La bergère et le moutonnier

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Il était une fois 600 moutons. Il était une fois, l’histoire de la ferme girondine du Paillot. L’histoire d’un métier libre et nomade. L’histoire d’un pull qui connaît son mouton. L’histoire à conter au coin du feu ou en haut d’un alpage. L’histoire de Pascal et Dominique. Morceaux choisis d’une vie au milieu des brebis.

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Domi, la bergère. Pascal, le moutonnier et quatre de leurs associés.

Prologue

Lui, c’est Pascal Sancier, la cinquantaine, bonhomme. Dans une première vie, il aurait aimé être cavalier mais les moutons de son père l’ont rattrapé.

Elle, c’est Dominique Trèmoureux, Domi pour ses amis. Elle a grandi à Nantes mais a pris il y a 20 ans l’accent du coin. Bergère de coeur, elle aime la franchise et la douceur.

« Pascal m’a appris à tondre. C’est là qu’on s’est frôlés pour la première fois. » Domi.

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Au menu des moutons aujourd’hui, les restes de triticale. Dans une semaine, Pascal les emmènera brouter ailleurs.

 

Chapitre 1 : les moutons

Couché, à gauche, voilà, à gauche, shhhhh, couché… Pour diriger son troupeau, Pascal prend sa voix de capitaine et fixe l’horizon. L’oeil rivé sur la vague moutonnante, il guide Zizou son premier matelot. Le border collie presse les bêtes, passe d’un côté, de l’autre, revient et, dans un ballet magnifiquement orchestré, les mène dans la parcelle voisine tout juste moissonnée. Pascal cale alors un gros moulinet sur sa taille et déroule sa clôture mobile qu’il relie aux piquets préalablement installés. Son speeder park, c’est sa liberté.

Dans une semaine, lorsque ses 600 bêtes auront nettoyé les chaumes, l’équipage mettra le cap sur l’un des 120 hectares de terrains blottis dans les paysages du coin. Dordogne, Gironde ou Charentes, les moutons de Pascal broutent toute l’année sur ses vertes prairies ou sur celles des voisins. « Parfois, on nous appelle pour nettoyer un terrain. On amène quelques brebis. En une journée on obtient un green de golf. » Et puis à l’automne, le moutonnier organise la transhumance du Paillot, 8 kilomètres à travers les chemins et les bois du village. L’occasion d’une grande fête avec les copains.

 

 

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 » Chipie ? C’est ma plus grande alliée. »

Chapitre 2 : la ferme

« Tout le monde mérite sa gamelle ici. » Sur la ferme, Dominique assure les présentations de son arche de Noë. Ici, Petit canard, spécimen blanc un peu pataud entouré d’oies et de dindons. « Il ne sait pas nager, dans une mare il lui faudrait une bouée. » Dans le pré, plus loin un âne semble l’appeler. « Chipie, c’est mon alliée. Je sais qu’elle pourrait me défendre. Bientôt, elle emmènera Tom (le petit dernier de la maison) en calèche à l’école. » Débarquent aussitôt 7 chats et 5 chiens, les 5 précieux associés. « Certains d’entre eux sont nés à la ferme, d’autres non. Lorsqu’ils sont tout petits, ils vont à l’ école. On leur apprend leur métier de chien de berger. Et quand ils sont plus grands, ils ont le droit de conduire le troupeau. »

Dans la meute, Utwo, fidèle compagnon de route de Dominique commence à se faire vieux « Avec lui, il y a une dizaine d’années, j’ai passé 6 mois dans le massif central en estive. On menait un troupeau de 1200 bêtes. Lui comme moi, on débutait. » Au coeur de la vallée de l’Isle, la ferme abrite également tout un tas d’animaux de passage : chouettes, hiboux, hérons, salamandres…

 

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La bergerie. « Ici on y organise aussi plein de fêtes, notamment le Noël des bergers. »

Chapitre 3 : la bergerie

C’est l’hiver, il est tard. Dominique se tient au milieu des moutons de la bergerie, imposante cathédrale de bois d’une centaine de mètres de long. Dans un coin, une brebis met bas, dans l’autre, un agneau a du mal à téter. Plus loin, un nouveau-né n’arrive pas à se réchauffer. « Je l’ai bichonné au sèche-cheveux. Maintenant on l’appelle Babyliss ». Sage-femme de parturientes frisées, Dominique veille sur les brebis avec l’attention qu’une mère sait apporter. Chaque hiver, 350 agneaux viennent  temporairement compléter le troupeau. « Entre Noël et Jour de l’An, on passe notre vie ici. Je reste généralement jusqu’à 1 heure du matin. A 5 heures, Pascal vient prendre le relais. »

Construite il y a 3 ans, la bergerie remplace les anciens tunnels verts, successions d’arceaux bâchés et rappelle un certain épisode de la Blaquière au Larzac. « La construction de ce bâtiment a été une très belle aventure humaine. En dehors des travaux de la toiture réalisés par un professionnel, tout le reste et…il y en a du reste  a été l’oeuvre  d’une grande solidarité. » Pendant un mois, tous les jours, clients des Amaps, voisins, copains viennent mettre scier, clouer, porter. « L’allée centrale ? Elle a été réalisée en grande partie par le responsable service après-vente de Mercedes. Certains bénévoles n’avaient jamais manié la truelle mais mettaient tellement de coeur à l’ouvrage que, grâce à eux, le chantier avançait à une vitesse incroyable. » Pourtant, le défi était de taille,  une partie du troupeau devait être à l’abri dans le bâtiment pour le début de l’agnelage… « Le 5 décembre 2011 la bergerie est terminée, le 6 le premier agneau naissait. »

 

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Tondeur ? Il n’y en a presque plus. Pascal fait partie des derniers Mohicans.

Chapitre 4 : l’autonomie

« Comment je suis devenu tondeur ? J’ai acheté le matériel et un bouquin », se souvient Pascal capable aujourd’hui de tondre 30 à 40 brebis à l’heure. Son père était éleveur de moutons, il prendra le relais, renonçant à ses amours de jeunesse cavalière. « On faisait de l’agneau de Pauillac, un agneau élevé sous la mère. » Malgré l’AOC, Pascal réussit à obtenir une dérogation pour assurer ses propres reproducteurs. De 30 moutons, il passe à 200 puis régulièrement augmente le cheptel. « Longtemps, je vendais mes agneaux à la coopérative. On devenait de plus en plus gros et pourtant on gagnait de moins en moins. Il y a 5 ans, j’ai pris le virage de la vente directe. »

Aujourd’hui, autonome à plus de 95%, Pascal est content. Il cultive ses propres céréales, les donne l’hiver à ses moutons. Tous les fourrages, foin et paille sont aussi produits à la ferme. Ses agneaux sont vendus directement à ses clients sur les marchés, dont le fameux du Pizou les soirs d’été, dans les Amaps, dans les ruches voisines. On le contacte plusieurs soirs par semaine pour assurer le méchoui des fêtes de famille, de quartier ou des repas d’entreprise. Et puis, depuis quelques mois, même la laine des brebis est valorisée. Mais là, c’est à Domi qu’il faut s’adresser.

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« J’ai travaillé plusieurs années à la Bergerie de Rambouillet avec des mérinos. C’est là qu’est venu mon goût pour la laine. »

Chapitre 5 : la laine

C’est l’heure de la tonte annuelle. Avant la coupe, les brebis passent une à une entre les mains de Domi, experte capillaire. Les doigts plongés au coeur des fourrures, la bergère évalue la qualité des toisons. Régulièrement, elle prélève un brin de poils comme on s’arrache un premier cheveu blanc et scrute la mèche : longueur, raideur, douceur… Les bêtes malades ou allaitantes sont systématiquement écartées, « je travaille la laine sur pied, je ne prends que les plus belles toisons. » En effet, la fibre de laine comme nos cheveux en dit long sur notre état de santé. Si la brebis a connu des moments difficiles entre deux tontes (soit une année), son brin de laine est trop fragile pour être filé.

Chaque manteau laineux déposé par Pascal est soigneusement trié. Domi ne garde que les zones où la fibre est la plus fine et la plus propre. La laine est alors portée à la filature artisanale Laurent en Haute-Loire. Elle reviendra filée et cardée dans la cuisine de Dominique transformée pour l’occasion en atelier de peinture/teinture.

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Laine feutrée, laine cardée, ici le futur atelier de Domi. Et bientôt ses créations en ligne : http://www.latelierlainedesbergers.com

 

Chapitre 6 : l’avenir

Dans un coin du salon, de gros rouleaux de laine cardée, attendent qu’on vienne s’y lover. Magnifiques barbes à papa de moutons, ils serviront à rembourrer les couettes et les coussins et à écarter définitivement les allergènes de la maison « Mon prochain matelas sera fait avec cette laine », assure Dominique. Dans un autre, des pelotes de laine noire, chocolat ou écru, témoignent de la teinte du mouton qui les ont portées. Certaines arborent aussi la couleur de l’oignon, de la garance, du pastel, de la carotte sauvage ou du coquelicot, teintures naturelles que Dominique expérimente dans ses grands chaudrons.

Sur la table, la commode, les chaises, un peu partout, des créations de feutre que Domi réalise au savon ou à l’aiguille : coussins pour chat, objets de déco, bracelets… Il y a quelques mois, la bergère s’est achetée un machine pour feutrer de grandes plaques qui finiront un jour en paillage pour les potagers, en tapis de yoga, en isolants. « La laine est une matière incroyable, elle respire, elle contrôle l’humidité, elle dépollue l’atmosphère. Savez-vous que la laine de mouton est utilisée pour les vêtements de protection des pompiers en raison de sa résistance au feu ? »  Sur la table, le matou a décroché. Il ronronne dans son panier de laine feutrée…

Epilogue

« Avec Pascal, si un jour on se dit oui, je m’offrirais une superbe robe de Dominique Lejean avec la laine de mes brebis. Car la laine feutrée peut être aussi légère qu’un voile de mariée. »

 

 

12 commentaires

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  1. Très bel article mais un peu loin de la réalité . Nous avons eut l’occasion de venir à la bergerie la veille des fêtes, très bonne ambiance des gens chaleureux rien à dire . Attention je vais être la seule à noircir le tableau mais un jour le lendemain de noël , cela faisait des mois que nous n’étions pas venus voir chipie une ânesse trop Mimi… Et nous avions eut le MALHEUR de donner du pain aux ânes … Madame la propriétaire a traversé tout son champ pour venir nous avoiner comme à des demeurés comme quoi elle en avait marre que les gens nourrissent ses bêtes (problèmes de santé, cela les rendait mordeur etc) … Mettez un panneau madame ( comme ça cela évitera que l’on soit votre défouloir ! ) elle m’a répondu qu’elle n’était pas une ferme pédagogique ! Ah ah très drôle … Travaillant dans une école je ne proposerai donc pas aux enfants un atelier découverte sur la laine car c’est sur vous n’êtes pas pédagogique pour expliquer les choses aux gens et encore moins aux enfants . Pour finir j’avais une très bonne impression sur cet endroit , et sur ces gens ,nous pouvons comprendre l’exaspération de cette « gentille dame  » c’est tombé sur nous  » dommage » mais franchement il y a d’autres manières de s’adresser aux gens qui à la base ont des actes de bienveillance. Si nous savions que le pain était mauvais pour la santé de ses bêtes nous ne l’aurions jamais fait car nous aimons trop les animaux. Sur ce bonne continuation à ces chers propriétaires maintenant nous savons à qui nous avons à faire . Et surtout longue vie à chipie qui est vraiment trop trop Mimi ..(.mais que nous ne viendrons plus voir , plus trop envie de se faire enguirlander pendant nos balades ).

  2. oh que oui cette bergerie est un lieu magique habité par la passion et la chaleur humaine de Domi et Pascal. Un endroit où l’on se sent si bien en accord avec la nature. J’adore allez à la bergerie Il s’en dégage une ambiance très très chaleureuse et le mouton que l’on mange a un gout ouahhh

  3. J ai beaucoup aimé le reportage de Pascal et Domi,bien dommage qu’ils soient loin de chez moi!!! Par contre il y a t- il possibilité de lui acheter des pelotes de laine? Y at-il un lien pour rentrer en contact avec eux? D avance merci.

  4. Ça fait plaisir de lire que la filière laine renaît en France ! Tricoteuse acharnée, j’essaie de choisir correctement mes laines, mais souvent leur origine n’est pas précisée.

  5. Bravo a Domi et Pascal. Très beau reportage plein d’émotion retenue.Un couple bien courageux a qui je souhaite plein de bonheur et de réussite.

  6. Superbe hommage, très mérité, à Pascal et Domi, producteurs pour notre amap…
    Un très bel article qui reflète bien ce qu’ils sont, des amoureux de leur métier, très pro et attachants. Que ce soit par l’amap ou la ruche, n’hésitez pas à les rencontrer et goûter leur production !

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