, au moins, c’est légal ! Bravo ! (même si on est loin de « mère nature » in box)

  5. Donc 14 000€ l’unité…
    Proposez le aux TAAF (terres australes et antarctiques françaises) : les hivernants seraient heureux d’avoir du frais tout le temps et la Réserve Naturelle ne serait pas contre ce circuit fermé.

  6. Combien d’energie consommée par la ventilation, l’eclairage …etc ?
    Ce mode de culture peut il être qualifié bio ?

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