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La vie comme dessein

Aux éditions MeMo, des livres sur l’écologie pour les petits

Bouh la mauvaise herbe, l’insecte nuisible ou le loup méchant ? Le trait de crayon des livres jeunesse dessine aux bambins les contours du monde. Ceux des éditions Memo leur proposent une alternative, où le vivant, les émotions, la beauté cohabitent enfin.

« Maintenant que tu sais », une nouvelle « histoire naturelle » d’Anne Crausaz, sur l’importance de préserver l’écosystème.

Les livres jeunesse disent beaucoup d’une époque. Etudier les histoires racontées aux enfants peut aider à comprendre la façon dont les adultes voient le monde. C’est ainsi qu’en retrouvant certains livres jeunesse des années 1960 et 1970, on est parfois frappé de leur manque de considération pour les êtres vivants non humains. Dans certains ouvrages, des insectes n’ont même pas de nom ni de forme identifiable et semblent nuisibles. Ce sont des bêtes, c’est tout. Dans Martine embellit son jardin (1973), les mauvaises herbes sont, elles, jugées envahissantes, elles étouffent la bonne graine et doivent donc être arrachées puis brûlées.

Des livres jeunesse contemporains rendent davantage justice aux merveilles du vivant. Une maison d’édition indépendante fait figure de modèle : les éditions MeMo. Créées en 1993 à Nantes par Christine Morault (le Mo) et Yves Mestrallet (le Me), elles proposent — entre autres — des livres jeunesse qui initient et invitent à découvrir le monde qui nous entourent et ses habitants.

Dans deux grands livres à trous, « Quel est ce fruit ? » et « Quel est ce légume ? », Anne Crausaz fait découvrir aux plus jeunes de nombreux fruits et légumes.

Dans J’ai grandi ici (Anne Crausaz, 2008), l’autrice Anne Crausaz fait d’un pépin de pomme le personnage principal de son histoire. Avec une grande sensibilité, elle raconte les aventures et le voyage à travers les saisons de cette graine qui deviendra un arbre. À travers ce récit, elle parvient au passage à évoquer des notions aussi complexes que la croissance des plantes et le cycle reproductif des arbres à fruits. Dans deux grands livres à trous, Quel est ce fruit ? et Quel est ce légume ? (2019, Anne Crausaz), la même autrice présente cette fois des fruits et légumes ordinaires en trois temps : d’abord en gros plan, puis au cœur de leur chair puis enfin vues en entier. De quoi aider à voir le monde à hauteur d’insectes mais surtout à prêter attention aux formes, aux couleurs, aux textures et bien sûr aux saveurs des aliments du quotidien.

Je constate que beaucoup d'enfants disent détester voire écraser les araignées. Je crois que ça vient d'une grande méconnaissance.

Yara Nascimento, éditrice aux éditions MeMo, explique : Nous éditons des livres sur les émotions, sur le rapport à la beauté et au vivant. Ces sujets ressemblent à nos convictions et à nos valeurs dans la vie privée. Anne Crausaz est très proche de la nature, elle veut la faire découvrir et la faire vivre. Elle arrive à le faire avec beaucoup de poésie. Et les enfants adorent. Les fruits, les légumes, les oiseaux autour d’eux, ça passionne de toute façon les enfants, en fait c’est en devenant adultes que des personnes s’en désintéressent.

L’enfant peut approvisionner les boutiques, vendre ou acheter les denrées avec des vignettes dans « Faites votre marché  », un livre-jeux illustré par Nathalie Parain.

À ces qualités éditoriales s’ajoutent la beauté du graphisme et la qualité du papier et des couvertures proposées. De quoi faire des livres des éditions MeMo les chouchous des professionnels de la jeunesse, assure Yara Nascimento : Nos livres ne sont pas forcément des best-seller aux yeux du public, mais nous sommes très présents dans les structures de l’enfance et de la petite enfance, en bibliothèque, très soutenus aussi par les réseaux enseignants. On est très contents !

« L’agriculture sauvage est douce et facile », écrivait en 1975 Masanobu Fukuoka. Laurence Lagier et Ariane Breton-Hourcq illustrent ses travaux avec  « Tête-bêche  ».

La plupart des livres publiés inspireront aussi bien les enfants que les adultes. C’est notamment le cas du percutant Abeille et épeire (Emilie Vast, 2017). À travers un dialogue entre une abeille et une araignée, on y (re)découvre que les araignées ne sont pas dangereuses (contrairement à une croyance tenace, la majorité ne mordent ni ne piquent jamais), et pas plus néfastes que les abeilles. Ces deux êtres vivants sont au contraire tout aussi travailleurs l’un que l’autre.

Emilie Vast a le talent de nous aider à déconstruire le rapport de l’homme avec la nature, observe Yara Nascimento. L’autrice détaille : Quand je fais des interventions avec des enfants, je constate que beaucoup disent détester voire écraser les araignées. Je crois que ça vient d’une grande méconnaissance. En tant qu’adultes, on peut apprendre aux enfants à ne pas avoir le réflexe de tuer ce qui fait peur. J’ai fait le même travail avec le loup, (Moi, j’ai peur du loup, 2018), où j’ai essayé de déconstruire l’image de cet animal qui est donnée dans les contes.

Pourquoi cet étrange animal qu’on appelle « être humain » s’obstine-t-il à ne rien comprendre ? La fable animalière « Abeille et Épeire » d'Émilie Vast donne à tous l’occasion de mieux connaître les insectes.

Sur ces sujets-là, ils aiment assez qu’on contredise leurs idées, leurs questions fusent, ils ne s’arrêtent plus, poursuit l’autrice au sujet des enfants, de tout âge précise-t-elle. Quand on parle de livres jeunesse, beaucoup de gens commencent par demander « c’est pour quel âge ? ». Mais ça dépend ! Certains livres pensés pour les bébés peuvent plaire à des enfants de dix ans, et on peut intéresser à tout âge à des thèmes plus complexes.

Preuve en est avec un sujet pas adapté aux plus jeunes, de prime abord : L’Herbier des plantes sauvages des villes (Emilie Vast, 2011), consacré aux plantes spontanées, nos voisines plus ou moins connues. La botanique devient accessible et donnent envie de prêter attention au lierre, aux pissenlits et aux trèfles autour de nous. Prenez le temps, car votre prochain trajet à pied avec vos enfants sera probablement entrecoupé d’arrêts, indispensables pour contempler une vergerette du Canada ou une pariétaire de Judée.

Entre album documentaire et livre d’art, « Plantes Vagabondes » d'Émilie Vast met en scène des végétaux stylisés, particulièrement fidèles à la réalité.

3 commentaires

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  1. Excellent !! En combinaison avec les ateliers philo pour enfants , des graines emplies d’ humanité sont semées … en total respect avec les autres espèces vivantes . Vraiment bravo et merci pour ce partage qui illumine 🙂

  2. « beaucoup disent détester voir écraser les araignées » : je pense que la phrase retrouverait son sens ainsi « voire écraser les araignées ». Sinon cela signifie que les enfants n’aiment pas voir une araignée se faire écraser…
    Désolée de ce détail, mais la phrase m’avait troublée.

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