Le haut du panier

Bioinvio lutte contre la tristesse des agrumes

Pour cultiver de bons agrumes, il faut avoir l’œil, mais aussi le nez et la main. Sur le belvédère de la petite ville d’Acate au sud-est de la Sicile, Rosario, agrumiculteur, nous a donné rendez-vous pour visiter son exploitation : Bioinvio.

Le jour s’est levé depuis peu et nous admirons benoîtement la plaine verdoyante en train de sécher sa rosée, quand Rosario arrive dans l’indétrônable Fiat Panda. Ça vous plait ? dit-il en embrassant le panorama d’un geste large. Bon et bien tout ce qui est  à droite du vilain tunnel blanc, c’est à moiLe décor était posé, la visite avait, à notre insu, déjà commencé. 28 hectares d’agrumes, un million de kilos de fruits vendus par an, ça demande de prendre un peu de recul pour se faire une idée. Si en sus, c’est certifié en bio depuis 1994 et tout en vente  directe, on a envie de voir ça de plus près.

Au pays des bonnes Navels

Enduisez-vous de citronnelle et montez dans la Panda, c’est l’heure de descendre dans le royaume de Rosario, entre les pamplemousses, les navel, les moro, tarocco et les mandarines.

Rosario, cinquième génération sur l’exploitation, nous emmène d’abord dans les rangées de lane late : cette variété de navel, (ces oranges à pulpe blonde que l’on reconnaît à leur petit nombril), mature tardivement, de mars à juin. Or, la maturation tardive, on le comprend rapidement au cours de la visite, c’est le dada de Rosario et le Graal des producteurs d’agrumes. C’est pour vendre des oranges mûres tout au long de l’année que notre hôte fut un précurseur de la culture des navels en Sicile, qui abritait jusqu’alors que des orange à pulpe rouge – Tarocco, Moro, Sanguinello – certes douces mais moins tardives.

Le marché de l’agrume est rude, les variétés les plus tardives sont brevetées et l’agrume est un arbre sensible : pour bien en vivre, le bio et la vente directe sont indispensables.

La culture d’agrumes, une affaire de sens

Rosario nous fait tâter les oranges encore vertes : la rugosité, la souplesse, tout a son importance : une orange rugueuse est une orange qui aura une peau épaisse, alors qu’on recherche une peau fine, parce que l’orange s’achète au poids et qu’on ne mange pas la peau, giusto, rappelle pertinemment notre hôte.

N’est pas agrume de qualité qui veut : du sucre, une faible acidité, du parfum, une peau fine, du jus, une belle couleur : c’est un minimum. Pour reconnaître les susdites qualités dans le fruit vert, encore faut-il avoir l’œil, mais aussi le nez et la main : quand nous béotiens de l’agrume, ne voyons que des fruits verts sous des feuilles vertes, qui a ses cinq sens bien affutés déchiffre la date de cueillette dans la fermeté, l’acidité derrière la résistance sous le couteau.

Thermomètre à oranges

Ouvrez bien vos mirettes, on passe au niveau deux : lire la quantité sucre dans les entrailles de l’orange.

Le taux de sucre des fruits se mesure en degré Brix : en gros  à 12 degrés, le fruit est bon à cueillir. Ensuite c’est simple : vous avez une orange ? Vous avez un réfractomètre ? (Rosario lui ne sort jamais sans). Parfait, alors vous pressez un peu d’orange sur le réfractomètre, puis vous regardez dans le bout de la lorgnette, si c’est à 12, bingo ! Cueillez tout !

Aujourd’hui, la lane late  est à 10, elle sera bonne dans 10 jours, si il fait assez froid bien sûr. L’orange en effet se gave de sucre l’hiver, grâce aux amplitudes thermiques entre le jour et la nuit  dont elle est très friande.

Pièges à mouches

Au cours de notre visite, régulièrement nous tombons en arrêt devant des nuisibles au travail pour mieux apprécier l’efficacité de la lutte biologique. Pour la mouche des agrumes par exemple, un simple piège à phéromone en plastique jaune suffit à tromper le mâle mal dégrossi qui se jette dedans fougueusement. Rosario nous fait humer le piège : ça cocotte sévère, les goûts du mâle mouche sont bien mystérieux. Un peu plus tard nous avons la chance d’humer l’orange dans laquelle une mouche a pondu. Vous sentez ce fumet ignoble et tout s’éclaire, asinus asinum fricat.

En cas d’attaque de tristesse, la moitié des arbres survivront.

Une fois initiés aux prédateurs du verger, notre guide profite d’un coin riche en moustiques pour nous révéler la grande calamité les agrumes : la fameuse tristesse des agrumes, Tristezza degli agrumi. Quand ce virus incurable s’attaque à l’arbre, celui-ci dépérit, dessèche comme atteint d’une tristesse inconsolable et meurt.

Ici on traite le mal à la racine, puisqu’on a remplacé la moitié des porte-greffes habituels par des citranges, arbres résistants à la tristesse. En cas d’attaque de tristesse, la moitié des arbres survivront.  Cela dit, jusqu’ici l’heureux verger n’a jamais été touché, touchons du bois.

Un dernier secret avant de partir : de nouveaux invités feront bientôt leur apparition au verger : après plusieurs expérimentations, Rosario vient de cueillir sa première mangue, et attend impatiemment son premier avocat…

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