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À votre sentier !

Guipel, guide engagé sur les chemins de la transition

Arbres fruitiers dans les rues, panneaux solaires sur la maison de retraite, animaux broutant sur les espaces verts… Il s’en passe à Guipel, petite commune bretonne, active sur tous les fronts quand il s’agit de protéger le vivant. Tour guidé dans les arcanes de cette pionnière de la transition et du dynamisme rural.

La commune de Guipel est tombée dans le panneau : communiquer sur la protection et la réintroduction de la biodiversité pour déclencher l’adhésion des citoyens © Thomas Louapre

Des touffes de plantes folles et de fleurs bigarrées émergent de chaque bout de trottoir. Sous le ciel bas et gris du centre Bretagne, le vert est omniprésent, remplissant les rues de Guipel de leur vie irrésistible. Partout sur les pieds de murs, quand les gens le veulent bien, on essaie de mettre des plantes vivaces, explique Claudine Corradini-Mochet en avançant d’un pas léger. On a une employée municipale dédiée aux espaces verts qui est formidable ! C’est elle, Marie-Jeanne, qui a fait tous les parterres. Conseillère municipale nouvellement réélue, Claudine connaît chaque coin de son village, chaque bac à fleurs tressé en osier. On est en zéro phyto depuis 2008, on est assez précurseurs, explique-t-elle. Une des premières décisions d’une équipe municipale qui a conduit, en une douzaine d’années, cette commune de 1 700 habitants d’Ille-et-Vilaine à devenir pionnière sur le chemin de la transition écologique.

Survoltés de la transition

Claudine passe en revue une haie d’arbres fruitiers, attrapant une pomme sucrée comme on n’en trouve plus dans aucun magasin. On a un travail de conservation des vieux fruitiers : on préserve des vieux vergers, mais on en replante aussi avec l’association La Ragole et avec Marie-Jeanne qui mis plein d’arbres dans un lotissement et ici, en entrée de village. Guipel soigne sa première impression : passée la parcelle maraîchère bio de Didier Oudart, avec ses beaux poireaux de plein champ et ses deux serres remplies des derniers légumes d’été, le regard se porte sur les panneaux solaires d’un bâtiment municipal en pierre du pays. La petite production de 9 kilowatts est un coup d’essai pour la coopérative citoyenne Les Survoltés, lancée l’an dernier. Forte d’une centaine de sociétaires, elle s’attaque maintenant à la toiture de la maison de retraite, avec pour projets d’installer 60 kilowatts de capteurs.

Vente à la ferme, livraison de paniers et approvisionnement de restaurants : Didier, installé depuis quatre ans sur la commune, a pris soin de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier © Thomas Louapre

Midi sonne, les enfants sortent daou-ha-daou de l’école bretonne Diwan, locataire du bâtiment, et s’engagent dans un tunnel de verdure en direction de la cantine scolaire du village, mutualisée avec l’école municipale. Un panneau indiquant « Site de la Vallée Verte » pointe un large chemin gravillonné encadré de jeunes arbres. À chaque naissance sur la commune, l’allée s’enrichit d’un nouveau spécimen. Elle est très typique, cette allée, avec beaucoup de variétés, se réjouit Claudine. Cette démarche de Vallée Verte, on l’a commencée il y a quatre ans. On a répondu à un appel à projet de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité et on a eu 4 000 euros pour faire un inventaire de la biodiversité ultra locale. La rivière qui traverse le village et ses 3,9 hectares de zone humide ont ainsi pu être non seulement préservés de l’urbanisation mais aussi intégrés à la vie quotidienne. Des panneaux explicatifs parsèment le trajet, détaillant la diversité des milieux et de leurs habitants : la salamandre tachetée, la lychnis fleur-de-coucou, le pic épeiche…

La richesse naturelle locale est intégrée à la vie quotidienne : les enfants de l’école Diwan empruntent ce chemin deux fois par jour pour rallier la cantine. © Thomas Louapre

Travaux, vaches, moutons

En passant sur un petit pont, la troupe d’enfants se met à agiter les bras en direction d’une prairie en contrebas : Marie-Jeanne ! L’employée municipale, débroussailleuse en main et casque sur les oreilles, rend le bonjour dans un grand sourire. Plus loin, on tombe nez à mufle avec deux autres débroussailleuses municipales : des vaches highlands, avec leurs cornes pointues et leur frange rousse qui leur cache les yeux. Et vous avez vu nos beaux moutons d’Ouessant ?! embraye Claudine avant de pointer, un peu plus loin, des hôtels à insectes réalisés en chantier d’insertion par la communauté de communes. À côté, un imposant mur de pierre sèche retient une pente. C’est un refuge à lézards et serpents, explique Stéphane Louazon, conseiller municipal et professionnel de l’éco-construction. Il y a 5 mètres cubes de pierres sèches, c’est hors d’eau et protégé du froid par le compost mis au-dessus. Ça ne paraît pas comme ça, mais c’est technique à faire ! Stéphane a également bâti le mur en pierre qui a permis l’extension naturelle du cimetière, qui accueillera bientôt ses premières sépultures sans pierre tombale, dans une prairie arborée.

Marie-Jeanne, la fée verte de Guipel, est dans son élément : une prairie qu’elle entretient avec deux vaches highlands municipales. © Thomas Louapre

La Vallée Verte débouche sur la nouvelle chaufferie à bois, qui alimentera l’école et l’EHPAD dès cet hiver grâce aux résidus d’élagage de la commune. Guipel semble être en travaux permanents. Tout le centre ville va être refait, confirme Claudine. La mairie rachète et rénove au fur et à mesure. On aimerait faire de l’ancien presbytère un espace de coworking et un pôle associatif. Et la coiffeuse va nous louer le local en face. À quelques centaines de mètres de la mairie, sur l’axe principal, une ruelle s’ouvre dans la douceur d’une treille de lilas et d’un petit parking à vélo. Avant, Guipel, c’était une rue droite, raconte Stéphane. La dynamique actuelle est d’épaissir, d’écarter les piétons de l’allée centrale avec ces venelles. Pour permettre aux habitants de découvrir le village, de recréer un centre qu’ils vont pouvoir s’approprier.

Les pierres issues d’un chantier de rénovation ont servi de matière première au mur du cimetière naturel, dans une logique d’économie circulaire. © Thomas Louapre

Point d’arrivée de la balade, Un Café des Possibles, ouvert en 2018, a permis au village de pallier la fermeture de la dernière épicerie. Face à l’entrée, une étagère de bières locales côtoie une autre de vins natures. Les rayons sont remplis de produits de première nécessité, parfois en vrac, avec une préférence donnée aux productions de la région. Des bijoux de créatrices locales sont en exposition, et un grand panneau près du comptoir annonce des cours de musique, des besoins de baby-sitting et le contenu des paniers bio que Didier viendra livrer en fin d’après-midi. Au bar, Yves raconte l’accueil chaleureux que le village a fait à son projet de coopérative. On est arrivés à trois avec un modèle nouveau, la multi-activité : l’épicerie, le café, le restaurant, la culture. On reçoit des produits bruts en épicerie, on les sert au bar, on les transforme au resto, et les surplus, on les passe en bocaux et on les vend à l’épicerie ! La coopérative compte maintenant 95 sociétaires et emploie 3 personnes. Les sociétaires donnent de sacrés coups de main, notamment pour la programmation culturelle, qui est faite par une commission de 8 bénévoles, assure l’ancien animateur socio-culturel ravi d’avoir créé un lieu d’accueil pour les réunions associatives ou les apéros entre amis.

Lancée par trois amis extérieurs au territoire, l’épicerie coopérative offre également un espace de rencontre, autour d’un café ou d’un repas, pour les citoyens et associations du village. © Thomas Louapre
On bat en brèche l’idée qu’il ne se passe rien
dans les villages !

La salle de restaurant, aux murs ornés d’aquarelles locales, est pleine à craquer en ce milieu de semaine. Attablée avec des élus municipaux et deux conseillères départementales venues discuter transition, Isabelle Joucan est tout sourire. Son premier mandat s’ouvre sur un ciel radieux, aucune autre liste n’étant venue défier le bilan des deux mandatures de son prédécesseur et mentor. L’ancien maire Christian Roger nous a tracé la voie, c’était un visionnaire, c’est lui le vrai artisan, confie-t-elle. Je lui ai toujours dit que j’étais fan de lui, c’est encore pire depuis qu’il est parti ! Isabelle, Guipelloise de naissance et éleveuse de vaches en conventionnel, a le CV pour convaincre une partie de la population encore réfractaire aux initiatives écologiques, doublée d’une énergie à décorner les bœufs. La transition écologique, c’est ce qui nous porte tous au conseil municipal, qu’on a renouvelé pour moitié. La moyenne d’âge du conseil est de 40 ans : j’ai 46 ans, je suis dans les vieux ! Une jeunesse qui n’hésite pas à défricher de nouveaux sujets, comme celui de l’habitat léger et réversible, encore dans un flou juridique mais plein de promesses : Il y a une demande sociétale pour ça, assure l’élue. Jeudi dernier [en octobre 2020], 90 élus bretons sont venus avec l’association Hameaux Légers, et on a fait une réunion publique avec 120 personnes. On bat en brèche l’idée qu’il ne se passe rien dans les villages !

Ancienne première adjointe et référente culture à la communauté de communes, la nouvelle maire Isabelle Joucan met de la couleur dans son village. Ici, une fresque d’un artiste local a avantageusement remplacé une publicité sur le chemin de l’école. © Thomas Louapre

Une star est née

Les Colibris ont également choisi Guipel pour héberger un rassemblement d’ampleur nationale sur l’installation en milieu rural, courant octobre 2020. On était une centaine de personnes à chaque réunion, raconte Isabelle. On est trop fiers, en vrai ! Je leur ai dit « vous revenez quand vous voulez ! » En bout de table, Laura, sociétaire des Survoltés, berce lentement une immense poussette garnie de deux bébés blonds. On vient d’emménager au mois de mai, explique la trentenaire. Je travaille pour l’association Bruded, qui met en lien les communes bretonnes dynamiques. J’ai regardé dans la base de données, et j’ai vu cette super petite ville où il y a plein de choses qui se passent. Guipel, c’est la star montante, on le ressent ! Face à elle, Soizic Pondemer, conseillère municipale depuis 2008, boit du petit lait : Ça met du temps à se lancer mais maintenant, on se sent moins seuls, l’énergie s’est créée. On voit les gens arriver parce qu’ils disent : c’est là qu’on veut être. Guipel peut compter sur de nouvelles énergies pour tracer son chemin de transition.

© Thomas Louapre

2 commentaires

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  1. Je suis un architecte brésilien qui aime la Bretagne , la prochaine fois que je viendrai en France je veux connaître Guipel , ses oeuvres et son peuple car au Brésil c’est assez rare de trouver des initiatives comme les votres

  2. Bravo! Il faudrait maintenant convaincre les particuliers et les agriculteurs d’abandonner l’usage des produits phytosanitaires et de mettre en place des techniques agroécologiques.

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