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Chez moi sous les tropiques

La plante exotique prend le train du local

À Nantes, deux néo-pépiniéristes tentent de tisser une filière française de production de plantes exotiques et tropicales destinées à nos intérieurs.

Charlène et Matthieu bouturent, repiquent et arrosent des plantes exotiques à l'Agronaute, à Nantes. © Thibaut Schepman

Des plantes à la fois exotiques et locales. Sur le papier, le concept peut sembler antinomique. À Nantes, Matthieu Nesty et Charlène Sacre, deux amoureux des plantes d’intérieur, se sont lancés ce défi. En 2020, ils ont monté une petite pépinière pour produire localement et de façon écologique des plantes d’origine tropicale adaptées à des climats doux et acclimatées à nos intérieurs.

Matthieu détaille les raisons qui ont mené à la création de ce projet baptisé « 23 degré » : Les plantes, c’est vert, ça fait du bien, donc la plupart des gens ne se posent pas beaucoup de questions en les achetant. On se dit que c’est forcément bon en soi. Mais en réalité, j’ai pu constater que beaucoup de plantes d’intérieur sont aussi mal produites que beaucoup d’autres biens de consommation, avec beaucoup d’engrais, des serres chauffées, énormément de gâchis aussi et de transport par camion. Le pépiniériste fustige notamment les ventes de plantes à bas prix en boutiques éphémères. Une fois à la maison, celles-ci dépérissent vite vu le changement d’environnement drastique qu’elles subissent.

Les ambitions du duo vont à rebours de ces tendances : Notre façon de travailler implique de conserver les plantes plus longtemps, entre plusieurs semaines et plusieurs mois, assure Matthieu. En vivant différentes saisons ici, sans chauffage ni engrais de synthèse, elles seront naturellement renforcées car bien acclimatées. Et ne porteront plus de prédateurs ou de virus comme cela peut arriver dans la grande distribution où celles-ci transitent très vite depuis leur pays d’origine.

Concrètement, les deux néo-pépiniéristes bouturent, multiplient et reproduisent les végétaux. Ils ont installé leurs tables de bouturage – construites à base de matériaux de réemploi – dans un coin de l’Agronaute, la ferme urbaine nantaise. Ils y travaillent sans produits chimiques et sans chauffage. La totalité de leurs pots en plastique ont été achetés en seconde main et une fois usagés ou cassés, ils seront transmis à un designer du coin qui les transformera en tables et guéridons. Pendant notre reportage, Charlène et Matthieu venaient de recevoir des larves de chrysope et d’acarien. Ces auxiliaires lutteront contre les ravageurs des lieux, avant de trouver refuge sur plusieurs autres végétaux installés spécialement pour eux dans la serre.

 

Ces monstera sont produites sur place, sans produits chimiques et sans chauffage. © Thibaut Schepman

On veut relocaliser la production et avoir des méthodes qui correspondent à nos valeurs, résume Charlène. C’est exactement la même démarche que ce que beaucoup de gens font déjà pour leur alimentation ou leurs vêtements. Et de préciser qu’à l’échelle de sa vie, aussi, ce projet correspond à une quête de sens : J’ai comme beaucoup de gens connu des phases de travail très intenses et un management assez dur. Je me suis retrouvée un jour chez moi, épuisée, au milieu de mes plantes que j’adore. J’ai eu envie de me reconvertir là-dedans, en me promettant de ne pas reproduire ce que je n’aimais pas dans mon ancienne carrière. Les plantes ont leur rythme, elles ne peuvent pas aller toujours plus vite. C’est une bonne piste à suivre.

Les points et les marbrures de feuilles sont à la mode, comme sur ce bégonia maculata. © Thibaut Schepman

5 conseils pour adopter une plante d’intérieur (en s’inspirant de la démarche de Matthieu et Charlène) :

 

1. S’intéresser à la plante

Charlène : La première chose, c’est de connaître le nom de sa plante. C’est indispensable pour moi. Ça permet de se renseigner sur elle, de savoir d’où elle vient. Si elle vient d’un désert ou d’une forêt tropicale, elle n’aura pas les mêmes besoins.

2. La considérer comme un être vivant

Matthieu : Une plante c’est un être vivant. Ce n’est pas un objet de déco. C’est important de l’avoir toujours en tête et de la considérer comme cela. On ne la choisit pas parce qu’elle ira bien avec nos envies ou parce que le marketing des gens qui la vendent nous touche, mais surtout parce qu’elle est adaptée à l’environnement de notre appartement. On doit se mettre à sa place. Par exemple, personne n’a envie d’être collé à un radiateur en permanence. Pour les plantes, à moins d’être un cactus, c’est pareil. C’est trop chaud et sec. Et il faut garder en tête que comme tous les êtres vivants, la plante va changer, grandir, évoluer.

3. Observer

Matthieu : On peut se donner rendez-vous une ou plusieurs fois par semaine avec nos plantes. On se pose, on les regarde, on prend le temps. En faisant ça, on comprend vite si elles ont trop chaud ou trop froid, si elles sont trop près de la lumière directe du soleil. C’est assez logique quand on prend le temps de s’interroger et d’observer. Il faut éviter de s’alarmer trop vite. Beaucoup de gens sont paniqués dès qu’ils voient une feuille jaunie, alors que ça fait partie du cycle normal de la plante. Le pépiniériste ne croit pas au fait d’avoir ou non la main verte. Il reste persuadé que cohabiter avec des plantes en bonne santé est possible à qui veut bien prendre le temps de les observer. On lui a proposé de dire plutôt avoir l’œil vert, il était d’accord !

4. Bien choisir ses variétés

Charlène propose de démarrer avec des plantes plus faciles d’entretien comme les monstera, les pothos, les philodendrons scandens ou hederaceum.

5. Bien arroser

Matthieu : On place le doigt dans le terreau, assez profond. Si la terre est sèche, on arrose. Si elle est humide, ce n’est pas nécessaire. Si vous avez un cache-pot, veillez à ne pas laisser l’eau stagnante qui risquerait de faire pourrir vos racines et d’attirer des moucherons. De temps en temps, pour nettoyer les feuilles, on peut même faire prendre une douche à sa plante, en visant bien les feuilles et en veillant à ne pas détremper la terre.

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