Ânes à la plage

Baudet zéro déchet

Alors que les vacanciers prennent le large, quelque 300 millions de tonnes de déchets flottent en mer et s’échouent sur nos plages. Sur l’île d’Oléron, grâce à Diabolo, Déboule Pigache et autres ânes, le sable retrouve son éclat. Nous sommes allés, dès potron-minet, prêter main forte à ces forces très spéciales.

Tête de mule

Il est 8 h. Nous arpentons la Ferme aux ânes à la rencontre de Nicolas Séguier, l’expatrié d’origine normande. L’homme aux cheveux longs est déjà au turbin. Pas étonnant, étant donné le nombre d’activités que propose le passionné : balade à dos d’âne, attelage, stage d’éducation, handi’ânes (public en situation de handicap), pension, vente d’ânes éduqués…

Ancien responsable du développement pédagogique et touristique du Pôle nature de l’asinerie du Baudet du Poitou et diplômé d’un BTS agricole de gestion et protection de la nature, Nicolas rêvait de posséder sa propre structure d’élevage et d’animation autour de l’âne en général et du baudet du Poitou en particulier. Voilà qui est fait  !

Le Baudet du Poitou , détrôné par les machines agricoles, a bien failli disparaître. On dénombrait 40 spécimens en 1977, date à laquelle le plan de sauvegarde a été lancé.

Aujourd’hui à la tête d’un cheptel de 45 têtes (dont 15 baudets du Poitou), l’éleveur continue de faire l’apologie de l’animal qu’il dit aussi grégaire que courageux.

Seulement si les balades à dos d’âne remportent instantanément un vif succès, Nicolas compte bien redonner au bourricot une place de choix au sein de la collectivité. Lui vient alors l’idée géniale d’en faire un moyen de collecte des déchets, plus écologique.

Soutenu par Caroline Charpentier, chargée de mission développement de la traction animale au Conseil général, la communauté de communes de l’île réalise, en 2012, la toute première expérimentation, laquelle se révèle aussi concluante que rentable. Le procédé est mis en place l’année suivante, dans le cadre des opérations de nettoyage du littoral, de mai à octobre, sur toutes les plages de l’Île d’Oléron, en complément du ramassage effectué en quad toute l’année.

Après les avoir brossés et curés, Nicolas et Émilie chargent Diabolo et Déboule, leurs protégés oléronnais et calvadosien, dignes représentants de la plus petite et de la plus grande race asine.

Il ne nous reste plus qu’à suivre notre brigade à la trace, sur les chemins communaux. Arrivé à bon port, sur le parking de la plage, le couple harnache ses animaux. Enfin, équipés de sacoches big bag et accompagnés de leurs éducateurs, Diabolo et Déboule s’aventurent sur le chemin côtier.

Craintifs, les ânes ont la particularité d’analyser les risques en toute situation. Bien sûr, nous les éduquons à marcher sur le caillebotis, le sable et à évoluer à proximité de l’eau. Contrairement aux 4×4, contraints à s’arrêter fréquemment, les ânes permettent d’accéder à des zones rocheuses et dunaires. Leurs sabots, à l’inverse des engins mécanisés, limitent considérablement le tassement du sol et n’ont aucun impact sur le biotope.

On accoutume, dès l'âge de 3 ans, les ânes d'Oléron au ressac des vagues.

Faire plage nette

L’heure n’est plus aux papotages ! Sitôt arrivés sur les lieux, Nicolas et sa compagne, Émilie, scrutent le sable à la recherche de déchets volontaires et involontaires. Nicolas ne tarde pas à mettre la pince sur un premier emballage. Bientôt quelques bénévoles nous rejoignent, gantés, le sourire aux lèvres. Leur venue spontanée est le fruit d’un appel sur les réseaux sociaux qui fonctionne plutôt bien.

Les ânes ne cassent pas la croûte avant le départ, toutefois d'aucun s'offrent régulièrement un encas aux algues (riche en iodes et oligo-éléments) lors de la sortie.

Nous accompagnons Nicolas, en long, en large, jamais en travers. On essaie de passer partout, à commencer par le linéaire qui borde la dune. Marcher dans le sable sec demande plus d’efforts, ce pourquoi nous achevons la collecte par le linéaire de sable humide.

Loin d’être passéiste, le recours aux ânes pour collecter les déchets sur les plages est extrêmement innovant ! Outre la réduction des émissions de CO2, force est de constater que le dispositif a un véritable intérêt pédagogique auprès des usagers.

Nous cherchons scrupuleusement de l’œil les détritus plus ou moins enfouis dans le sable, animés d’une envie de laisser une plage nec plus ultra ! Émilie de m’expliquer l’importance de ramasser les microdéchets sans abîmer la laisse de mer (constituée de débris naturels : algues, herbes marines, bois flotté, petits crustacés…), qui sert de refuge au biotope et freine l’érosion des dunes. Mieux vaut renoncer à un morceau de filet entremêlé dans des algues de la laisse plutôt que de fragiliser son écosystème.

Très vite, nous nous interrogeons. Cet objet blanc non identifié, serait-ce un sac en plastique désagrégé ? Non… il s’agit d’algues blanches ! Et cette petite chose noire qui ressemble à un morceau de caoutchouc… c’est une capsule d’œuf de raie !

Par ailleurs, l’association Iodde demande aux collecteurs de remonter les informations de comptage afin d’estimer leur population.

En 2015, 6230 litres de déchets ont pu être collectés par les ânes d'Oléron à raison de 30 séances de 3 heures.

12 h. Le soleil est au zénith. Les dos des bénévoles n’ont eu de cesse de se courber… Diabolo et Déboule sont trempés de sueur. Notre opération de ramassage se solde par le remplissage de 3 gros sacs-poubelle !

Voilà maintenant 5 ans que la Communauté de communes de l’île d’Oléron a initié le ramassage des déchets en portage et traction asines. L’île d’Oléron peut également s’enorgueillir d’avoir remporté un récent appel à projet national, en qualité de territoire à énergie positive pour la croissance verte. Cette subvention aura permis de multiplier par deux le nombre d’interventions des ânes d’Oléron pour les années 2016 et 2017, soit 60 séances de 3 heures par an. Mais on est bien d’accord, l’idée serait plutôt de réduire leurs interventions. À vos gourdes, mouchoirs en tissu et autres cendriers de poche !

6 commentaires

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  1. Quelle belle et courageuse initiative. Francilienne, je vis en Touraine pour ma retraite et ai passé mes vacances dans le Var puis en Vendée…alors je vois bien nos plages salies souvent par des visiteurs insouciants… Bravo de la part d’une Abeille de La Ruche qui dit Oui, Ane Hic (Annick;-).

  2. J’ai lu avec attention votre bulletin que je connaissais pas auparavant ni votre action. C’est très bien expliqué.
    C’est une bonne action et si çà pouvait sensibiliser tous ses sales qui hantent vos plages l’été, j’ai encore vu çà en septembre 2016 !!!!
    Bon courage pour continuer votre action
    Amicalement.
    Joëlle.

  3. Très belle initiative surtout au regard d’un si beau paysage où je suis naît et où j’ai vécu 18 ans.
    Bon courage et belle continuation.

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