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Rêver aux cimes

L’une des plus grandes forêts comestibles d’Europe s’installe dans les Landes

Arbres, haies, arbustes fruitiers. Légumes d’ici et café, cacao ou agrumes. Yoann Lang s’est mis en tête de faire grandir dans les Landes une forêt comestible de 7 hectares. En ligne de mire, circularité et autonomie complète.

Yoann Lang a mis en place son projet de forêt comestible sur les quatre années à venir. © Gaëlle Coudert

Depuis 7 h 30 du matin, Yoann et Frank creusent les trous qui permettront de planter certains des premiers arbres d’un projet de forêt comestible. Le premier des deux gaillards est en train d’acquérir le terrain adjacent à sa résidence landaise située à Estibeaux (40) pour y créer « la forêt de Higas », sur une étendue de 7 hectares. À terme, 60 000 arbres, haies et arbustes fruitiers s’élèveront sur la propriété.

Aujourd’hui, Yoann Lang et son futur salarié, Frank Lutic, se sont donné pour mission de creuser 14 trous qui accueilleront chacun trois arbres différents. Les trois premiers arbres, un févier d’Amérique, un pommier et un cerisier, ont été érigés la semaine dernière et viennent orner cette rangée d’arbres à venir. Le févier, qui sera plus grand que ses colocataires, viendra, avec son feuillage, les protéger du soleil.

Yoann Lang et Frank Lutic creusent 14 trous pour y planter certains des premiers arbres de l’exploitation. © Gaëlle Coudert

En plantant ainsi trois arbres au mètre carré dans les parties denses de la forêt future, Yoann applique la méthode « Miyawaki », une méthode japonaise de reforestation inspirée de la nature, notamment des forêts primaires. L’objectif est de faire pousser des forêts en peu de temps en mélangeant différentes espèces sur de petites surfaces. À Higas, il y a aura aussi des poiriers, des pêchers, des framboisiers, des acacias, des kakis, des châtaigniers et même des noisetiers truffiers. On espère avoir des truffes blanches ! précise Yoann.

Les premiers semis reposent dans la serre, ceux des légumes et aussi d'arbres fruitiers qui les rejoindront dans la fructification des années plus tard. © Gaëlle Coudert

Un écosystème autosuffisant

À quelques mètres de là, sous la serre fraîchement réparée, reposent les premiers semis d’aubergines, de poivrons, d’aromates, de pommiers, de poiriers et de yuzus. Les barquettes de semis ont été placées sur une couche chaude, constituée de fumier et de déchets verts, qui se maintient naturellement à 28 degrés environ. De quoi faire monter la température naturellement même en plein hiver.

En attendant que les fruits naissent sur les arbres et que la forêt pousse, lentement sur plusieurs années voire décennies, l’agriculteur de 39 ans se consacrera à une part importante de maraîchage. Dans un second temps, le petit élevage de poulets puis de bovins rejoindra la ferme. L’objectif à long terme sera que les poulets puissent se nourrir des fruits tombés des arbres, afin qu’il y ait besoin d’un minimum d’apports alimentaires extérieurs, précise Yoann. L’eau étant un enjeu pour demain, les périodes de sécheresse se multipliant, un étang de 650 m² sera également créé à partir des écoulements naturels se déversant sur ce terrain pentu, filtrés par phytoépuration. Elle servira à abreuver les bêtes et à arroser les cultures, si nécessaire.

À côté de la serre, un petit bâtiment dont la toiture doit être réparée deviendra un « bâtiment à spiruline ». Celle-ci sera cultivée dans de l’eau chauffée avec une cuisinière à bois. Le but est de lancer une production locale et naturelle de tout ce qui peut pousser. On va même planter des courges luffa qui servent d’éponges naturelles ! s’amuse Yoann. Grâce à une verrière photovoltaïque, des produits d’ailleurs tenteront de se frayer un chemin : des avocats, du café, des agrumes, des bananes et du cacao notamment. Pour les trois premiers de la liste, c’est sûr que ça fonctionne, ça a déjà été fait en France, souligne Yoann. Pour la culture des bananes et du cacao, ce sera un test. Le seul moyen de savoir si ça pousse dans une serre non chauffée, c’est d’essayer ! lance-t-il, optimiste.

Seuls deux puits canadiens (un système de canalisations enfouies) permettront à la température de ne pas trop diminuer dans la verrière pendant l’hiver. On cherche à faire du bio plus-plus-plus, avec zéro intrant, en essayant de répondre à de nombreux enjeux : reboisement, production locale et diversifiée, création d’emplois, l’objectif étant de créer 7 emplois dans les 10 années à venir.

Certains voisins ont offert à la ferme de Higas des boutures d’arbres, qui pourront être plantées lorsqu’elles auront suffisamment poussé. © Gaëlle Coudert

Inspirer le changement

Le prévisionnel de ce chantier d’envergure est planifié pour les quatre années à venir. Il a fallu le double de ce temps à Yoann pour cogiter. Des années pendant lesquelles il a expérimenté différentes méthodes de culture et s’est nourri de lectures afin de définir les contours de son projet. Quand ma première fille est née, il y a huit ans, j’ai eu une prise de conscience. Je me suis demandé ce qu’on allait laisser à nos enfants. Au même moment, le terrain a été mis en friche et je réfléchissais à étendre mes cultures. Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. 

L’agriculteur souhaite que son action puisse inspirer d’autres personnes. Il communique sur son projet, aidé par plusieurs associations, dont Humans by Nature ou Hortanimus qui s’occupe du suivi scientifique afin d’avoir des chiffres précis sur l’impact d’une telle installation. Le succès de sa campagne de financement participatif (début février, plus de 30 000 euros avaient déjà été récoltés) montre l’intérêt du public pour un renouveau du modèle agricole. Ces dernières semaines, le cultivateur landais a reçu des appels de nombreuses personnes, avides de conseils, souhaitant tenter une aventure similaire. Des sollicitations auxquelles il a répondu avec plaisir. De la concurrence, j’espère qu’il y en aura ! conclut-il, nourricier. L’objectif est que mes deux filles puissent avoir une autonomie totale ici. Et si ça se multiplie, cela pourrait être le cas pour plein de monde !

6 commentaires

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  1. Après le documentaire sur les coupes rasés la semaine dernière, voici un projet qui donne de l’espoir…..
    Merci et encouragements. Je diffuse.

  2. Bravo pour votre initiative mais je ne comprends pas comment vous ferez pousser la spiruline dans un bâtiment. Une cuisinière à bois pour chauffer l’eau de culture alors que le soleil sous une serre ferait très bien l’affaire, vous pouvez peut-être encore simplifier votre projet.
    Bonne continuation

  3. Très belle initiative. Tous mes encouragements. Peut-être sera-t-il possible de vous rendre visite ? Prévoyez-vous des chantiers en woofing, par exemple ?

  4. Je trouve que c’est une idée géniale.
    J’espère que cela donnera des idées à beaucoup de personneschris

  5. Bravo à VOUS !…. Agé de 79 ans , c’est grâce au jardinage que je suis encore en parfaite santé sans douleur ayant mangé que des légumes et fruits naturels sans engrais et sans pesticides chimiques. Je me permets de vous dire n’oubliez pas les plantes avec lesquelles ont se soignent!…. Bon courage Papa Joseph

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