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En passant par la Lorraine

Les vergers de Nancerval, arbres généalogiques

Ils sont tombés dans les pommes mais aussi sous le sens d’une vie plus simple et fraternelle. En Lorraine, Alexis et Olivia des Vergers de Nancerval cultivent les fruits de leur passion avec humour et philosophie.

Il faut 5 ans pour que les pommiers soient productifs. ©Lygie Harmand

Venez, on va tout en haut des pêches, là-bas c’est mon endroit préféré. Olivia, les joues rosies par une journée au grand air, nous dirige vers son belvédère naturel. Au coin droit d’une exploitation presque rectangulaire vue du ciel, le paysage est particulièrement apaisant.

Au premier plan, des fruitiers en robe blanche et délicate, au second des vaches paissant derrière la haie de l’étang, au troisième des coteaux boisés plutôt bien verts en ce début du printemps. Enfin, au dernier plan, de la nature, rien que de la nature. À Woinville, dans la Meuse, Metz est à moins d’une heure. La civilisation semble pourtant loin. Très loin.

©Lygie Harmand

C’est pour trouver ce calme et cette déconnexion qu’Olivia a rejoint son frangin il y a 4 ans. Avant, je travaillais dans la publicité, la librairie, la restauration, j’ai fait mille trucs mais ce boulot-là, c’est le plus dur. Parfois avec Alexis quand on se lève le matin, on est comme des petits vieux. Le boulot dont parle Olivia, c’est celui de deux arboriculteurs en charge de 5 hectares d’arbres à croquer mais c’est aussi de la culture de fraises, de framboises et l’élevage d’une trentaine de poules nourries aux restes de la cantine du coin. Elles sont surtout là pour leurs fientes qui sert d’engrais aux petits fruits, explique Alexis de la catégorie de ceux qui se marrent avec les yeux. 

Je ne fais pas de mirabelles, tout le monde en cultive dans le coin.

Entre les rangs d’arbres de Nancerval, il y a aussi une dizaine de chats et des chiens. Les premiers éradiquent mulots et campagnols quand les seconds surveillent les poules. Enfin, en théorie. Parce que Poul, le soit-disant maître du poulailler n’en rame pas une. Appeler un chien Poul, c’est vraiment une idée à la con, s’amuse Olivia. Quand on lui crie Poul pour qu’il rabatte un volatile ou qu’il aille jeter un œil sur le poulailler, il ne comprend rien. Forcément. De toutes façons, quel que soit leur petit nom, en ce début avril, les chiens préfèrent se pavaner avec un énorme os dans la gueule plutôt que de jouer les garde-gallinacés.

Avec 1 hectare de framboises, l'équipe a réussi à produire 2 tonnes en 2018. Bon là, ce sont des pommiers. ©Lygie Harmand

La force tranquille

Alexis, c’est le chef de l’exploitation mais aussi une crème, le mec le plus facile à vivre de la terre, selon sa grande sœur qui connaît bien le bonhomme. Ancien cariste et logisticien, il est arrivé ici pas du tout par hasard. Le verger avait une excellente réputation, c’est pour cela que je suis venu, je ne serai pas allé ailleurs. Parmi les atouts de la propriété achetée 230 000 euros, des dizaines de variétés de pommiers, de cerisiers, de poiriers, de pêchers, un point d’eau, un hangar.

J’ai fait un BPREA parce qu’on ne peut pas faire autrement mais c’est surtout avec le vieux qui m’a transmis le verger que j’ai tout appris, rappelle modestement Alexis. Aujourd’hui, le jeune quadragénaire sait tout faire : désoucher un arbre en mauvaise santé, construire une tiny house pour les poules, installer un système d’irrigation des fraises depuis l’étang en haut de la propriété, tailler les pommiers, construire des toilettes sèches pour le festival d’à côté… Je suis plutôt fainéant, raconte-t-il. Mais là, j’ai pas le temps.

©Lygie Harmand

Travail d’orfèvre

Pour aider Alexis et Olivia, à la saison du ramassage des fruits, une vingtaine de saisonniers viennent gonfler les rangs. Surtout des gens du coin mais pas que, tu te souviens de l’Écossais ? lance Alexis à sa sœur un peu plus loin. Les deux complices éclatent de rire et se rappellent les frasques de ce stagiaire qui préférait boire les fruits que les cueillir (on est en pleine zone de l’eau de vie de mirabelle). C’est pas simple de gérer 20 personnes, surtout que certains sont très jeunes mais c’est toujours de bons moments, poursuit Olivia. Pendant plusieurs semaines, les vendangeurs de pommes doivent repérer sur la branche les bons fruits, c’est-à-dire exclure les petits calibres, les fruits aux petits défauts et ceux qui manquent de maturité. Ensuite, ils les cueillent à la main avec délicatesse et les déposent dans la grande caisse prévue à cet effet.

Chaque fruit est aussi fragile qu’un œuf, si ce n’est plus…

Nos fruits ne sont en aucun cas secoués ou choqués lors du transport des caisses et du conditionnement. Encore plus important, ils ne sont en aucun cas manipulés indélicatement comme sur les étals de la grande distribution, précise Alexis. Chaque fruit est aussi fragile qu’un œuf, si ce n’est plus… Rien à voir donc avec les techniques du vibré des vergers intensifs (on fait trembler les arbres avec des machines et on ramasse leurs fruits sur des tapis) ou du secoué (un peu la même chose mais à la main). Ici, on évite les coups, on prévient les chocs et on explique aux consommateurs que la petite pellicule naturelle que l’on trouve sur les fruits – la pruine – leur permet de mieux se conserver dans le temps. On conseille toujours de laver nos fruits juste avant de les déguster, pas avant.

©Lygie Harmand

Traiter moins pour récolter plus

Côté traitement, c’est la culture du moins possible qui sévit à Woinville. On n’est pas en bio parce qu’on n’aime pas les cases et que ça nous emmerde, résume Olivia plutôt cash. Dans les faits, les modes de culture s’en approchent et il ne faudrait pas grand chose pour obtenir le label. Aucun engrais chimique n’est utilisé aux vergers. Pour les fraises et les framboises, les sols sont fertilisés avec du compost végétal et du guano de poules. Pour tous les autres fruits, ils sont fertilisés avec du fumier de cheval. Des produits phytosanitaires de contact (qui ne pénètrent pas dans le végétal) sont parfois utilisés. Enfin, pour désherber les pieds des fruitiers, la fine équipe compte bien lâcher rapidement le glyphosate.

Et côté commercialisation ça se passe comment pour ces Vergers qui vendent toute leur production en circuits courts ? L’été, Olivia s’occupe de la boutique à la ferme et notre père vient tous les jours de Metz, il livre les Ruches et nous donne un coup de main, explique Alexis qui, petit, a toujours vécu avec ses grands-parents. Prochainement, les parents d’Olivia et Alexis devraient à leur tour quitter la grande ville pour s’installer à l’étage du hangar de stockage. Trois appartements indépendants, particulièrement confortables ont été aménagés avec vue sur le verger qui, de ce côté de la propriété, n’est pas mal non plus.

2 commentaires

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  1. Bonjour à tous, je les ai connus à la Ruche de Villers les Nancy avant de changer de région…je rêve de retrouver des poires aussi merveilleuses !

  2. Bonjour à tous,
    J’achète régulièrement les fruits des vergers de Nancerval (livraison à la ruche de Nancy) et je peux confirmer qu’ils sont super !

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