fbpx

« Sans abeilles, fini le Nutella »

Dans le petit milieu de l’apiculture parisienne, Hervé Garouel est un amateur éclairé. Il a implanté des ruches aux quatre coins de la capitale. Régulièrement, il leur rend visite et organise des animations pour sensibiliser un large public. Objectif ? Provoquer une prise de conscience sur le sort de ces sentinelles de l’environnement : quand il n’y aura plus d’abeilles, il n’y aura plus de Nutella.

Textes et photos : Julie Subiry

Je vous présente Hervé, air rigolard et œil malicieux, happyculteur militant. On pourrait penser que c’est un homme heureux ; il prend soin de ses abeilles, contribue à la biodiversité… mais ne nous fions pas trop aux apparences, car chaque jour, son activité lui rappelle la fragilité de notre écosystème.

À ceux qui s’opposent à l’élevage des abeilles, arguant qu’il n’y a plus assez de ressources végétales pour les abeilles sauvages et autres pollinisateurs, Hervé répond : Tant qu’il y aura des apiculteurs, il y aura des abeilles. On arrive à un stade où on veut produire des abeilles génétiquement modifiées, et où on pratique déjà l’insémination artificielle. On sait que la chimie de notre industrie agricole tue l’ensemble des pollinisateurs. Tout ce qu’on va faire pour les préserver va dans le bon sens.

Il prêche une convaincue. Je le suis dans une de ses tournées urbaines, avide d’en apprendre un peu plus auprès de cet aventurier atypique.

Première étape, Gennevilliers, sur le toit d’une usine de décapage. Une des trois ruches n’a pas survécu, sans raison apparente. Grosse déception.

L’apiculture, c’est une éternelle remise en question. S’occuper d’une ruche, c’est comme préparer un animal de concours, il faut lui donner le meilleur. Ça commence par l’emplacement. L’usine de décapage est bien située : non loin du parc des Chantereines et dans une rue bordée de sophoras. Ces arbres sont une aubaine pour les abeilles, ils s’épanouissent en juillet et août, quand il n’y a plus beaucoup d’autres fleurs.

Hervé commence par enfumer ses ruches. Les abeilles se croient en danger, comme menacées par un incendie. Elles vont faire des réserves de miel pour quitter la ruche. Une fois leur abdomen gonflé, elles ne piquent plus. Mais attention, chacune a sa fonction, les gardiennes peuvent encore attaquer.

Hervé aime sentir l’humeur de sa ruche, lorsqu’elle est en bruissement, c’est qu’on la tient en respect. C’est comme un chat qui ronronne, il ne va pas griffer !

Direction Nanterre, où nous suivons notre apiculteur rockeur à la Ferme du Bonheur. Au PRE (Parc rural expérimental), Hervé est le référent en matière d’apiculture. Il prend soin des ruches et anime des ateliers d’initiation à l’apiculture.

Au pied des cités de la Garde Républicaine, surplombant l’autoroute, ce lieu participatif d’expérimentation botanique et sociale est une autre planète. Raison de plus pour enfiler nos combinaisons de cosmonautes ! Hervé retire les cadres un à un, les nettoie, vérifie la production de couvain, fait sa révérence à sa Majesté la reine des abeilles, puis remet tout en place.

Un peu de pédagogie…

La ruche est composée d’un plancher sur lequel est posé le corps de la ruche. Dedans, se trouvent les cadres. L’apiculteur y met des feuilles de cire gaufrée pour favoriser le travail des abeilles. Lorsque la ruche est en bonne santé, on y trouve le couvain (larves et œufs), une bonne partie de la colonie, et bien sûr, la reine.

Par-dessus, vient une hausse, où on recueillera le miel déposé sur les demi-cadres.

Le tout est protégé par un toit.

L’enfumoir doit dégager une fumée froide. Pour cela, Hervé brûle des copeaux de bois non traités ou des granules de végétaux. Il ajoute de l’herbe pour refroidir la fumée.

Nous filons ensuite dans le XXe arrondissement de Paris, sur le toit du théâtre de la Colline, où se joue un autre spectacle : à perte de vue, les toits gris de Paris. Ces abeilles-ci butinent au Père Lachaise. Contre toute attente, le miel parisien est moins pollué que celui des plaines agricoles : le jardinier parisien utilise de moins en moins d’engrais et de pesticides, interdits dans les parcs et jardins de la ville depuis 2017.

Les pesticides, parlons-en ! L’une des principales causes de mortalité des abeilles est leur exposition aux néonicotinoïdes. Ces insecticides, interdits depuis le 1er septembre 2018, agissent sur leur système nerveux, altèrent leur sens de l’orientation, leur faculté d’apprentissage, leurs capacités reproductives. Et les rendent encore plus sensibles aux autres menaces : le frelon asiatique, le varroa (parasite), le nosema (champignon) et la loque américaine (bactérie).

Continuer à être apiculteur… en dépit des difficultés. Avec 30 % de mortalité des abeilles, il y a de quoi se décourager. Mais pour Hervé, c’est une passion, un acte militant et pédagogique qui lui permet de côtoyer toute sorte de personnes, comme dans ce jardin sur les toits, entretenu par une association de réinsertion.

Partout où il passe, Hervé continue à délivrer son message : Quand il n’y aura plus d’abeilles, il n’y aura plus de…, et il n’y aura plus de bon miel !

Non classé

7 commentaires

Close

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Bonjour.
    C’est très bien d’avoir des apiculteurs en ville mais j’aimerai savoir ce qu’il en est de la pollution aux métaux lourds!
    Parce que je côtoie des apiculteurs professionnels passionnés dans la Loire, qui ne donne aucuns antibiotiques à leurs abeilles et qui font tout le plus naturellement possible. Ils avaient, par curiosité, fait analyser les miels des « toits de Paris » car tout le monde relaie l’info comme quoi ils n’ont pas de pesticides… Certes, mais par contre ils avaient des taux impressionnant de métaux lourds et hydrocarbures.
    Donc pas sûr que les miels des villes ne soient pas moins pollués que ceux qui sont récoltés lors des transhumance dans le Forez ou dans la Drôme, loin de toute route…

    1. Hello
      Des ruches en ville!!! mais pas trop non plus comme à Londres ou Bern!
      La direction des ….protection des population, ex DSV, théoriquement analyse le miel parisien. Pour les apiculteurs amateurs, le guide des bonnes pratiques apicoles est assez récent!
      Antibiotiques interdits bien sûr!!!
      Des traces de métaux lourds détectés à Fontainebleau, là où les vents dominants déplacent le dôme de pollution de Paris!
      Aussi il faudrait que les agri respectent les horaires abeilles lors des traitements de culture!

  2. Bonjour,
    Je suis directrice de recherche au CNRS et travaille à Paris à l’institut de Physique du Globe (Université de Paris). Avec une collègue de Vancouver, nous souhaiterions contacter cet apiculteur suite aux travaux que ma collègue a effectué sur Vancouver pour cartographier la qualité de l’air et des sols par un suivi des miels produits dans les ruches urbaines (voir https://www.nytimes.com/2019/03/18/science/honey-beehives-pollution-lead.html?smid=nytcore-ios-share). Nous souhaiterions discuter d’un projet portant sur les miels produits sur les toits et dans les jardins de Paris. En espérant que ce projet attirera son attention, cordialement.

    1. Hello
      En lien avec de vos collègues du Musée de l’Homme, du conservatoire de Rambouillet, et ancien directeur du MNHN de Paris et du Havre….
      Des capteurs viennent d’être installés au Champ de la Garde, de la Ferme du Bonheur à Nanterre, près des ruches!
      You’re welcome

  3. « quand il n’y aura plus d’abeilles, il n’y aura plus de Nutella ». je suis pour à 100% la défense des abeilles mais je suis contre à 100% le Nutella, produit nocif rempli d’huile de palmes (voir les dangers liés à la production d’huile de palmes) à bannir; Alors SVP changer vote slogan, il y a bien d’autres produits qui pourraient remplacer le nutella dans cette annonce.

    1. Oui, lors d’une intervention au théâtre de la Colline, devant 250 enfants, c’est le moyen que j’ai trouvé pour les faire réagir!!!
      Car déjà addict au sucre, on peut ainsi leur apprendre à fabriquer leur pâte à tartiner- maison!!!

Recevoir le magazine

1 newsletter par semaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle

Oui ?

Recevoir le magazine

1 newsletter par semaine.
No pubs, Pas de partage de donnée personnelle