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Petits arrangements entre amis

Comment Monsanto et Cie influencent la recherche sur les OGM

Doit-on gober n’importe quelle information ? Une récente étude de l’officiel Institut national de la recherche agronomique (INRA) montre que, sur le sujet des OGM, 4 études sur 10 ont été financées par l’industrie. Le lobby Monsanto continue de frapper.

La recherche sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) est sujette à de très nombreux conflits d’intérêt. Voilà la conclusion d’une étude menée par l’INRA et publiée dans la revue scientifique PLOS ONE en décembre dernier. Selon cette étude, 40 % des articles scientifiques concernant certains OGM présentent un conflit d’intérêt financier. Soit 4 publications sur 10 qui ont été menées ou financées – entièrement ou en partie – par les industries de biotechnologies qui développent et vendent ces plantes : principalement Monsanto, Syngenta, Dow AgroSciences et DuPont Pioneer. Pire, ces conflits d’intérêts ont un impact très important sur les conclusions des études. En effet, les publications présentant un conflit d’intérêt sont beaucoup plus souvent favorables aux intérêts des industriels du secteur (+ 50 %) que celles qui en sont exemptes. Comme par hasard.

Champ en quarantaine.

Lire entre les lignes

Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs de l’INRA se sont penchés sur 672 articles scientifiques publiés entre 1991 et 2015, concernant l’efficacité et la durabilité de l’efficacité des OGM qui produisent les protéines d’une bactérie (Bt) toxique contre les insectes qui infectent le maïs, le coton et le soja. Ils ont ensuite relevé les études qui ont été financées par des industriels. Le plus souvent, ils ont du chercher ces informations éparpillées dans les études publiées. Dans de trop rares cas (moins de 7 % des études), le conflit d’intérêt était directement assumé et mentionné dans une déclaration officielle accompagnant le texte. Dans ce contexte, on peut imaginer qu’une partie des conflits d’intérêt passe probablement entre les mailles du filet, en l’occurrence si le lien entre le chercheur et l’entreprise n’est pas mentionné dans l’étude ou s’il est trop indirect ou trop ténu pour être relevé par les auteurs de l’étude de l’INRA.

Beaucoup de travaux ont montré aussi les conflits d'intérêt entre la recherche et l'industrie pharmaceutique et l'industrie du tabac.

Une telle proportion de conflits d’intérêt est assez rare dans la recherche, comme le confirme Thomas Guillemaud, coauteur de l’étude et directeur de recherche à l’institut Sophia Agrobiotech : « Toute la recherche n’est pas concernée, seule la recherche qui présente de grands intérêts économiques l’est. Beaucoup de travaux ont montré les conflits d’intérêt entre la recherche et l’industrie pharmaceutique et l’industrie du tabac par exemple. Nous, nous travaillons sur l’évolution des insectes et leur capacité à devenir résistants à certains pesticides. Nous sommes donc souvent confrontés à cette littérature, puisque les OGM Bt produisent ces pesticides, et nous voulions connaître l’importance des conflits d’intérêt dans le domaine et savoir et si ça posait problème, c’est pour ça que nous avons fait cette étude. » 

Bergschenhoek, The Netherlands - October 16, 2016: Entrance Monsanto Holland B.V. Bergschenhoek, active in the sector wholesale of grain, unmanufactured tobacco, oil, seeds and animal feed

Justement, quels problèmes pose une telle proportion de conflits d’intérêt ? Faut-il, par exemple, conclure que les chercheurs sont plus enclins à aboutir aux résultats attendus par les personnes qui les financent, ou que les entreprises financent les scientifiques et les travaux dont elle sait qu’il ont plutôt tendance à aboutir à des résultats qui les intéressent ? Pour Thomas Guillemaud : « C’est le cœur de la question, ce à quoi on n’a pas su répondre ». « C’est très complexe comme réponse, d’autant que d’autres phénomènes s’ajoutent, par exemple certaines entreprises peuvent enlever leur nom ou le nom des chercheurs qu’elles emploient si une étude n’apporte pas les réponses qu’elle souhaitait. »

Les publications présentant un conflit d’intérêt sont beaucoup plus souvent favorables aux intérêts des industriels du secteur (+ 50 %) que celles qui en sont exemptes.

Exiger de l’honnêteté

Quant aux chercheurs et aux citoyens, comment peuvent-ils se positionner face à un tel phénomène ? « Ce n’est pas évident de savoir quoi faire face à ces questions, quand 40 % d’un corpus pose problème. Cela pose un problème collectif aussi. Par exemple quand une commission d’enquête publique doit se prononcer, je me demande comment elles font la différence entre une étude qui présente un conflit et une autre, je ne sais pas comment ils considèrent cette littérature », analyse Thomas Guillemaud. Par prévention, les auteurs de l’article encouragent les revues scientifiques à exiger de leurs auteurs la publication d’une déclaration de conflits d’intérêt financiers dans les études. Et proposent la mise en place d’un système permettant ou obligeant les entreprises comme les associations du secteur à financer la recherche en abondant un fond géré par une agence scientifique indépendante, chargée de sélectionner les projets et les auteurs des études à mener.

2 commentaires

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  1. ras le bol de ces entreprises qui s’arrogent tous les droits en méprisant la nature même de l homme!!

  2. Très choquant, tout ça. D’autant plus que les propriétés vantées par les semences OGM semblent diminuer au fur et à mesure de leurs utilisations (développement de résistance aux OGM par les « parasites »?). Et la qualité des produits issus d’OGM n’est pas toujours identique, est souvent moindre, d’ailleurs (voire le coton, ou le riz), aux semences traditionnelles… Quant à trouver des semences traditionnelles, maintenant, très difficile, certaines sont interdites à la vente car … les industriels ne veulent pas qu’elles retournent à leur utilité normale et … libre !!!

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