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C’était mieux avant

2030 : vis ma vie avec le CETA

Que sera la vie en 2030 si le CETA,  traité de libre-échange actuellement en négociation entre l’Union Européenne et le Canada est ratifié ? Nous nous sommes projetés dans l’espace temps et dans les champs.

Vous avez entendu parler du CETA ? Petit frère du TAFTA, le Comprehensive Economic and Trade Agreement vise à faciliter les échanges commerciaux entre l’Union Européenne et le Canada pour, à terme, créer des points de croissance et des emplois. Imparable. Sauf que de nombreux détracteurs ne l’entendent pas de cette oreille et dénoncent un accord qui déréglemente l’économie au service des multinationales et au détriment de la démocratie, des droits sociaux et de l’environnement. Pour en savoir plus, j’ai pris ma machine à voyager dans le temps pour voir ce que pourrait être mon quotidien après la ratification du CETA.

 

Nous sommes le 21 avril 2030…

Et j’ai fait un bond de quelques années vers le futur. Toujours pas de chaussures à laçage automatique ni de voitures qui volent… Mais comme les voyages ça creuse, j’aimerais avoir une idée de ce que je pourrais me mettre sous la dent.

Direction le supermarché de mon quartier. Malgré mon petit budget, je trouve des pièces de viande à des prix vraiment cassés. Que s’est-il passé ? Grâce au CETA les quotas d’importation de viande bovine vers l’Europe ont largement augmenté pour passer de 7640 tonnes par an en 2017 à 60 778 tonnes.  Effectivement, la pièce de viande de mon étal vient de l’autre côté de l’Atlantique. Mais pourquoi un prix si riquiqui pour un produit qui a parcouru plus de 7 000 kilomètres ?

Chez nos cousins canadiens, il existe de grandes fermes usines qui permettent de réaliser de substantielles économies d’échelle. Cela permet de produire de la viande à très bas coût. Ajoutons à cela la suppression des barrières douanières, et voilà que le bœuf born in Canada ne coûte pas plus cher que de la viande locale, au contraire ! En revanche, les OGM sont très utilisés en Amérique du Nord pour nourrir les animaux, de même que les antibiotiques. Il donc fort possible que cette viande en contienne de grandes quantités… Je passe donc mon chemin. Direction le marché des producteurs du coin !

 

 

Les éleveurs locaux, quels éleveurs locaux ?

Arrivée là-bas, je constate que l’éleveur chez qui je m’approvisionnais en steaks il y a quelques années est absent. J’interpelle son voisin maraîcher. « Désolée ma p’tite dame, pour le moment il va falloir vous passer du bœuf bourguignon.  Et de continuer : les voisins ont abandonné leur activité il y a maintenant quelques années… Les conditions de vie des éleveurs bovins étaient déjà très compliquées avant : de gros investissements avec des crédits à rembourser, un travail pénible et des salaires très bas. Le CETA a permis de faire entrer sur le marché de la viande à des prix imbattables, cela a déstabilisé toute la filière. Pour les éleveurs locaux, cela a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase… Beaucoup d’entre eux ont dû mettre la clé sous la porte. »

 

 

Bienvenue aux gaz à effet de serre

Sentant ma gorge se serrer, je décide de m’éclipser et de partir marcher. Faites attention, nous sommes en pic de pollution, vous ne deviez pas autant vous dépêcher. En effet, le CETA a intensifié les échanges entre Canada et UE, multipliant le transport de marchandises et accentuant de ce fait l’émission de gaz à effet de serre. Sans parler  des fameuses fermes-usines qui se sont multipliées. Les objectifs fixés par l’accord de Paris lors de la COP 21 en 2016 ont été bien mis à mal au profit du libre-échange… Je me souviens d’un article de presse de 2016 qui prévoyait que si les politiques actuelles de l’époque étaient poursuivies, l’Union Européenne aurait en 2030 seulement réduit ses émissions de 22 % à 30 % comparé à 1990. Lors de la COP 21, elle s’était engagée à atteindre les 40 %. Et avec tout ça, je ne parle pas du rot des vaches des exploitations intensives canadiennes (le potentiel réchauffant du méthane est vingt-quatre fois plus élevé que celui du CO2).

Mais tel n’est plus le propos, nous sommes en 2030 et les États sont de plus en plus frileux pour prendre des mesures de protection de l’environnement. En effet, avec le CETA et ses tribunaux arbitraux (l’ICS, « Investment Court System »), les entreprises privées peuvent désormais attaquer les États si elles jugent que les mesures prises nuisent à leurs bénéfices.

Décidément, ce nouveau traité de libre-échange n’est pas très ragoutant. N’y aurait-il pas mieux fallu prendre des mesures pour sécuriser et développer l’agriculture paysanne ? Limiter les échanges faisant exploser l’émission de gaz à effet de serre ? Je remonte dans ma machine à voyager dans le temps. Direction mon potager pour digérer toutes ces mauvaises nouvelles. Et si tout ça n’était qu’un mauvais rêve ?

 

___________

Le CETA, où en est-on ?

Les négociations autour du CETA ont commencé secrètement en 2009 pour être rendues publiques en 2015. Suite à cela, les différents gouvernements se sont déclarés favorables à cet accord. Paul Magnette, le chef du gouvernement belge a néanmoins fait entendre sa voix en refusant de signer, créant une crise au sein de l’Union Européenne. Après négociations, le processus est enclenché et le 31 octobre 2016, l’accord est ratifié par le gouvernement canadien et la commission européenne. Le 15 février 2017, c’est au tour du parlement européen de valider l’accord, permettant ainsi sa mise en application « provisoire ». La machine est lancée ! Afin d’entériner sa mise en place et de pouvoir appliquer chacun de ses volets, le CETA doit maintenant être validé par chacun des Parlements nationaux et/ou régionaux des différents États membres.

Aux dernières nouvelles (23 mai 2017) et selon un communiqué de Foodwatch France, d’ici quelques jours, 90% du CETA pourraient entrer en vigueur de façon provisoire.

7 commentaires

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  1. C’est à nous consommateur de boycotter l’achat de viandes venant de l’étranger !!! Nous sommes adultes ! Soyons responsables !!! Acheter moins de viandes, chez nos bouchers et non dans les petites, moyennes et grandes surfaces ! payons plus cher avec de la qualité ! si tout le monde s’y mettait les choses changeraient ! Mais comme d’habitude, beaucoup de blabla mais pas de vraies actions !! C’est à nous consommateurs de faire bouger les choses ! Regardez le bio et culture raisonnée !!! Y’a 20 ans c’était inexistant ! Achetons selon les saisons, local et de qualité et les choses changeront pour nous et nos enfants et petits enfants

  2. Un copié-collé d’un article d’avant février 2017, c’est un peu léger !!! Pourquoi ne pas avoir au moins pris le temps de rajouter un paragraphe sur la ratification, et sur la position du gouvernement Macron ?

    1. Bonjour Marina,
      Le dernier paragraphe résume l’état de la situation, la ratification du parlement européen et le rôle à jouer désormais des États membres. Quant au gouvernement Macron,nous avons désormais un Président qui est pour le CETA (http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2017/02/13/emmanuel-macron-seul-candidat-a-la-presidentielle-ouvertement-favorable-au-ceta_5078997_4355770.html) et un ministre d’état en charge de l’écologie qui est contre (http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/plusieurs-ong-dont-celle-de-hulot-appelle-macron-a-suspendre-le-ceta-1170275.html).
      Tout va se jouer ces prochaines semaines…

  3. ADIEU la qualité des produits et de vie le problème la France est devenue une societé de consommation elle ne produit plus . Le problème plus besoins de salariés les produits a bas cout OUI mais chez nous sinon personne n’aura l’argent pour acheter.
    je suis maraicher bio ex une salade le cout de production est de 0,10€ je la vend 0,70€ nous pouvons faire mieux que le conventionnel n’accepte pas que les GSB vendent votre salade 1,50€ imposons notre prix de vente client final

  4. Astuce de gros: aucun problème si notre principale source d’apport carné est exclusivement de la charcuterie. Ce mets d’épicurien dont le raffinement est à des années lumières du premier bucheron venu :p

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