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Tasse d'été

Des feuilles de thé en terres basques

Ilgora veut dire lune montante en basque. C’est ainsi que Mikel Esclamadon a décidé de nommer son thé, produit au Pays basque, à Ustaritz (64). Il devrait être commercialisé en vente directe cette année, si cette culture expérimentale porte ses feuilles.

Mikel Esclamadon est l’un des premiers cultivateurs de thé au Pays basque. © Isabelle Miquelestorena

Nichées derrière les arbres, à l’abri des regards, de belles rangées d’arbustes naissants aux feuilles d’un vert éclatant recouvrent cette ancienne fougeraie de la commune d’Ustaritz, au Pays basque. C’est ici que Mikel Esclamadon a décidé de tenter une expérience hors du commun dans cette région du monde : cultiver du thé ! Il figure ainsi parmi une poignée de pionniers des alentours, désireux de produire du thé 100 % local.

Le paillage autour des plants permet notamment à la terre de conserver son humidité. © Isabelle Miquelestorena

Rêve de théiers

Un voyage aux Açores, sur l’île de São Miguel, a fait germer cette idée dans l’esprit du jeune homme de 31 ans. J’ai visité un jardin de thé en bord de mer, sur une falaise et je suis tombé amoureux de ces belles terrasses et lignes droites ! confie-t-il. Mikel a alors commencé à imaginer ce qu’une telle culture pourrait donner chez lui, au Pays basque. Le théier est un cousin du camélia, et il y en a plein sur la côte. Le climat humide et tempéré (le plant de thé peut résister jusqu’à -12 °C) de la région est en effet propice à la pousse des camélias, donc potentiellement, des théiers.

Ces constats et la mise à disposition d’une parcelle par la mairie d’Ustaritz au printemps 2020 ont fini de le convaincre. J’ai dit feu ! se rappelle-t-il. Cet hectare de prairie en pente, ancienne fougeraie, exposé Est et dont la terre a un pH acide entre 4,5 et 5, ne trouvait pas de preneur. Ces conditions ne sont pas très accueillantes pour la plupart des cultures, mais, l’acidité de la terre, c’est quelque chose de très bien pour le thé, souligne Mikel.

Le théier est un cousin du camélia. © Isabelle Miquelestorena

Quelques mois plus tard, les 1900 premiers théiers du cultivateur étaient plantés. Des plantes pérennes, qui devraient tenir entre 200 et 300 ans. Les 900 premiers plants viennent d’un pépiniériste du Tarn qui vend des camélias en tout genre, les 1000 autres viennent de Bretagne, où les premières cultures de thé françaises ont vu le jour il y a à peine quelques années. L’objectif à terme est d’atteindre 6500 pieds sur un hectare et ainsi prouver qu’une personne avec un hectare peut vivre de cette activité, explique le cultivateur. Il a déjà acquis près d’une dizaine de cultivars (variétés) différents, afin de pouvoir, à terme sélectionner les plants les mieux acclimatés au Pays basque et ensuite les multiplier pour faire du local de A à Z, ajoute-t-il. Je vais essayer de semer mes propres plants et de développer une pépinière pour en vendre une partie.

Protéger la biodiversité

Tout a été fait à la main, sans tracteur, en partie en biodynamie, Mikel ayant à cœur d’avoir un moindre impact sur l’environnement. Ainsi, depuis l’automne dernier, la plupart des plants n’ont pas été arrosés, grâce au paillage réalisé autour des arbustes, afin de permettre à la terre de conserver son humidité. Dans la deuxième partie de l’exploitation, plus sauvage, située en contrebas de la première parcelle, Mikel a testé un deuxième système de paillage original en plaçant de la laine de brebis autour des plants ! Cela permet d’éviter d’arroser et d’éviter de désherber, mais aussi de réutiliser la laine qui autrement aurait été brûlée, précise-t-il.

Le cultivateur teste un système de « paillage » à base de laine de brebis. © Isabelle Miquelestorena

Ici, les allées de théiers côtoient celles de fougères qui créent un peu d’ombrage aux plants plus exposés au soleil, ainsi que des trèfles et de la phacélie, semés çà et là, en guise d’engrais naturels. L’expérience est de prouver que l’on peut faire de la théiculture qui serait même bénéfique pour la nature, favorisant la biodiversité.

Démocratiser le thé

Sur les nombreuses feuilles qui ornent chaque plant, Mikel ne récolte que le bourgeon, en forme d’aiguille, et la première feuille, adjacente à ce bourgeon. Je pourrais récolter quatre feuilles, mais je préfère faire moins de thé et qu’il soit de très bonne qualité, affirme-t-il.

Une fois récoltées, les feuilles de thé sont torréfiées, roulées, puis séchées. © Isabelle Miquelestorena

Vient ensuite l’étape de la torréfaction : les feuilles sont chauffées pendant quelques minutes dans un grand wok. Elles sont ensuite roulées à la main sur un plan de travail, puis séchées. Cette « cuisson » des feuilles doit se faire dans les heures qui suivent la récolte pour stopper l’oxydation et en faire ainsi du thé vert, ce sur quoi le jeune cultivateur se concentre aujourd’hui. En effet, avec une même plante, on peut faire du thé vert, du thé blanc ou du thé noir (le thé blanc est préparé et séché en tout début d’oxydation ; pour faire du thé noir en revanche, il faut atteindre l’oxydation complète, d’où sa couleur caractéristique). Ce processus de torréfaction et de séchage du thé vert, Mikel l’a testé une première fois au mois de mai après une récolte expérimentale sur 800 pieds. Il sera répété quatre à cinq fois chaque année entre mars et octobre environ.

Mikel a produit ses premiers grammes de thé vert au mois de mai. © Isabelle Miquelestorena.

Je ne vais pas commercialiser le thé tant que la récolte est minime et que je n’ai pas fixé un produit, précise Mikel, qui aime rappeler qu’il s’agit d’une culture expérimentale sur la côte basque. Il espère cependant pouvoir vendre ses premiers sachets de thé après les prochaines récoltes de l’été. La vente directe sera privilégiée : J’ai envie de jouer la carte du local au maximum, souligne-t-il. C’est cette terre qui me donne l’opportunité de cultiver le thé, donc la priorité pour moi est de vendre aux gens d’ici. C’est ma philosophie. Mikel se forme en parallèle à la thé-sommellerie, espérant ainsi toucher les chefs de la région, qui pourront marier le thé avec d’autres éléments en cuisine. Une partie des feuilles récoltées ont un goût très iodé. De quoi imaginer par exemple un poisson baigné dans un jus de ce thé. D’autres combinaisons atypiques pourront aider à le démocratiser auprès de ceux qui n’en font pas encore leur tasse de thé.

3 commentaires

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  1. Bravo Mikel
    Tu vas réussir brillamment cette aventure et nous attendons ( à Paris ) la commercialisation pour goûter ce thé basque
    Sylvie

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