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Arbres aiguillés

Mon bio sapin, roi du salon

Mon sapin sera naturel ou ne sera pas ! Le plastok n’a plus la cote, mais le bio n’est pas encore au plus haut. Sauf que les produits phytosanitaires arrosent pour les fêtes de fin d’année la plupart des arbres du commerce. Trouver un sapin sain équivaut à chercher une aiguille bio dans une forêt d’épineux. En France, seulement une dizaine de producteurs sont labellisés.

À partir de mi-novembre, les sapins coupés sont regroupés par tailles et par espèces devant les bâtiments de La Sapinière. © Thomas Louapre

C’est une petite route de campagne qui slalome entre des parcelles de sapins de toutes tailles. En arrivant au bout du chemin, chalets en bois et bâtiments en tôle s’offrent à la vue du visiteur. Si ce n’est l’absence de neige, le paysage renvoie l’imaginaire vers les profondes forêts des pays scandinaves. Et pourtant, nous sommes en plein cœur de la Vendée sur la ferme d’Albert Chenu, joliment baptisée la Sapinière. Sur 24 hectares, il plante chaque année 15 000 sapins. Bien sûr ce ne sont pas les sapins nouvellement plantés que vous retrouverez chez vous. Les premiers seront récoltés seulement après cinq ans de pousse, alors que les plus grands, qui viendront décorer les places publiques, peuvent rester beaucoup plus longtemps dans leur parcelle.

Albert Chenu à gauche et un salarié sortent de la parcelle un sapin de grande taille qu’ils viennent de couper. © Thomas Louapre

Si les sapins d’Albert Chenu sont bien verts à première vue, ils le sont aussi de par leur mode de culture. Le Vendéen est l’un des rares producteurs français à entretenir ses parcelles sans produit phytosanitaire ni engrais de synthèse. Autrement dit, les arbres de Noël de la Sapinière sont bio. Comme Albert, ils sont une dizaine de producteurs à avoir choisi ce mode de production en France. Six d’entre eux, venant de Vendée, d’Ariège, du Morvan, de la Loire ou encore de Bretagne, se sont récemment réunis au sein de l’association Les Sapins bio de France.

Géants verts

En France, les sapins bio représentent entre 0,5 et 1 % du marché, soit l’équivalent de 50 000 arbres sur un total de 5 à 6 millions de sapins vendus à Noël, relativise Hugo Querol, salarié de l’association et également commercial de France Sapin Bio, une entreprise équivalente à celle d’Albert Chenu, mais en Ariège. Toutes les deux vendent près de 15 000 sapins par an. Si le chiffre peut paraître impressionnant, il est à mettre en regard des producteurs conventionnels qui sortent chaque année entre 300 000 et 400 000 sapins. D’ailleurs à demi-mot, il explique que si l’association a été créée, c’est aussi pour préempter l’initiative face à ces géants qui pourraient être tentés de convertir une partie de leur surface, face à l’augmentation de la demande.

De fin novembre à mi-décembre, le rythme est intense chez les producteurs de sapins. Ce qui n’empêche pas de travailler dans la bonne humeur. © Thomas Louapre

Car oui, c’est la bonne nouvelle de l’année, la demande en sapin bio explose ! Cela fait deux ou trois ans que nous sentions que les choses bougeaient, mais cette année ça s’est vraiment renforcé. La demande est simplement supérieure à l’offre, se réjouit Hugo Querol. Alors pour y répondre, l’entreprise ariégeoise propose à des agriculteurs à proximité de planter des parcelles de sapins qu’elle se chargera de vendre via ses propres circuits. Et pas besoin d’être un expert pour se lancer, bien au contraire. C’est une caractéristique des producteurs bio, leurs activités sont diversifiées, ils ne font pas que du sapin, commente le salarié de France Sapin Bio. Chez Albert Chenu en Vendée, c’est du raisin de table qui est récolté en été pendant que les sapins poussent tranquillement. C’est compatible avec de l’élevage ou du maraîchage, souligne Hugo Querol.

Que j’aime ta verdure

Et donc super, les gens veulent maintenant des sapins bios. Mais il en aura fallu, du temps, pour changer les habitudes. Peut-être tout simplement car les amateurs de guirlande ne savaient pas qu’un sapin naturel ne voulait pas dire bio. Et peut-être car les habitudes sur les formes et les couleurs ont la peau dure. En témoigne la philosophie de France Sapin Bio : Accepter un sapin bio, c’est accepter un sapin avec des défauts. Hugo Querol précise que l’entreprise a une production qui n’est pas formatée. C’est-à-dire que les couleurs des arbres sont hétérogènes et qu’ils présentent des différences de densité. Des caractéristiques qu’ils doivent notamment aux insectes et maladies qui ont pu les atteindre durant leur croissance et contre lesquels les producteurs ne traitent pas. J’observe souvent des pucerons sur mes sapins, mais comme il y a beaucoup d’herbe et de biodiversité dans mes parcelles, les coccinelles arrivent vite, explique Albert Chenu.

Chez France Sapin Bio, les ventes se font de plus en plus en direct. © Thomas Louapre

Un sapin du producteur au consommateur

Alors que le sapin bio se développe, ses circuits de distribution évoluent en parallèle. Comme pour l’alimentation, les consommateurs responsables veulent rencontrer le producteur. Les points de vente en direct sur les exploitations sont assaillis durant les premiers week-ends de décembre. Il y a eu un samedi pendant lequel les arbres étaient vendus avant d’être coupés, sourit Albert Chenu. Et les Ruches ne sont pas en reste. France Sapin Bio a livré des commandes à plusieurs d’entre elles sur Bordeaux. Dans le Morvan, un autre producteur de l’association en a fait de même dans son secteur. Ce changement de circuit de commercialisation a bouleversé le modèle de l’entreprise ariégeoise.

Avant, nous passions par les circuits classiques de la moyenne distribution et des jardineries. Alors que maintenant nous sommes beaucoup plus en contact direct avec les clients. Que ce soient des particuliers, mais aussi des associations de parents d’élèves, des CE, des collectivités ou des magasins bio, rapporte Hugo Querol. Soulagé de cette évolution, il explique que les clients acceptent de payer le prix juste, sans assurance que la qualité soit calibrée. Pas question ici de renvoyer une palette car les arbres ne correspondent pas aux standards commerciaux. Résultat, France Sapin Bio a vendu 10 000 sapins cette année, contre 15 000 l’an dernier. Mais le chiffre d’affaires, lui, est resté le même. Produire mieux et moins avec une meilleure rémunération du producteur : un bilan plutôt satisfaisant. Reste à savoir si le père Noël mettra plus de cadeaux en dessous des sapins bio ?

5 commentaires

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  1. Je rejoints l’avis des autres commentaires. Si l’on continue de vendre des arbres coupés, il y aura toujours des gens pour en acheter… Et encore ! Combien ne sont pas vendus ??!
    Il faudrait développer l’idée d’un producteur (dont je ne me souviens plus la région) : proposer une location de sapin ! On loue le sapin en pot, il est replanté, et on le retrouve chaque année !

  2. Pourquoi couper des milliers de sapins, bio ou pas, chaque année ? Nous avons besoin d’arbres comme puits de carbone. Les sapins de Noël sont brûlés après les fêtes et participent au réchauffement climatique. Je ne comprend pas que la Ruche dont le but est de promouvoir une société durable se laisse aller à de tels conseils.

  3. Chez nous, on ne tue pas un arbre pour le plaisir des yeux pendant quelques jours et qui va ensuite à la déchetterie, je déplore votre article.

  4. on devrait plutôt dire sapin qui pousse naturellement sans engrais ni pesticides que bio car pour moi bio veut dire terre où l’homme n’a jamais mis les pieds donc impossible

  5. C’est très bien mais le titre me gène…
    Je suis d’accord avec le fait que le sapin bio est super mais réservé qd même à peu de gens.
    Le mien est en plastique certe mais il fête son 20eme anniversaire cette année…. L’odeur me manque mais nous l’installons quand bon nous semble, nous le rangeons à la date qui nous convient et il ne perd pas ses épines.
    La monoculture ( qui à priori n’est pas le cas ds le bio) me pose pb et l’idée de couper un arbre pour le laisser mourir aussi…
    Chacun fait donc son choix.
    Joyeuses fêtes à tous

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