fbpx

Des fèves et des racines

Et si le chocolat ne croquait plus la forêt ?

Lorsqu’il est question de déforestation, c’est souvent le soja brésilien qui vient à l’esprit. La culture du cacao est tout aussi problématique. Heureusement, à chaque bout de la filière, producteurs et consommateurs font bouger les lignes.

Les surfaces de cacaoyer s’accroissent et menacent la forêt. © Istock

Un petit plaisir coupable, en voilà une jolie expression pour nommer un carré de chocolat avalé au café, au goûter ou avec la tisane du soir. Si l’expression peut porter à sourire, elle prend un tout autre sens quand elle est mise au regard de la déforestation liée à la culture du cacao sur les cinquante dernières années, notamment en Afrique de l’Ouest. Sept points pour cerner le sujet.

1- Le cacao que nous consommons est issu de la déforestation

Depuis 1970, les surfaces mondiales de cacaoyers sont passées de 4 millions à plus de 10 millions d’hectares. Pour moitié, ces plantations se sont faites sur des surfaces boisées. C’est la fameuse déforestation importée. Elle est générée par la culture du cacao, du soja, du palme à l’origine de l’huile du même nom, ou encore du café.

2- Le serpent se mord la queue : la déforestation impacte les cultures des producteurs

Le réchauffement climatique engendré par la déforestation impacte directement la culture des producteurs, qui se tirent eux-mêmes une balle dans le pied. Au Cameroun, les producteurs de cacao attendent la récolte de septembre pour payer la scolarité de leur enfant. Cette année, avec le réchauffement climatique, la récolte a été décalée d’un mois et les enfants ont raté le début de l’année scolaire, témoigne Simon Bassanaga, directeur d’une coopérative de cacao dans ce pays. *

 

* Il intervenait dans le cadre d’une conférence de presse organisée par le Cirad et l’AFD le lundi 28 février au Salon de l’agriculture, dont le thème était « Comment concilier cacaoculture, équité et zéro déforestation ? »
Comment éviter la déforestation qui pénalise les producteurs tout en leur assurant une production constante et un revenu décent ? © Istock

3- La réglementation évolue : le cacao issu de la déforestation pourrait être interdit en Europe

Heureusement, ça bouge ! L’Union européenne doit adopter avant l’été une réglementation sur le sujet. Elle devrait interdire l’importation de cacao qui aurait été produit sur une zone déforestée après le 1er janvier 2021. La France projette de mettre fin, d’ici 2030, à la déforestation causée par les importations françaises de produits forestiers ou agricoles non durables, indique le site du ministère de la transition écologique. Le pays a ainsi adopté en 2018 la Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée.

Suite à cette avancée réglementaire, les acteurs de la filière ont mis trois ans pour mettre sur pied l’initiative française pour un cacao durable. Ils s’engagent à ne plus se fournir sur les zones déforestées après le 1er janvier 2020, mais aussi à garantir le revenu des producteurs et à lutter contre le travail forcé et le travail des enfants. Cocorico donc ? Oui et non…

Le fruit frais du cacaotier où se nichent les fèves. © Istock

4- Les acheteurs internationaux devraient payer davantage les producteurs

Sur le sujet, la France arrive après la Suisse, l’Allemagne ou les Pays-Bas, rappelle Gilles Kleitz, directeur du département Transition écologique et gestion des ressources naturelles à l’Agence française pour le développement. Selon lui, chaque acteur de la filière a son rôle, mais celui des acheteurs internationaux, qui acquièrent le cacao en Afrique et le revendent aux transformateurs européens, est prépondérant. Ils ne sont que quelques acteurs sur le marché mondial et font donc la pluie et le beau temps sur les prix. Or ce sont eux qui payent les producteurs et qui ont le pouvoir direct d’augmenter les rémunérations. Pour cette raison, il faut absolument travailler avec eux, assure-t-il. Sans cette rémunération supplémentaire, les producteurs vont continuer à déforester pour avoir plus de surface et atteindre un revenu suffisant.

5- Planter plus dense pour éviter la déforestation

C’est toujours le problème des décisions prises à notre niveau et qui concernent des producteurs à l’autre bout de la planète. Les producteurs pourront-ils répondre aux nouvelles exigences de la Commission Européenne ? Au Cameroun, Simon Bassanaga, qui a aussi la casquette d’agronome, propose la piste de l’intensification pour éviter la déforestation tout en maintenant un revenu décent aux producteurs. Il faut densifier et augmenter les rendements dans les vieux champs de cacaoyers en plantant d’autres arbres, prône-t-il. Sa coopérative espère doubler sa production sur sa surface actuelle avec cette stratégie. Une autre voie de développement consisterait à implanter des cacaoyers sur les surfaces de savane plutôt que sur les zones forestières. Avec modération bien sûr, la savane elle-même étant un milieu naturel.

Séchage des fèves de cacao. © Istock

6- Il faut s’assurer de la provenance des fèves pour mieux rémunérer les paysans

Au-delà de la technique, produire du cacao zéro-déforestation passera inévitablement par une meilleure rémunération des paysans. Mais encore faut-il pouvoir prouver la provenance de la matière première aux acheteurs. Le cacaoyer est cultivé par une multitude de petits producteurs. Il est très compliqué de savoir d’où viennent réellement les fèves de cacao qu’ils livrent à la coopérative. C’est le gros travail qui est actuellement effectué en Afrique de l’Ouest. La coopérative Ecakoog en Côte d’Ivoire, qui regroupe 4800 producteurs en est un bon exemple. Depuis 2020, nous avons géolocalisé tous nos champs avec notre nouvel outil. Nous savons tout ce qui est arrivé au cacao depuis sa plantation, affirme Ousmane Traore, président de la coopérative.

Au Cameroun, la coopérative Socoopec-N a entamé la même démarche. Pour s’assurer de la provenance des fèves, ce sont les salariés de la structure qui gèrent la récolte et l’écabossage des fèves. Cette traçabilité permet à la structure de travailler en exclusivité avec le club des chocolatiers engagés et de bénéficier d’un prix de 2,5 €/kg de cacao contre 1,5 €/kg sur le marché classique. Actuellement, nous sommes 7 coopératives à avoir franchi le pas et à intégrer les étapes de récolte afin de bénéficier de ce prix, mais le gouvernement travaille sur un projet qui permettra d’établir une traçabilité pour chaque producteur du pays, s’enthousiasme Simon Bassanaga.

Les fèves avant leur séchage total. © Istock

7- Les consommateurs sont demandeurs d’un chocolat respectueux

Cette déforestation est difficile à imaginer car loin de nous. Et pourtant les consommateurs sont de plus en plus demandeurs d’un chocolat qui respecte l’environnement. Il y a une volonté très forte des consommateurs européens sur le sujet. Sur la tablette de chocolat, ça s’améliore, mais sur tous les autres produits à base de cacao, exigeons un approvisionnement propre, incite enfin Gilles Kleitz.

2 commentaires

Close

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

  1. Vous mentionnez « club des chocolatiers européens  » mais il s’agit en fait du Club des Chocolatiers Engagés, association française loi 1901, fondée en 2020 à l’initiative de chocolatiers artisans eux-mêmes passionnés et très engagés.
    Site : http://www.chocolatiers-engages.com

Recevoir le magazine

1 newsletter par quinzaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle

Oui ?

Recevoir le magazine

1 newsletter par quinzaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle