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L’Épicerie de Beaufort-sur-Gervanne, quand les habitants se font commerçants

Que font les habitants de Beaufort-sur-Gervanne dans la Drôme quand le dernier commerce de leur village ferme ? Ils se mobilisent et créent une épicerie associative qui nourrit les corps et les esprits.

Rejoindre le village de Beaufort, dans la vallée de la Gervanne, est déjà une expérience. La route, à la pente douce et sinueuse sans excès, nous rapproche des sommets du Vellan et de ce Vercors mythique. C’est mercredi, jour du tout petit marché place de la Fontaine. Le regard plonge sur la rivière Gervanne couleur émeraude en contrebas du village perché, cerclé d’une forêt de pins, de chênes et de genévriers. Les ruelles étroites conduisent à la Grand Rue, en passant devant le temple protestant, immense pour un si petit village de 450 habitants. On entend des voix, des rires. Les portes grandes ouvertes de l’Épicerie invitent à la visite.

L’appel du ventre

Voici deux ans, une certaine Diane et quelques autres se sont désolées de la fermeture de la seule épicerie du village en 2014. Diane et Marion, aujourd’hui salariées de l’Épicerie, rêvent d’une reprise, sous forme associative. Une première réunion publique est organisée en mairie puis un petit groupe d’habitants dans lequel personne ne se connaît commence à travailler et réfléchir. Gilbert Rivases est de la partie. Plombier-chauffagiste à la retraite installé à Beaufort depuis quatre ans, il se souvient de la création de l’association pour le maintien d’une épicerie à Beaufort-sur-Gervanne, des réunions hebdomadaires, des moments de flottement et de découragement quand il fallait trouver un lieu.

Heureusement, les choses ont ensuite avancé. Laurence Cousin, fabricante de chaussures, propose à ce moment-clé de retaper son garage à côté de sa maison et de louer l’espace. Une campagne de financement participatif permet de récolter 17 000 euros, des fêtes de soutien sont organisées, les amis, les familles donnent ou prêtent de l’argent. Soutenue par le Groupement régional alimentaire de proximité (Grap) qui assure toute la comptabilité et fait office de tuteur et par la Carline, célèbre épicerie installée en Scop à Die, l’Épicerie ouvre ses portes le 30 août 2016 ! Simon Cauvard, 32 ans, entraîneur de tennis et président de l’association, se souvient de la dernière nuit de mise en rayon, jusqu’à trois heures du matin.

La force de l’Épicerie est aussi de ne pas se concentrer uniquement sur le bio afin de fournir des denrées dont certains habitants ne veulent se passer.

La main à la pâte

Aujourd’hui, l’Épicerie, c’est trois salariés. Un fonctionnement associatif classique avec un conseil d’administration et un bureau, une trentaine de bénévoles qui viennent tenir boutique notamment tous les dimanches matin, jour de repos légal des salariés, des produits issus du circuit court puisque 70 % sont fournis par plus de 60 producteurs locaux en légumes, fruits, fromages, viande, miel, confitures, sirops, vins, bières, pâtes et bien sûr en pain de Beaufort, une institution dans la région. Mais la force de l’Épicerie est aussi de ne pas se concentrer uniquement sur le bio afin de fournir des denrées dont certains habitants ne veulent se passer. On trouve des produits de base de la grande distribution comme des biscottes à côté des pains de fleur et des galettes de riz, du sucre, du beurre, de la farine !

Dans les villages, le bio peut être clivant et opposer les néo-ruraux et les plus anciens. À ses débuts, l’épicerie associative n’a pas été accueillie par tous avec enthousiasme. Mais peu à peu, les barrières sont tombées et c’est aujourd’hui un succès au-delà de ses prévisions. Il est possible de se nourrir entièrement sur place sans devoir descendre vers la ville la plus proche. Le panier revient en moyenne à 13,50 euros et certains produits sont moins chers qu’ailleurs, comme les œufs et les pommes bio. Pour les reste, les prix sont les mêmes que ceux des maraîchers bio sur le marché de Crest, dans la vallée.

Carrefour de rencontres 

Les 1500 habitants des villages de la vallée de la Sye et de la Gervanne plébiscitent ce lieu accueillant, petit mais très bien fourni. Maria, la quarantaine, une habitante de Plan-de-Baix, vient faire ses provisions d’oranges après une forte grippe. Elle connaît tout le monde. Laurent Watine, 40 ans, élu au conseil municipal, affirme de son côté avoir changé sa façon de faire les courses et se promène volontiers avec ses bocaux en verre pour se fournir en farine et autres aliments proposés en vrac afin de réduire les emballages. Je peux acheter mes légumes au jour le jour, je n’ai plus de perte.

Le seul risque ? Rester une demi-heure à bavarder minimum quand on vient acheter une boîte d’œufs ! Simon en plaisante mais on sent bien que c’est la grande réussite de l’Épicerie : nourrir les ventres comme le lien social. Gilbert, grand sourire sous son bonnet noir de laine et paré d’une boucle d’oreille en forme de piment rouge, a le temps maintenant qu’il est à la retraite de rester une heure à palabrer dans les 55 m2 de la boutique. L’homme est très clair : C’est l’une des plus belles histoires de ma vie, dans le top 5 sans problème. C’est notre bébé, on est super heureux. Les gamins ont même droit à des carambars et des malabars à la sortie de l’école mais on ne trouve ni Coca ni Nutella.

Et les projets ne s’arrêtent pas là, une commission enfants et adolescents s’est constituée afin de réfléchir à intégrer les plus jeunes dans l’Épicerie. Des ateliers de fabrication de lessive ont été proposés, des apéros-bénévoles sont régulièrement organisés et le 16 juin, c’est la fête de l’Épicerie à Suze-sur-Crest !

5 commentaires

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  1. Voilà, c’est ainsi que tiennent les villages, et notamment Beaufort-sur-Gervanne chère à mon cœur. Merci aux habitants, aux bénévoles, aux salariés de l’épicerie et aux producteurs qui les fournissent. Longue vie !!

  2. dans mon petit village l’épicerie a fermé, car elle ne nous offrait pas ce dont nous avions besoin ou à des prix prohibitifs. Problème d’approvisionnement je pense.
    Nous avons fait des propositions pour créer une épicerie associative mais pas de suite.
    Alors le propriétaire du lieu l’a transformé en une ruche pour activités diverses. Du coup on se nourrit de relations et d’échanges de compétences. Et c’est bon aussi.

  3. Bonjour, c’est louable de faire ça. Mais pourquoi à t elle fermée cette épicerie? C’est le problème de beaucoup de bourg, village, la population qui joue pas le jeu, les maires qui ne font pas non plus
    ce qu’il faut. Et après les personnes se rendent comptent que c’est la vie aussi un commerce de proximité que ça rend service et parfois il est trop tard pour certaines communes et c’est bien dommage. Trop de concurrence et d’aller à la ville la plus proche ben ma fois ça fait sortir. Enfin il y a tellement de chose qui font fermés les commerces de proximités!!!

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