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Naturaliste local

Partez en pleine nature à 200 mètres de chez vous

Près de Nantes, un photographe animalier consacre une grande partie de son travail à la biodiversité locale, dite ordinaire. Il en tire de magnifiques clichés et des conseils inspirants pour se reconnecter au vivant tout proche de soi.

Le papillon azuré se plaît dans des lieux fréquentés par l'homme : champs, clairières, parcs urbains. © Erwan Balança

Des ours blancs en chasse, un colibri en plein vol ou des milliers de gnous qui migrent à travers la savane. Voilà le genre de clichés que l’on attend le plus souvent d’un photographe animalier. Le photographe naturaliste Erwan Balança a pris un tout autre chemin dans son dernier livre : La nature à 200 mètres de chez moi (paru fin 2021 aux éditions Ulmer). Dans cet ouvrage, on côtoie plutôt des rouges-gorges familiers, des papillons azurés communs et des hérissons. Autant d’êtres vivants que l’on peut tous, même les plus urbains, croiser autour de chez nous. À condition – et ce livre nous y invite avec talent – de les regarder autrement et avec plus d’attention.

Le rouge-gorge est très bonhomme, il semble presque sorti d'une bande-dessinnée. Il a un effet positif, il donne le sourire, ça fait du bien de le regarder.
Le rouge-gorge réserve plein de surprises à ceux qui prennent le temps de l'observer. © Erwan Balança

Aux yeux de son auteur, ce livre est un geste militant : Beaucoup de gens ont tendance à partir loin de chez eux pour observer la nature. Je le comprends, j’ai eu la chance grâce à mon travail d’aller dans des endroits magnifiques et lointains. Mais je retrouve les mêmes sensations quand j’observe les animaux autour de chez moi : qu’est-ce c’est beau, qu’est-ce que c’est émouvant, qu’est-ce que je suis content d’être ici ! C’est aussi pour lui un moyen de se reconnecter avec une enfance en bonne partie consacrée à des sorties et observations en pleine nature : J’ai grandi dans un petit village au bord de la mer dans le Morbihan. Autour de chez moi il y avait la lande, la mer, les marais, j’avais toujours envie d’aller regarder ce qu’il s’y passait. Ça me faisait rêver et je n’ai jamais perdu ce lien-là, même quand j’ai vécu plus tard en pleine ville.

Encore une prouesse du rouge-gorge. © Erwan Balança

À le lire et à regarder ses photos, on tombe rapidement d’accord avec Erwan Balança : c’est vrai que la biodiversité dite commune ou ordinaire est à la fois très belle et fascinante. Prenez le rouge-gorge, l’une des stars de son livre. Saviez-vous que cet oiseau aime beaucoup prendre des bains avec minutie, surtout quand les premiers rayons du soleil apparaissent ? Et avez-vous déjà vu l’un d’eux capturer de petits insectes aquatiques à la surface de l’eau ? Le rouge-gorge est très bonhomme, il semble presque sorti d’une bande-dessinée. Il a un effet positif, il donne le sourire, ça fait du bien de le regarder, décrit Erwan Balança, qui raconte voir souvent des rouge-gorges dans des postures improbables ou s’attaquer à des vers de terre bien plus gros qu’eux.

Trop souvent considéré comme un nuisible, le campagnol est un bonheur pour l'observateur attentif. © Erwan Balança

Autre star du livre : le campagnol. Cet animal encore trop souvent considéré comme nuisible – à cause de son goût pour les tubercules et les racines des arbres cultivés par l’homme – est pourtant un bonheur à observer notamment grâce à sa vélocité et son agilité. Au fil des pages, on en apprend encore de belles sur les blaireaux, les chevreuils et bien sûr sur les renards – encore des animaux considérés comme des nuisibles et qui méritent donc à double titre notre intérêt. Les plus experts pourront également découvrir dans le très fourni « cahier technique » de ce livre à monter un affût, à s’initier à la photo d’oiseaux ou même à installer des pièges photos.

Avant cela, on peut déjà se familiariser aux techniques de base de l’observation de la nature commune. Erwan Balança nous a donc donné les cinq conseils suivants :

1- Osez

« Mon premier conseil c’est : il faut y aller ! Il faut commencer par passer du temps dehors, mettre ses bottes toutes les semaines, s’équiper avec des vêtements sombres et peu bruyants, avec des jumelles aussi, si vous voulez. On prend le temps de découvrir les sites intéressants autour de chez soi, on repère les chemins de passage des différentes espèces, on y retourne et on y retourne encore. Vous verrez que souvent l’endroit n’est pas hospitalier à nos yeux à nous au premier regard : pour les animaux, les endroits les plus tranquilles où ils ne sont pas embêtés, ce sont notamment les talus le long des axes routiers, les tunnels, les abords de décharge… Je me balade souvent dans ces coins-là pour observer. »

2- Prendre le temps… au bon moment

« Idéalement le meilleur moment pour observer les animaux, surtout les mammifères, c’est quand il y a le moins d’êtres humains autour. C’est donc plutôt en semaine, c’est aussi plutôt très tôt le matin et tard le soir. Et c’est plutôt seul qu’à plusieurs ou alors en faisant attention à s’abstenir de discuter. »

3- Commencer modeste

« Il faut s’ouvrir l’esprit pour être prêt à faire des rencontres et des observations simples. Il ne faut pas chercher le Graal ou l’exceptionnel tout de suite. Si dès votre première sortie, vous vous attendez à voir un renard, vous allez être déçu. On peut commencer simplement, en passant quinze ou trente minutes sans bouger et en se laissant surprendre par ce qu’il se passe. »

4- Avoir la bonne attitude

« Pour observer les mammifères, il faut éviter des erreurs classiques comme fumer, comme marcher sur des morceaux de bois qui craquent, comme traverser en plein milieu d’un espace à découvert au lieu d’essayer de longer. Ensuite il faut essayer d’être le moins humain possible. Cela veut dire avancer sans faire de bruit, toujours face au vent pour ne pas répandre son odeur, se courber pour être moins visible et pour ne pas avoir l’air bipède. Il faut s’arrêter régulièrement, éviter les mouvements brusques et bien sûr il faut s’immobiliser dès quand on entend un bruit ou quand on est repéré. Parfois, l’animal va se rapprocher lui-même. »

5- Agir au quotidien

« Chaque individu a un impact sur la nature à sa porte, sur les merveilles qui vivent à 200 mètres de chez lui. Prenez les jardins : si on veut une pelouse, on va avoir un impact très négatif à notre niveau sur notre environnement. Ça ne sert pas à grand chose d’installer des nichoirs dans son jardin si en même tant on tond, on débroussaille, on enlève ce qu’on appelle les mauvaises herbes. L’idéal peut être de rien faire, pour laisser faire le vivant. »

Pour approfondir

Références

Erwan Balança, photographe animalier, nous fait découvrir la richesse insoupçonnée de la nature qui nous entoure en portant son objectif dans un rayon de 200 mètres autour de sa maison ; une maison certes proche d’un petit bois et de prés, mais située dans une commune relativement urbanisée de Loire-Atlantique, tout ce qu’il y a de plus classique.

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