La nature au chevet de l'agriculture

Les oliviers de Mireille soignés au naturel

À la Paysanne, production familiale d’huile d’olive vierge extra biologique, le glyphosate on ne connaît pas. L’herbe pousse entre les rangs d’oliviers et abrite toute une biodiversité qui éloigne naturellement les agresseurs. Découverte.

On y arrive par une grande allée bordée d’oliviers que le vent vient tout juste de décoiffer. Nous voilà chez Mireille Gravier, à Pernes-les-Fontaines dans le Vaucluse. Sept cents oliviers se partagent quatre parcelles autour de la propriété.

Leurs troncs noueux à l’écorce crevassée sont ceux des oliviers Aglandau, une variété locale particulièrement bien adaptée au territoire que les parents de Mireille ont plantée il y a déjà pas mal d’années. Les arbres supportent une amplitude thermique importante et un mistral qui, dans la région, n’oublie pas de souffler régulièrement. Mais le froid et le vent ne sont pas les seules menaces pour les oliviers. Avez-vous déjà entendu parler de la mouche de l’olive ?

Quelle mouche t’a piqué, Olivier ?

La fameuse mouche Bactrocera oleae envahit chaque été des hectares d’oliviers en Europe et pond ses œufs dans la chair des olives. De ces œufs sortent des larves qui dévorent la pulpe des olives et les rendent acides. Une plaie pour les oléiculteurs, dont l’huile risque d’être déclassée si plus de 15 % des olives sont piquées et perdre ainsi la mention vierge extra. Mais pas facile d’éloigner l’insecte. Certains oléiculteurs utilisent des insecticides chimiques, d’autres installent des pièges pour l’éliminer. Mireille, elle, a fait le choix de n’utiliser que des procédés naturels pour l’éloigner sans abîmer ses oliviers. Je veux retrouver les pratiques de mon arrière-grand-père qui faisait du bio sans le savoir.

Plantes soignantes

Au temps de son arrière-grand-père, dans le bassin méditerranéen, les oliviers occupaient les parcelles les moins cultivables et celles-ci n’étaient pas travaillées. La densité en oliviers y était faible, offrant à toute une kyrielle de plantes le loisir de s’y développer. Ces “mauvaises herbes” étaient loin de l’être, abritant de nombreux prédateurs de la mouche de l’olive : les forficules, les staphylins, les acariens… qui se régalaient des larves tout en protégeant les cultures.

Avec l’intensification de la production d’huile d’olive, on est allé vers la monoculture sur des sols désherbés, propres, laissant des boulevards à la mouche pour se déplacer et se multiplier, se désole Mireille. On est passé aux pesticides pour traiter les arbres au lieu de les protéger… et on a oublié les techniques naturelles d’antan.

Mireille, curieuse et déterminée, lance la machine à remonter le temps. Elle transforme son oliveraie en laboratoire d’expérimentation, fait pousser différentes plantes pour tester la complémentarité des espèces végétales et animales et retrouver ce précieux savoir. La rue, la molène à feuilles sinueuses, l’inule visqueuse, le fenouil, le chêne, sont des nids à diversité, des plantes-hôtes pour les parasites de la mouche de l’olive.

La chauve-souris, super-héros de l’olivier

Dans sa quête, Mireille rejoint le groupement oléicole du Civam (Centre d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural), qui mène des recherches pour identifier les plantes accompagnatrices de l’olivier et échanger des connaissances entre oléiculteurs.

Lorsque le groupement oléicole se rapproche d’un autre groupement, le Groupe chiroptères de Provence qui étudie l’impact des étonnants mammifères dans leur écosystème, le duo fait une découverte majeure : l’analyse des excréments de la chauve-souris montre qu’ils sont constitués à 24 % de mouches de l’olive avant qu’elle n’ait pondu dans les fruits. Forte de cette découverte, Mireille installe des nichoirs à chauve-souris dans sa parcelle.

Un masque d’argile pour l’invisibilité

L’agricultrice utilise aussi des procédés naturels pour renforcer la protection de ses arbres. Comme stratégie de barrière, elle badigeonne à l’argile blanche ses oliviers de la feuille à la racine. Le blanc et la texture uniforme de l’argile embrouille la mouche qui ne distingue plus les fruits des feuilles, et ne peut donc pas y pondre ses œufs.

Aussi, comme les rotations des cultures ne sont pas possibles dans une oliveraie, Mireille alimente le sol pour que ses arbres soient vigoureux et puissent lutter contre les parasites. Pour moi, il est fondamental de rapporter ses déchets à l’olivier, explique-t-elle. Les margines (effluents issus de l’extraction de l’huile d’olive, ndlr), la pulpe et les noyaux restants après l’extraction de l’huile, sont ainsi épandus au pied des arbres. L’agricultrice complète cet apport par du compost issu de la consommation du gîte de la Paysanne et du fumier des chèvres de Julie, sa voisine éleveuse à Pernes-Les-Fontaines, et beaucoup d’amour. Comme je suis amoureuse de mes oliviers, je fais tout pour qu’ils deviennent centenaires. 

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Merci à Lætitia Boiteau pour ces belles aquarelles.

4 commentaires

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  1. Le monde de l’agriculture évolue, et je ne suis pas la seule à travailler dans cette direction. Cela prendra du temps… et il nous faut votre soutien de citoyen et consom’acteur pour nous aider à aller plus loin encore…

  2. Merci pour ce respect des arbres, on oublie si souvent qu’ils sont vivants !

    Je regrette de ne pas habiter la région, je suis une grande consommatrice d’huile d’olive et j’aurais plaisir à m’approvisionner, autant pour être certaine de la qualité du produit que pour contribuer, même modestement, à la bonne rentabilité de l’exploitation.

    Bonne continuation !

  3. Si tout le monde pouvait suivre votre chemin, Mireille, je pense que l’on s’en porterait tous bien mieux! Bravo pour votre amour du métier et de la nature, tout simplement!

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