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La Bonne Mère du savoir

En ville, l’école de la vie paysanne

À Marseille, se cache la ferme du Roy d’Espagne, un terrain de deux hectares partagés entre production maraîchère et visites pédagogiques à destination des scolaires. Les apprentissages distillés ici sont fondamentaux pour les adultes de demain.

Les deux hectares que compte la ferme pédagogique du Roy d’Espagne sont répartis entre production maraîchère et accueil pédagogique. © Anne-Claire Héraud

Passé le portail, nous voilà accueillies par Métisse et Mariette, les deux chèvres de la ferme. Imperturbables, les deux bovidés paissent tranquillement aux abords de leur cabane flambant neuve, fruit d’un chantier participatif. L’espace d’un instant, on oublierait presque que nous ne sommes pas au beau milieu de la pampa provençale mais au sud de la ville de Marseille, à la Ferme du Roy d’Espagne, l’une des trois fermes pédagogiques de la cité phocéenne.

Depuis son ouverture en 2004, s’y succèdent pour des durées variables des maraîchers et des éleveurs, tantôt jeunes paysans, tantôt producteurs à la retraite. En juin 2019, c’est à une équipe de jeunes paysans dynamiques de prendre la relève. Leur association, alliant des profils complémentaires (animateur, maraîchers…), a su redonner un nouveau souffle à ce terrain de deux hectares niché entre un petit quartier HLM, des immeubles cossus et les collines.

La ferme est une délégation de service public. En des termes moins bureaucratiques, la Ville de Marseille a confié la gestion de cet espace qui lui appartient à une association codirigée par Maxime Troisfontaine, en charge de l’animation et de la pédagogie sur l’exploitation.

Ici, la ferme est dite mixte, c’est-à-dire qu’elle tire à la fois ses revenus de l’animation et de la production agricole. Pour la Mairie, le but de ces lieux est de faire de la sensibilisation à l’environnement auprès du public scolaire mais aussi de leur réapprendre l’équilibre alimentaire. Beaucoup d’enfants refusent de manger certains légumes jusqu’à ce qu’ils comprennent comment ils poussent, explique Monique Cordier, ancienne adjointe au maire en charge des espaces naturels de la Ville de Marseille. Les futurs fermiers urbains répondent à un appel d’offre dans lequel ils doivent exposer leur projet puis c’est à la Mairie de trancher quelle équipe s’installera, et si le bail sera renouvelé quand il touchera à sa fin.

Roi de la basse-cour, le coq est le seul des gallinacés à avoir le droit de circuler librement dans la ferme. © Anne-Claire Héraud

Pas de loyer mais la Mairie perçoit en échange du terrain et de l’usufruit des bâtiments un pourcentage sur les ventes réalisées au marché à la ferme. Il a lieu deux fois par semaine, les mercredis soir et les samedis matin et on peut y régler ses achats en Roue, la monnaie locale complémentaire de Provence.

Chaque semaine, c’est plus d’une centaine de familles qui viennent remplir leur panier de légumes en cours de conversion à l’agriculture biologique et profiter quelques heures de la bulle de verdure. C’est un cadre privilégié pour les habitants du quartier mais aussi pour l’installation de jeunes agricultrices et agriculteurs pour qui l’accès au foncier est très difficile, confie Maxime Troisfontaine, l’un des quatre coprésidents de l’association. Cela permet à des paysans d’expérimenter ce qu’est l’agriculture urbaine sans prendre trop de risques financiers, poursuit Monique Cordier.

Je ne crois plus au changement des adultes, je suis persuadé que le monde de demain se construit grâce à des enfants plus alertes.
Trois races de poules sont élevées à la ferme. Les œufs, récoltés quotidiennement, sont ensuite vendus au marché à la ferme tous les mercredis et samedis. © Anne-Claire Héraud

La ferme est divisée en deux, une partie dédiée à la production – répartie entre le poulailler, les planches de culture et les serres ; l’autre consacrée à la pédagogie. Concernant l’accueil pédagogique, c’est aux enseignants des écoles de la ville, publiques et privées, de s’inscrire sur Internet.

En lien avec Maxime Troisfontaine, ces derniers élaborent un projet global qui peut avoir pour thématique la biodiversité ou encore le visa vert en milieu urbain et s’articule entre visites à la ferme et sessions de travail en classe. Nous recevons principalement des élèves de maternelle et du cours élémentaire. Mais nous avons également un partenariat avec le lycée agricole des Calanques. Les étudiants viennent régulièrement à la ferme pour mettre en application ce qu’on leur apprend en cours. Avant le confinement, nous avons planté ensemble plus de trois cents arbres, détaille Maxime Troisfontaine.

Pour les meubles et l’outillage, la jeune équipe débrouillarde du Roy d’Espagne mise sur la récup’. © Anne-Claire Héraud

Les plus jeunes sont quant à eux sensibilisés aux gestes fondamentaux du jardinier. Sur la douzaine de bacs potagers que compte la parcelle dédiée à la pédagogie, les plants de fèves ploient sous le poids des gousses et les tomates poussent timidement. Nous leurs apprenons à semer, à planter. Les fermes pédagogiques permettent aux enfants de comprendre que derrière chaque fruit et légume qu’ils mangent se cachent des femmes et des hommes qui ont travaillé dur. La plupart des scolaires que nous recevons ont pour habitude d’aller au supermarché. Leurs familles ont perdu ce lien avec le monde agricole, pourtant fondamental. La ferme pédagogique leur permet aussi de passer un petit peu de temps au vert. Ils comprennent vite que nous faisons partie d’un écosystème qu’il faut protéger, confie Maxime Troisfontaine.

Je ne crois plus au changement des adultes, je suis persuadé que le monde de demain se construit grâce à des enfants plus alertes sur les problématiques environnementales. Aux enfants alors qu’incombe la charge de (ré)éduquer leurs parents au respect de la saisonnalité et de leur inculquer les règles élémentaires de préservation de l’environnement. Je prends un malin plaisir à écouter les enfants sermonner leurs parents lorsque ces derniers nous réclament des courgettes en janvier, conclut Maxime, l’air malicieux.

Oies, poules, lapins, chèvres et âne, pour le plus grand bonheur des enfants, la ferme élève presque tous les animaux de la basse-cour. © Anne-Claire Héraud

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