De fil en bobine

Laines Paysannes, nostalgiques du wool

Alors que la filière laine en France semble doucement sombrer dans l’oubli face à la concurrence mondiale, un petit village ariégeois résiste encore et toujours à la torpeur. Chez Laines Paysannes, Olivia, Paul et leur équipe valorisent la toison des brebis locales. De la pelote à la couette : chaîne de valeurs et chaîne humaine vont de pair dans cette douce épopée rétro-moderne.

©Laines Paysannes

Nous, la laine de nos moutons, on ne la valorise pas du tout. Le prix auquel on nous l’achète permet à peine de payer le tondeur. Après, ils la compactent en gnocchi et l’envoient en Chine pour faire des pulls qu’on achète ensuite en France.

Ce témoignage, glané auprès d’un éleveur de brebis, sentait le fatalisme et le découragement. La filière laine française a effectivement beaucoup souffert ces dernières décennies : manque de compétitivité au niveau mondial, apparition de fibres artificielles et synthétiques et sélection génétique des brebis basée sur la qualité du lait et de la viande ont miné cette industrie apparue à la fin du XIXe siècle. Et voici la précieuse fibre reléguée au rang de sous-produit de l’élevage ovin.

©Laines Paysannes

Reprendre du poil de la bête

Pourtant, la laine a d’indéniables qualités qui la destine à des usages variés : isolante, hydro-régulatrice, ignifuge et facile à nettoyer, on l’adore en bonnets, chaussettes et matelas. Et ça, Olivia et Paul, fondateurs de Laines Paysannes, l’ont bien compris. Ils se rencontrent en 2015, lors d’une transhumance. Paul se prépare depuis quelques années déjà à prendre la succession de son père, éleveur de brebis Tarasconnaises. Il met en place la distribution en circuit court de sa viande d’agneau, notamment via la Ruche qui dit Oui ! (la première ruche historique de France est ariégeoise !) et souhaite valoriser sa laine. Olivia, tisserande de formation, cherche justement à redonner vie à ces savoir-faire oubliés et précieux qui nous habillent.

Leur rencontre est une évidence : Olivia est conquise par la méthode de travail de Paul. Les tarasconnaises, de race locale, sont élevées exclusivement en plein air et changent de parc tous les jours. Ne piétinant jamais dans la bergerie, elles donnent une laine exceptionnellement propre qui se passe du carbonisage (un traitement à l’acide sulfurique permettant de débarrasser la matière de ses impuretés, mais néfaste pour l’environnement). Ainsi, le blason de ces brebis rustiques, caractérisé par une fibre semi-fine très gonflante, se trouve soudainement redoré sous forme de pulls et de couettes. 

©Laines Paysannes

Au-delà du troupeau de Paul, c’est bien à toutes les toisons de France et de Navarre que le duo compte rendre leurs lettres de noblesse. Former les éleveurs au tri de leur tonte, pour qu’ils la vendent et la transforment mieux, est devenu une dimension fondamentale du projet. Plusieurs troupeaux fournissent désormais leur récolte directement à Laines Paysannes : Merinos, Basco-Béarnaise, Manech, Rouge du Roussillon, Scotch Mule et Romane sont ainsi venues apporter quantité et diversité, permettant des usages différents et une offre de produits allant de la couette à la paire de chaussettes en passant par la robe.

Renouer avec un modèle économique viable

La filière s’organise pour l’instant entre l’Ariège, la Haute-Loire et le Tarn : Olivia effectue un gros travail de sélection de la matière en amont et met au point les modèles adaptés aux différentes qualités depuis les bureaux de Laines Paysannes à Tourol. Le lavage de la laine s’effectue à Niaux ou Saugues. Retour à Dreuilhe en Ariège pour la filature et enfin, direction le Tarn pour le tricotage. Ces différents partenaires, flexibles et à l’écoute, sont des soutiens indispensables au projet. À terme, Olivia souhaiterait remettre la main au métier à tisser : des premiers essais seront réalisés sur des tapis.

La caravane-boutique. @Laines Paysannes

Laines Paysannes ne manque également pas de ressource sur l’épineux sujet de la distribution : grâce à un financement participatif, la marque a pu financer une caravane-boutique unique en son genre. Mobile et esthétique, elle permet à l’équipe de sillonner marchés et salons bio en s’assurant de véhiculer l’ambiance bien spécifique de ce doux projet. La vente en ligne et quelques revendeurs physiques viennent compléter le tout.  

Le duo a su s’entourer : désormais cinq au sein de l’équipe, ils savent aussi faire appel à la solidarité et à l’entraide au moment des tontes où une trentaine de personnes viennent leur prêter main forte avant de se rassembler autour d’un grand repas. Cet élan devrait leur permettre de doubler leur activité sur 2018 : tout pour prouver qu’avec la chaleur de la laine et du collectif, on peut déplacer les montagnes ariégeoises.

4 commentaires

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  1. Bonjour OLIVIA ET PAUL
    Pouvez vous nous donner votre mail perso afin de pouvoir correspondre avec vous
    nous recherchons de l’information sur la renaissance de la filiere LAINE et sommes ravis de vous avoir repéres grâce à la RUCHE QUI DIT OUI,
    Nous envisageons cet ete de venir vous rejoindre meci de nous en dire plus
    ANNE et JEAN

  2. Pourrait on avoir une adresse mail ou un site internet pour avoir de plus amples renseignements pour ce beau produit?

    Merci d’avance,

    Cindy

  3. Merci pour ce tres bel article. Je me souviens avec emotion des jours de tonte quand mon papa etait encore agriculteur. Tout le monde se reunissait et oubliait l’espace de 2 jours les difficultes financieres liees a ce si beau metier. J’ai maintenant 35 ans et suis loin du mon paysan, mais cette periode de ma vie restera toujours magique pour moi.

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