Régis-R, Prince du plastique

​Il coud, peint, colle, soude, mais surtout… il fait les poubelles ! Régis-R est un artiste déjanté et engagé, qui lutte contre le gaspillage et nous alerte à sa façon sur les dérives de notre société de consommation.

Ce garçon tatoué, fou de boxe, multi-diplômé met son art au service de ses convictions : créateur-recycleur, il combat le matérialisme en amassant les matériaux. Bienvenue dans son atelier d’Aubervilliers (93).

Texte et photos : Julie Subiry

​Rue Danielle-Casanova, il faut passer le portail, braver les canards qui gardent le lieu pour découvrir l’antre de l’artiste. Dans cette caverne d’Ali-Baba, règne un joyeux bazar… Bouchons, bouteilles, bidons, canettes, cagettes, il ramasse puis trie tout ce qu’il trouve. Ce qui est détritus pour les uns est trésor pour lui.
​Régis-R a la tchatche et l’œil malicieux. On imagine sans peine le gamin qui tout petit déjà aimait bricoler et créer.
Il débute ses études à Bordeaux (école d’Architecture, fac d’Arts plastiques), puis monte à Paris pour entrer à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs. À sa sortie en 1998, il fait du recyclage sa spécialité. Son travail est rapidement remarqué par les éditeurs de design contemporain. Depuis, il enchaîne les projets et les expositions, dans de petites galeries comme dans des lieux prestigieux (Centre Georges Pompidou, Printemps Haussmann), en France comme à l’étranger.

Pourquoi jeter nos objets lorsqu’on croit à leur réincarnation ! Il cite Roland Barthes : Plus qu’une substance, le plastique est l’idée même de son infinie transformation.

Après une prépa d’art et une formation aux Beaux-Arts d’Angers, à 23 ans, Mégane devient l’assistante de Régis-R. Pour quoi faire ? Mettre la main à la pâte, lui rappeler les trucs importants, faciliter son travail, être là pour le motiver. Une belle complicité émane de ce duo, mais, curieusement, entre eux, le vouvoiement est de rigueur.

​D’un air amusé, Mégane observe les excentricités de son mentor et apprend le métier : ces tiges de métal deviendront la structure d’un lustre, ce fond d’huile de vidange, une bonne protection pour le bois. Avec de vieux mégots, on peut faire un tableau ! Elle aime travailler avec des matériaux de récupération pour des raisons pratiques : Ça ne coûte rien et on en trouve partout.

​Une fleur, tout de plastique blanc… Ou comment faire de la poésie avec des déchets… Cette fleur est le détail d’Around The World II, une commande réalisée pour le célèbre architecte d’intérieur, Peter Marino.
C’est de la poésie, mais c’est aussi du business, ou plutôt de l’upcycling : en valorisant des matériaux dont on n’a plus usage, Régis-R crée des pièces uniques et leur donne le statut d’œuvres d’art (et le prix qui va avec).

​Le plastique n’est pas la seule matière utilisée. On peut faire du beau avec tout, même avec ce qu’il y a de plus prosaïque. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

​Telle l’abeille ou le colibri, Régis-R fait sa part de besogne pour la planète. Il considère que le rôle de l’artiste est aussi pédagogique. Il anime parfois des ateliers pour enfants où il transmet son savoir-faire.

​Pour Régis-R, la récup est un art de vivre et concerne tous les aspects de sa vie. Ses meubles, ses vêtements, ses outils sont récupérés et transformés.
Quand on lui demande s’il achète parfois neuf, il se souvient avoir investi dans une perceuse il y a deux ans.

R comme Réduisons nos déchets ! Réduire-Réutiliser-Recycler. Notre planète croule sous les déchets, il est temps de Réagir !

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