Insertion y croûton

Pain pas perdu pour tout le monde

Dans le quartier de la Moinerie à Brétigny-sur-Orge, Nathalie Le Moine a imaginé l’entreprise d’insertion Moino 91 qui récupère les invendus de pain pour les transformer et les vendre aux éleveurs de la région.

Lutte contre le gaspillage alimentaire, insertion de personnes éloignées de l’emploi, circuits courts, l’entreprise Moino 91, créée en 2014, cumule les bons points. « J’ai longtemps travaillé dans les assurances, confie Nathalie. Un jour à la télé, je suis tombée sur un reportage sur Bara’Mel, une structure d’insertion par l’activité économique qui, dans la région nantaise, collectait le pain invendu par les boulangers et le transformait en mouture pour les animaux. J’ai trouvé ça génial et je me suis jurée qu’un jour je ferai pareil. » Ce jour, c’est en 2012, lorsque la dynamique quadragénaire décide de changer de métier et monte son entreprise sociale et solidaire qui compte aujourd’hui 14 salariés en insertion et 5 encadrants.

Moino récupère 15 à 20 tonnes de pain par mois.

Gagner son pain et se réinsérer

Dans le hangar de 1 300 m2 de la zone pavillonnaire de Brétigny, les sacs de pain s’étendent à perte de vue, les baguettes sont rangées dans des caddies, les brioches dans des caisses. L’équipe s’attache à trier tout cet arrivage par catégorie. Le bio avec le bio, les pains spéciaux d’un côté, les plus humides à part…  Chez Moino 91, l’agent de tri joue un rôle essentiel pour que la chaîne de réemploi alimentaire fonctionne. D’ailleurs ici, on l’appelle le « valoriste », pour bien insister sur le rôle clé de son travail. « L’atelier assure l’insertion de personnes en difficulté (bénéficiaires du RSA, chômeurs de longue durée, jeunes sans qualification, travailleurs en situation de handicap, femmes isolées…), explique Flora Ganteil, coordinatrice de l’atelier. L’idée est de leur redonner confiance en les aidant à s’intégrer dans le monde de l’entreprise. »

L'entreprise sociale et solidaire qui compte aujourd’hui 14 salariés en insertion et 5 encadrants.

28 % des Français jettent du pain au moins 1 fois par mois (sondage TNS-Sofres, 2012).

Chez Moino 91, tout est bien rôdé. Les différents employés sont chargés de collecter, couper, sécher, broyer, et enfin, de mettre en sac la mouture avant de l’expédier chez les éleveurs. Le personnel tourne, chacun touche un peu à tout pour ne pas se lasser, passe de la trancheuse à la broyeuse ou au déshumidificateur. Aujourd’hui, la machine à broyer, sorte de moulin moderne, ne fonctionne pas, le temps est trop humide.

Le pain est transformé en aliment pour animaux.

« On récupère 15 à 20 tonnes de pain par mois, explique Nathalie. 85 % est collecté auprès de la grande distribution dans un rayon de 35 kilomètres maximum. » Le reste provient d’écoles, de boulangeries, au total 40 points de collecte. Si l’équipe assure la ramasse d’une partie du pain, une entreprise d’insertion du Plessis se charge du plus gros et effectue 3 jours de collecte par semaine. Auchan Brétigny fait partie des grandes surfaces partenaires de la première heure.

Dans les supermarchés, les Restos du cœur récupèrent d’abord tout ce qui est consommable, nous on vient après. 

« Nous leur donnons le pain qui ne peut pas être offert aux associations, témoigne Jérôme Baluteau, adjoint responsable logistique du magasin. Soit 2 tonnes par mois. Dedans, il y a du pain bio, ce qui a permis à Moino 91 de développer une filière biologique. Pour nous, ce partenariat est intéressant fiscalement puisque l’on peut déduire 60 % du prix de revient du produit donné mais aussi, et surtout, écologiquement et socialement. Prochainement, nous allons intégrer du personnel de Moino dans nos équipes. »

Au final, un aliment deux fois moins cher pour les éleveurs.

Bien plus que des miettes

Pascal Common, lui, intervient à l’autre bout de la chaîne. Eleveur à Moigny-sur-École, en plein cœur du Parc naturel régional du Gâtinais français, il élève une trentaine de vaches laitières et vend à la ferme des produits laitiers. « Je me fournis en mouture de pain chez Moino 91 depuis plus de 6 mois. Pour moi, c’est très intéressant, j’achète de l’aliment deux fois moins cher que dans les circuits traditionnels et, en plus, je permets à des personnes de remettre un pied à l’étrier. » L’éleveur ne s’est pas lancé dans cette aventure au hasard. Il est venu à Brétigny avec un conseiller de la maison de l’élevage pour évaluer si la mouture pouvait être intéressante pour ses bêtes. Ce qu’elle est.

« Nous faisons des analyses de tout, rappelle la directrice de Moino 91, pour assurer une traçabilité jusqu’au bout. » En octobre 2015, des tests très poussés ont été confiés au laboratoire Eurofins pour évaluer la qualité de la mouture, s’assurer de l’absence d’OGM et quantifier ses aspects nutritifs. « Aujourd’hui, je donne l’équivalent de 16 baguettes par jour et par vache et elles s’en portent très bien, confie l’éleveur. J’ai même gagné un peu en production de lait et je n’ai plus à ajouter de sel dans les rations. Au final, tout le monde est content. »

En décembre 2014, Nathalie Lemoine a reçu le Prix de l’économie sociale et solidaire du Concours régional de l’entrepreneuriat féminin en Ile-de-France.

Après s’être concentrée sur la partie technique et insertion, Nathalie s’attaque en 2016 à la partie commercialisation, non pas pour trouver d’autres fournisseurs de pain, « ça, malheureusement, c’est très facile », mais pour inciter de nouveaux éleveurs à alimenter leurs vaches, leurs moutons, leurs chèvres ou leurs cochons avec cette mouture antigaspillage. En somme, pour que son excellente idée se multiplie comme des petits pains.

 

Article publié précédemment dans l’Echo du Parc, le magazine du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse.

4 commentaires

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  1. Bonjour,

    Voici quelques élements de réponse à vos commentaires.
    Les entreprises qui nous confient leurs invendus (en dernier recours, puisque l’on intervient une fois que les associations type Resto du Coeur se sont servies) cherchent des solutions de sorties pour leurs biodéchets. Nous sommes une association d’insertion, notre vocation est d’embaucher et d’accompagner des personnes en parcours d’insertion socio-professionnelle.

    La règle numéro 1, c’est ne pas créer de déchets, c’est certain.
    Toutefois, beaucoup de magasins/boulangers/restaurants ne peuvent se permettre de ne pas avoir assez de pain à proposer. De ce fait, les quantités de pain produit sont très souvent supérieures à celles du pain consommé.
    A notre échelle, nous n’avons pas la capacité ni la vocation de bousculer le modèle économique actuel et stopper complètement ce gâchis mais nous sommes là pour sensibiliser et intervenir en solution de sortie quand le déchet est malheureusement créé.

    Nous fonctionnons dans un système d’économie circulaire pour réinjecter la matière dans le circuit et non la détruire.
    Au final, il serait intéressant de comparer les consommations d’énergies et l’impact carbone du traitements d’une tonne de pain traitée en déchets vs 1 tonne de pain que nous traitons. Sur notre territoire, tous ces chiffres ne sont pas accessibles.
    Notre process est relativement simple et mobilise très peu d’eau (uniquement pour le nettoyage des machines). On est très très loin des milliers de litre d’eau consommé dans de nombreux process industriels !
    La production de mouture de pain obéit à des conditions d’hygiène très strictes et fait l’objet de contrôles saniaires réguliers. Nous analysons notre produit pour quantifier et qualifier ses constituants nutritifs, mais également les traces éventuelles d’organismes microbiologiques, de mycotoxines et même d’OGM. Cette dernière notamment n’est pas obligatoire mais nous réalisons tout ce package d’analyses pour la qualité de notre mouture.
    Nous gardons une traçabilité complète de tout notre process et proposons différents grammage de mouture à la demande des agriculteurs, pour certains composée de mélange de pains blancs et de pains spéciaux par exemple.

    Concernant les aspects nutritionnels, prenons l’exemple des bovins. Les fourrages ne couvrent pas toujours tous leurs besoins. Les éleveurs de bovins connaissent leurs animaux et leurs besoins. Ils adaptent régulièrement la ration qu’ils leur distribuent. En particulier, ils complétent le fourrage (80% de la ration) avec des aliments concentrés, d’origine végétale et minérale (18%). Une grande partie des compléments de nature végétale est produite sur l’exploitation, notamment les céréales. Un complément protéique est apporté par les tourteaux, obtenus à partir des graines de plantes oléagineuses comme le soja, le lin, le tournesol ou encore le colza, après extraction de l’huile.
    Un complément énergétique est apporté par des céréales riches en glucides telles que le blé, l’orge et le maïs ou d’autres végétaux tels que les betteraves sous forme de pulpe. Des compléments minéraux (calcium, phosphore) et vitaminiques peuvent être apportés (2%).

    La mouture de pain n’est pas un aliment que les animaux ne peuvent digérer ni qui peut les intoxiquer. Ils consomment déjà des céréales et donc du gluten. Cette partie de leur alimentaition est par ailleurs inférieure à 20%.
    Des experts indépendants pourront vont répondre comme par exemple la maison de l’élevage, les chambres d’agriculture, les DRAAF et DGPP, etc. Nous travaillons régulièrement avec eux.

    Les retours des agriculteurs qui mélangent notre mouture à la ration de leurs bêtes sont très bons. Ils ajustent la quantité selon la saison, la destination (lait ou viande). Pour la plupart, ils donnaient déjà des restes de pain aux bêtes, mais pour des raisons de qualité et traçabilité évidentes, aujourd’hui, ils ne peuvent plus récupérer le pain directement.

    En passant par nous, le pain est tracé, traité, analysé, séché et broyé dans le respect des règles de production d’aliment pour animaux.
    Notre but premier est d’embaucher des personnes rencontrant des difficultés socio-professionnelles en les faisant contribuer à une activité porteuse de sens et éco-citoyenne. Il va sans dire que nous voulons produire un aliment local de qualité pour les animaux et pas les rendre malades !
    Nos objectifs économiques sont très limités puisque nous sommes un chantier d’insertion.

    Enfin, nous aussi nous aimerions manger (pour tant soit peu que ne soyons pas végétarien(ne)s) un steak de boeuf sauvage qui n’a brouté que ses prairies sans intervention de l’homme 🙂

    Est ce possible quelque part ?

  2. Comme les 2 commentaires précédents, l’idée est très louable : offrir du travail à ceux qui n’en ont pas et réduire le gâchis alimentaire mais par pitié arrêtons d’empoisonner les animaux et nous par conséquence ! Je ne pense pas que les vaches supportent mieux nos produits industriels transformés et retransformés que les autres animaux « sauvages » qui eux ont néanmoins la chance d’avoir des panneaux signalant qu’il ne faut pas les nourrir.

  3. après le scandale des farines animales , voila que se profile celui des les farines de blé ou autres céréales – Si ce projet est très louable quant à son objectif humain , quelles conséquences sur le système digestif de ces vaches ? nous aimerions connaître l’avis d’experts indépendants – le GLUTEN : poison pour le système digestif humain est il inoffensif pour celui des vaches ??

  4. bonsoir,

    l’initiative est bonne en soi mais quelle horreur de donner du pain (gluten) à des ruminants (végétariens).

    arrêtons de produire en si grandes quantités.Auchan votre premier partenaire devrait avoir honte de jeter autant de nourritures.

    il n’y a rien d’écologique à cette action quand on voit les milliers litre d’eau,d’énergies dépensés à produire tout cela.

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