Marie Boucher : foi de senteurs

Au sud de Nantes, Marie Boucher est productrice de plantes aromatiques et médicinales. Elle y cultive, en bio et en solitaire, une cinquantaine de plantes différentes aux multiples propriétés qu’elle fait sécher pour ensuite être consommées en tisanes, pour le plaisir ou pour se soigner. La récolte vient de débuter, on vous emmène.

Texte : Claire Baudiffier
Photos : Thomas Louapre

9 heures, un matin ensoleillé de juin. À quelques kilomètres de Nantes et de son périphérique embouteillé, un petit coin de paradis où poussent menthe, origan, camomille matricaire, thym, mauve, prêle, sauge… entourées par un verger de pommiers sauvages.

Nous sommes au Bignon, chez les Infusées. Marie Boucher est installée là depuis 2010 (officiellement depuis 2015) en tant que productrice de plantes aromatiques et médicinales, qu’elle vend séchées pour la préparation de tisanes.

Photo : Thomas Louapre

Ces terres, 4 hectares en tout, dont 8000 m² pour la culture des plantes, ce sont celles de ses grands-parents, dont elle parle avec fierté et émotion. Maraîchers et arboriculteurs dès 1967, ils étaient parmi les premiers militants du bio ! Pendant les deux premières années, j’ai travaillé avec mon grand-père, qui m’a montré tout un tas de choses avant de partir. Évidemment, cela a pour moi un sens tout particulier de cultiver ici, aujourd’hui, avec ma grand-mère à quelques pas.

Photo : Thomas Louapre

Ses grands-parents aussi ont tenté la culture de plantes médicinales dans les années 1980. À l’époque, cela n’a pas marché. Ils ont souffert d’être marginalisés et ont eu une petite appréhension quand je me suis lancée. Mais aujourd’hui, ce que je fais est dans l’air du temps, j’ai une reconnaissance, de la part des clients notamment, que eux n’ont pas eu, estime la jeune femme, semant des graines de pavot de Californie en godets, chapeau de paille sur la tête.

Photo : Thomas Louapre

Avant de revenir sur les terres familiales, Marie, diplôme de valorisation chimique et biologique du végétal dans sa besace, a beaucoup bourlingué, de jardins en jardins, de la Drôme à La Réunion en passant par Madagascar. Là-bas, j’ai vu à quel point le territoire était riche mais tout partait vers l’Occident. Les savoirs médicinaux des anciens y sont pompés simplement pour faire une crème anti-rides qu’on va vendre ici, se souvient, à 37 ans, celle qui a toujours voulu travailler dans ce domaine, sans vraiment savoir précisément quoi faire. Herboriste, certainement, mais le diplôme n’est plus reconnu depuis très longtemps.

Photo : Thomas Louapre

Aujourd’hui, elle œuvre toute seule et gère tout : semis, plantations, récolte, séchage et vente. J’aime bien travailler en solitaire, sourit-elle en plantant son très odorant basilic petites feuilles (favorisant la digestion), qui sera récolté un mois après.

Mais finalement, je vois beaucoup de monde, lors des ventes notamment, mais aussi régulièrement quand j’organise des chantiers participatifs. En fait, j’ai tellement de demandes de visites, principalement de personnes qui souhaiteraient s’installer, que je ne peux recevoir tout le monde. J’ai donc trouvé cette solution.

Photo : Thomas Louapre

Marie cultive une cinquantaine de plantes aromatiques et médicinales. Une grande majorité sont des vivaces qui restent en place plusieurs années de suite. D’autres, telles le souci des jardins, la camomille matricaire ou encore le pavot de Californie sont des annuelles, qu’elle replante à chaque saison. Souvent sur de la paille.

Je ne laisse jamais le sol à nu sinon la terre sèche, s’érode. Les copeaux de bois et la paille en revanche favorisent la fraîcheur, la vie microbienne et apportent davantage de matières organiques.

Photo : Thomas Louapre

Tout est en bio, bien sûr, avec un minimum d’arrosage. Un peu en biodynamie aussi ! Les plantations sont réalisées à des moments bien particuliers. Les cueillettes, elles, lorsque la lune est croissante. Le gros du travail s’effectue de mai à septembre, le temps des semis, plantations et récoltes. Et en septembre, il y a, pour certaines plantes comme le thym, une nouvelle récolte.

À l’automne, place aux bouturages, rempotages et à la préparation des ventes. Et quand l’hiver arrive, c’est le moment des grands travaux, l’entretien des haies, des chemins, la comptabilité… Il y a toujours de quoi s’occuper !

Photo : Thomas Louapre

Ce que je préfère, c’est la récolte minutieuse, panier à la main. Ça fait un peu cliché n’est-ce-pas ? Mais j’adore, raconte-t-elle tout en cueillant la valériane, qui favorise le sommeil et dans laquelle butinent de nombreuses abeilles. En pleine saison, Marie ramasse ainsi les fleurs tous les matins. Il faut faire attention à ne pas trop empiler les fleurs pour ne pas que cela fermente. Auquel cas la récolte est fichue, les propriétés disparaissent !

Photo : Thomas Louapre

Ce jour-là, les fleurs de valériane rejoignent le séchoir en bois maison, niché dans un grand hangar construit par son grand-père. Ici, il ne doit pas faire plus de 35°C, mais il ne faut surtout pas chauffer, au risque encore une fois de casser les propriétés. L’idée est en fait de déshumidifier la plante. Pour cela, il faut quotidiennement surveiller la température et l’hygrométrie.

100 kilos de plantes fraîches deviennent ainsi 25 kilos de séchées. L’an passé, j’ai récolté 160 kg sec. Mission cette année : 220 ! Un tiers de ses récoltes sont sauvages. Soit directement dans le jardin, en profitant des arbres ou des haies, par exemple pour l’aubépine, le noisetier… Ou bien en Bretagne, où je pars à la recherche de la reine des prés, qui ne vit que les pieds dans l’eau.

Photo : Thomas Louapre

Les plantes à tiges et à feuilles (ici la menthe verte, mais aussi la mélisse, le marube ou le pavot de Californie) passent quant à elles au hache-pailles pour être réduites. Pour d’autres, telles le thym, le romarin ou l’hysope, l’effeuillage se fait manuellement.

Dans tous les cas, même après séchage, la plante doit garder sa couleur originelle, c’est à ça que le consommateur peut voir si les plantes séchées qu’il achète sont de bonne qualité, détaille Marie.

Photo : Thomas Louapre

Marie Boucher écoule sa production en circuit court (marché, ruches, magasins spécialisés). Au début, je ne voulais pas faire de mélange de plantes, mais je me suis rapidement rendu compte que c’est ce que les clients souhaitaient, n’ayant pas forcément de connaissances pour faire eux-mêmes leur propre mix. On me demande souvent des remèdes pour les mêmes maux : problèmes de sommeil, mal de ventre, difficultés de digestion…

Ainsi, pour mieux dormir, Marie préconise par exemple un mélange de tilleul, mélisse, pavot de Californie, aubépine et basilic.

Photo : Thomas Louapre

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