Paradis perdu sur la Côte d’Azur

Ermitage bio ouvert sur le monde

Un domaine de maître échappe aux promoteurs immobiliers sur la Côte d’Azur et se transforme en jardin mené en bio pour ses habitants. Visite du domaine de l’Ermitage à Saint-Mandrier-sur-Mer, tout près de Toulon.

©Ville de Saint-Mandrier

D’emblée, les petites ruelles autour du port de Saint-Mandrier-sur-Mer (Var) évoquent un temps passé. À quelques pas de la place de l’Église, en se dirigeant vers le large et la plage de la Coudoulière, on découvre le domaine de l’Ermitage. Une grande allée, bordée d’oliviers, de vignes, d’amandiers,  de potagers, mène à une magnifique demeure de maître du XIXe siècle, sertie de rosiers, de jasmin, de plantes médicinales et aromatiques. Au rez-de-chaussée, une boutique ouverte deux matins par semaine vend les légumes cultivés en bio sur place. 

Au bout de la rade de Toulon, cette presqu’île a su échapper à l’urbanisation massive de la Côte d’Azur et préserver les traces du petit village de pêcheur qu’elle abritait.

La carte postale aurait pourtant pu offrir un tout autre paysage dans une région à l’urbanisation massive où le mètre carré s’arrache à prix d’or. Il y a trois ans, un projet d’immeubles avec piscine menace le site. L’engagement et l’enthousiasme du maire, de ses habitants et de l’État permettent de remporter la bataille.  Les promoteurs immobiliers remballent leur projet, le Conservatoire du littoral achète le site et confie la gestion à la Mairie.

©Ville de Saint-Mandrier

Produire pour les habitants

Richard Bruel, retraité de la marine, s’installe alors avec sa femme sur le domaine en tant que métayer. Passionné de jardinage, ce fils d’agriculteur a troqué la mer pour la terre, sans en quitter le vaste horizon puisque les vagues de la plage de la Coudoulière viennent lécher les pieds de l’Ermitage. En accord avec la Mairie, il fournit 50 % de sa production maraîchère aux cantines des écoles et pour les repas des personnes âgées de la commune. L’autre moitié est proposée en vente directe à la boutique. Tomates, poivrons, aubergines, oignons, patates, artichauts, fèves, betteraves, je travaille à cultiver des variétés anciennes que j’ai héritées de mon grand-père, explique-t-il. Mi-octobre, une quarantaine de variétés de courge ont fait le bonheur de 600 personnes invitées à la Fête de la coucourde, la cougourdo en provençal, un des temps forts de la saison.

 

Cultiver pour les enfants

Les premières fois, les Mandréens étaient intimidés de rentrer dans cette propriété qui appartenait à la famille Juvenal, se souvient Marie-France Giovannelli, adjointe au tourisme à la mairie de Saint-Mandrier. Issue d’une des familles les plus anciennes de la commune, elle ne se lasse pas de raconter ses baignades à la Coudou, la plage de galets, pour lesquelles elle passait devant la somptueuse demeure de celui qui fut le notable du village. Avocat à Aix-en-Provence, Max Juvenal était aussi un grand résistant, chef régional de l’Armée secrète et président du Comité de libération de Marseille après la guerre. De son vivant, il ouvrait sa maison aux villageois à l’occasion des vendanges ou des grandes bouillabaisses collectives. Les enfants étaient les bienvenus dans le jardin. Et le sont toujours aujourd’hui. Les seize classes des écoles maternelles et primaires de la commune se relaient trois fois par semaine pour jardiner dans l’un des seize carrés de potager qui leur sont désormais réservés. 

©Ville de Saint-Mandrier

Je leur fournis les plants que je cultive sous la serre, précise Michel. Aucun pesticide ni produit chimique ne vient polluer la terre, qui donne généreusement. Nous avons trente poules, des lapins, des canards, deux ânes et un cochon, Poupoune, qui nous suit partout et qui répond quand on l’appelle. Et quand les gens voient « monter » les légumes du jardin, ils sont heureux. 

Nous sommes dans le respect de l’esprit des lieux, indique Richard Barety, chargé de mission Gestion-Restauration-Aménagement au Conservatoire du littoral. Avec l’aide de la Mairie, nous avons réhabilité la maison de maître transformée en lieu d’exposition ainsi que trois maisons proposées en gîte qui permettent d’aider à financer le domaine. Des arbres et de la vigne ont été replantés. Cet espace est désormais dans le giron public, la boucle est bouclée pour les générations futures. 

Et même s’il est impossible de répondre à la demande qui augmente, succès oblige, tout le monde peut venir se promener à l’Ermitage. Les visiteurs de passage comme les Mandréens ne s’en privent pas, déambulant à travers ce bout de terre, ce jardin extraordinaire, entouré de la forêt méditerranéenne surplombant la mer. 

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