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Par-delà les montagnes et les clichés

Romignons, les champignons du voyage

C’est l’histoire du bidonville de La Courneuve fermé l’an passé, d’un village des Carpates occidentales oublié, d’un peuple souvent rejeté. C’est l’histoire de champignons roumains qui créent du lien et de l’humanité.

La clairière aux champignons.

Titel est posté là, au milieu de la clairière. Dans la vallée du Crisului, pas un bruit, la nature s’éveille à peine. La brume accrochée aux sommets enveloppe le paysage de conifères. Il fait frais, le sol est humide. « La récolte devrait encore être bonne aujourd’hui », se dit-il alors que les premiers cueilleurs arrivent leurs paniers remplis de champignons. Le butin du jour est à la hauteur de ses espérances : près de 5 kilos de cèpes par glaneur, soit au total 600 kilos prêts à partir pour les gourmands de Paname.

D’autres champignons, plus rares, pourraient être prochainement ramassés comme les morilles, les amanites des Césars ou les trompettes de la mort.

« Nous avons créé la Compagnie française des Carpates occidentales, détenue à 60 % par les Roms pour importer ces champignons sauvages roumains en France, explique Grégoire Cousin, chercheur à la Maison des sciences de l’homme de Paris et partie prenante de l’aventure. Avec cette entreprise, nous souhaitons non seulement mieux rémunérer les cueilleurs selon les règles du commerce équitable mais en plus donner une autre image de cette communauté trop souvent rejetée. »

Le micro-village de Balnaca.

Ferraille et champignons

Les liens entre le microvillage de Balnaca et la grande ville de Paris ne sont pas nés de la dernière cueillette. Au début des années 2000, Ion, Florin, Jean Claudiu et beaucoup d’autres Roms quittent leur communauté montagnarde pour s’installer à La Courneuve au Samaritain, dans le plus vieux bidonville francilien fermé l’an passé. Dans le 9-3, ils vivent alors de ferraille et de petits boulots.

Le village de Balnaca, c’est un de ces villages très pauvres que l'on trouve dans les montagnes de Roumanie.

« Nous avons toujours gardé des liens très forts avec notre village, nous rentrions tous les étés pour les champignons, explique Florin, Rom lui aussi et à la tête de cette initiative. Cette activité de glanage permettait à la famille restée au pays de tirer des revenus. Bien que modestes, ils étaient indispensables à leur survie. Chez nous, le village se trouve dans une zone rurale déshéritée et abandonnée des politiques de développement depuis la chute du mur. »

Avec la Compagnie française des Carpates occidentales, Florin entend bien faire passer les habitants de son village de la survie à la vie tout court. Comment ? En rémunérant les cueilleurs un euro de plus le kilo que les grossistes. Soit au total un revenu de 100 euros supplémentaires par mois dans un pays où le salaire médian plafonne à peine à 300. « On ne peut pas décider de ce qui est mieux pour eux, explique Grégoire, mais avec ce projet, on leur donne accès à plus de liberté. »

Séance de nettoyage de champignons par Livia et Titi.

Retour à la maison

Titel, pasteur du Samaritain (Florin était à l’époque interprète) est aujourd’hui le responsable des quelque 200 glaneurs dont beaucoup sont de sa famille. Adieu l’A86 qui bordait la chambre de son bidonville, son environnement est désormais fait de montagnes et d’air pur. Responsable de la production, il a récemment orchestré la construction d’une chambre froide dans le village pour conserver les champignons. Il organise également de façon démocratique cette nouvelle façon de commercer, plus juste et plus durable.

La récolte.

Le 15 septembre 2016, lorsque le premier camion quitte les Carpates pour rejoindre en 22 heures les étals de Rungis, la fine équipe de la Compagnie a du mal à cacher son trac. Pourtant, à l’arrivée, les champignons font fureur. On se les arrache en quelques heures au-dessus du prix imaginé par la Compagnie. Le coup d’envoi est donné. Aussi, depuis et jusqu’aux premières neiges, les champignons gitans feront le trajet chaque semaine. Leurs pieds et leurs chapeaux porteront un goût supplémentaire. Celui de la solidarité.

 

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Vous êtes restaurateur parisien et souhaitez soutenir cette belle filière équitable, contactez alexandre@alchimistes.co

3 commentaires

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  1. Si tous nos  » chers politiciens », l’Europe, les Nations unies faisaient leur travail en aidant au développement les pays pauvres et non pas à l’enrichissement de leurs dirigeants, il n’y aurait certainement plus de problèmes migratoires comme nous les connaissons actuellement.
    C’est terrible de quitter son pays.
    Je suis la fille et la petite-fille d’immigrés espagnols.

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